Le flou est un poison pour les relations humaines

“Tu peux me faire un retour sur ce dossier ? C’est urgent !” Ceci est la phrase type qui déclenche une ALERTE ROUGE dans le cerveau de celui à qui on l’a dit. Si vous repartez avec ça du bureau de votre boss ou de votre prof avec ça, vous êtes MORT !

 

Nous avons tous une paire de lunettes pour voir le monde. Une paire de lunettes-à-nous. Une paire de lunettes faite de nos expériences, notre éducation, notre culture, nos valeurs… Autant de composants qui diffèrent d’un individu à un autre et qui fait que chaque paire de lunettes est unique.

Il n’y a pas plus flou que cette phrase que nous avons tous prononcée ou que nous nous sommes tous entendus dire : “Tu peux me faire un retour sur ce dossier ? C’est urgent !”.

 

Mardi – 9H30 : “Tu peux me faire un retour sur ce dossier ? C’est urgent !”

WTF !!!! MAIS QU’EST-CE QUE ÇA VEUT DIRE ????

Pour être honnête, je ne me pose pas vraiment la question. La réponse est TELLEMENT ÉVIDENTE !

Parce que pour moi, “faire un retour” veut dire “faire un point instruit sur la situation, c’est-à-dire apporter des éléments précis sur chaque partie du dossier”.

Parce que pour moi, “c’est urgent” veut dire “à la fin de la journée” (je ne travaille pas dans un service hospitalier et ne suis pas médecin !).

Et au regard du contexte (il s’agit de projet informatique), de la situation (un projet informatique au long cours), de mon métier (Project Management Officer) et des demandes qui me sont faites (de la précision, de la précision, de la précision !), JE SAIS que mon analyse est correcte sur les modalités des informations demandées (quoi et quand). C’est TELLEMENT ÉVIDENT !

 

Mardi – 11H : Mon boss vient de passer devant mon bureau en me faisant un petit signe de la tête. “Je prends un café et j’arrive dans une minute”, lance-t-il en s’éloignant dans le couloir.

…. Heu… en fait, pour être exacte, JE PENSE que mon analyse est correcte sur les modalités des informations demandées (quoi et quand).

 

Mardi – 11H05 : Mon boss est assis en face de moi et me dit : “Vas-y, je t’écoute…”

Heu… c’est-à-dire ?? Tu m’écoutes ??

Et là, je comprends en l’écoutant ce que “Tu peux me faire un retour sur ce dossier ? C’est urgent !” veut dire pour lui.

Je réalise que l’analyse de ses propos est erronée et ma compréhension fausse. Il ne veut pas un point détaillé pour la fin de la journée. Il veut : une vision globale du projet en quelques mots, la liste des points bloquants et l’existence ou non de solutions pour résoudre ces problèmes… et tout ça, maintenant !

Pourtant, j’étais sure de moi ! JE SAVAIS !

Enfin…. JE PENSAIS

En fait, J’IMAGINAIS.

J’imaginais ce que l’autre voulait dire. J’imaginais le sens qu’il donnait à ses mots. J’imaginais que nous avions la même vision des choses.

Et tout ce que j’imagine est DANS MA TÊTE À MOI !

Ce genre de malentendu vous dit quelque chose ? Quand vous êtes persuadé(e) que l’interprétation est ÉVIDENTE ! Quand vous êtes sur(e) que personne ne pourrait comprendre les choses autrement. Quand “C’EST CLAIR POURTANT !”

Et bien, non ! Ce n’est JAMAIS clair. C’est clair pour soi. Dans sa tête à soi. Et dans la tête de l’autre. Qui est une tête différente de la nôtre. Au sens littéral du terme !

Ce genre de malentendu peut être un véritable poison dans les relations humaines. Dans les relations personnelles comme professionnelles.

Imaginons la scène : mon boss attend dans son bureau que je revienne avec “un retour sur le dossier” qu’il m’a demandé il y a une heure. Il attend… Il attend… Il arrive dans mon bureau très contrarié et s’apprête à me recadrer comme il convient dans cette situation.

 

Heu… recadrer par rapport à quoi ?? Quel cadre ??

Oh malheur… Le cadre que mon boss avait dans la tête ? Ou celui que j’avais ? Ou celui que mon boss pensait que j’avais compris ? Ou celui que moi j’avais imaginé ?

Peut-être avez-vous déjà connu cette situation professionnelle ? Ou sa version “vie personnelle “?

Quand 2 personnes communiquent et se mettent d’accord sur du flou… EN PENSANT que tout est clair pour chacun d’eux, ils IMAGINENT cette situation idéale de leur point de vue. Qui n’est pas FORCÉMENT le même que celui de la personne en face !

Quand 2 personnes communiquent et se mettent d’accord sur du flou… EN PENSANT que tout est clair … LES ENNUIS COMMENCENT ! Et le risque de malentendus, de tensions et de conflits est immense ! Entre deux personnes, dans une équipe, avec sa hiérarchie.

 

♦ Alors… Happy Brainy… tu pourrais me dire : “Moi, mon boss me dit toujours des trucs comme ça”.
Ce n’est pas parce qu’on ne te donne pas de précisions, d’informations,
de données que tu ne peux pas les demander.

 ♦ Alors… Happy Brainy… pose des questions ! Va chercher du contenu pour donner forme à ce flou
sur lequel vous vous appuyez pour discuter. Ne repars jamais du bureau de ton boss avec une mission vague !
C’est le meilleur moyen pour que toi et lui soyez frustrés du résultat.

 

Ne construisez pas un dialogue sur le brumeux, le confus, le flou, le fumeux, le nébuleux, le nuageux, l’obscur, le sibyllin, le ténébreux, le trouble ou le vague. Ce vide est la nourriture favorite du stress qui naît alors en vous et qui grandit au fil du temps. Un temps sans réponse, sans limite et sans cadre.

Ce vide est le terreau d’un malentendu qui peut devenir tension et conflit. Un mal-entendu pour un mal-dit…

 

 

Photo : « Flou » – Artiste : Withan

Le flou est dangereux pour la santé

Le flou est anxiogène. Pourquoi ?  Parce qu’il laisse la place à l’interprétation. Et notre cerveau, en matière d’interprétation, voit les situations au travers d’un prisme unique : celui qui tend à la survie de l’espèce humaine ! Il se met donc en mode  » PEUR ». Et le mode « PEUR », quand il n’est pas nécessaire, nous use et oxyde notre pile intérieure. Et une pile qui s’use, c’est mauvais (voire très mauvais) pour la santé.

Et pour les relations aussi ! Mais ça….. c’est une autre histoire !

Si vous voulez en savoir plus sur ce phénomène de pile qui s’oxyde pour nous mener au burn-out, je vous invite à regarder cette vidéo ludique et explicative : « NON ! Le burn-out n’est pas une pile qui se vide« .

 

REGARDEZ BIEN CETTE IMAGE…

QU’EST-CE QUE VOUS VOYEZ ?

 

 

Si la visibilité n’est pas bonne, si vous avez peu de temps pour distinguer les détails et si le contexte vous pousse à la méfiance (vous venez de croiser un iguane mutant aux yeux injectés de sang), votre cerveau se mettra automatiquement en mode « DANGER ». En mode « PEUR » !!!!

Parce que ces racines entremêlées pourraient bien être… UN SERPENT et des racines entremêlées ! Cette analyse express est guidée par un impératif  : en cas de doute, le cerveau va TOUJOURS privilégier la solution la plus alarmante, la plus dangereuse et la plus stressante !

Stressante parce que le stress provoqué par une situation telle que l’apparition d’un serpent dans notre champ de vision NOUS SAUVE LA VIE ! Rappelons s’il est besoin de le faire : le stress n’est pas une maladie mais une réaction d’adaptation à notre environnement. Le stress va donc nous pousser à prendre nos pattes-arrière à notre cou ou à assommer ce serpent avec notre sac à mains. En l’espèce, ces deux réactions sont les plus adaptées et permettront de nous sauver la vie : fuir ou attaquer (si on est sûr de soi et de son sac à mains !). Notons que, en l’espèce, rester figé pour passer inaperçu n’est pas une réponse adaptée face à un serpent en bonne santé, mobile et doté de tous ses sens !

Le stress, dans cette situation, est une réaction physiologique et psychologique adaptée et souhaitable. Ce qui l’est moins aujourd’hui, c’est lorsque cette réaction est provoquée par l’échéance imminente d’un dossier à rendre, les pas militaires de son boss dans le couloir ou la soutenance d’une thèse devant un parterre d’érudits. C’est À CE MOMENT-LÀ QUE LE STRESS DEVIENT DÉLÉTÈRE : notre cerveau ne fait pas la différence entre un serpent venimeux et Jean Macheprot, notre N+2.

Le stress est néfaste pour notre santé et notre état psychologique quand :
– il est inutile: il n’y a pas de bête féroce qui pourrait nous surprendre au détour du rayon frais du Monoprix et pourtant… notre poitrine est serrée et notre souffle court en pensant au prochain comité de pilotage ou à l’entretien avec le directeur.
– il est répété : un dossier à rendre en urgence, ça passe. Ça devient une source de stress chronique quand les échéances et les urgences s’enchaînent, quand la pression est constante

 

Répété… je comprends ! Une situation qui met sous pression et qui se répète tous les jours en mode
“Le jour de la marmotte” ! Mais.. inutile ??!! Dis donc, tu exagères un peu, Boîte Crânienne !
Parce que le projet se passe très mal et que le comité de pilotage pourrait bien être un carnage !
Parce qu’être convoqué par son directeur donne de bonnes raisons de se poser des questions !

♦ C’est vrai. Je précise ma pensée : INUTILE à ce moment donné ! Quand tu fais tes courses au Monop,
que tu es dans ton rayon préféré, que tu trouves tes yaourts favoris en promo et que le chef de rayon
te fait un grand sourire…. À CE MOMENT-LÀ : RIEN DANS L’ENVIRONNEMENT N’EST UN FACTEUR
DE STRESS ! On est stressé parce qu’on pense déjà à l’entretien futur, au comité de pilotage à venir.
C’est le syndrôme du dimanche soir : quand tu es déjà lundi matin et que ton petit coeur se serre. Pourtant,
en ce dimanche soir où tu es devant ta série préférée avec ton compagnon ou ta compagne, ton chat ou
ton poisson rouge, une glace ou un pilon de poulet : tu passes une soirée sympa. Et rien dans l’environnement
n’est un facteur de stress. Ici et maintenant. Pourtant, ton petit coeur se serre, comme ta gorge et ta poitrine.
Aïe ! Et ça, c’est parce que notre cerveau souffre très souvent de jetlag !

♦ Rhooooo…. Je l’ai lu ce post ! Un cerveau stressé souffre de jetlag ! Ok… je comprends le point de vue :
un stress est inutile parce non adapté à la situation.

♦ Et inutile ne veut pas dire idiot ou inexistant ! On voudrait bien respirer par le museau dans les rayons
du Monop mais on n’y arrive pas forcément ! Rien d’idiot là dedans. C’est là et ça existe. On doit accepter
ce qui se passe pour nous pour pouvoir agir et en faire autre chose.

♦ Je comprends… C’est accepter ce qui est présent ! Et en parlant de moment présent, c’est d’ailleurs
le meilleur moyen pour ne pas être inutilement stressé, non ? C’est être ancré dans le moment présent
pour ne pas penser l’entretien futur ou au comité de pilotage à venir.

♦ Wahooo ! C’est exactement ça ! Toi… tu as lu « Le meilleur remède anti-jetlag »  !

 

Reprenons… L’analyse express est guidée par un impératif  : en cas de doute, le cerveau va TOUJOURS privilégier la solution la plus alarmante, la plus dangereuse et la plus stressante ! Stressante parce que le stress provoqué par une situation telle que l’apparition d’un serpent dans notre champ de vision NOUS SAUVE LA VIE !

 

 

Vous savez quoi ?

Vous le saviez déjà tout ça… vous saviez qu’en cas de flou, le cerveau se met en mode « DANGER » et active tous les systèmes d’alarme en mode « PEUR ».  Mais si vous le saviez ! Comment ?

Parce que vous connaissez tous (ou presque !) ce dessin du Petit Prince. Saint Exupéry, prétextant démontrer que nous avons perdu notre âme d’enfant, nous montre comment le cerveau fonctionne. Cet expert en neurosciences qui s’ignorait nous raconte, avec cette histoire d’éléphant avalé par un boa, que notre cerveau privilégie TOUJOURS la solution la plus alarmante, la plus dangereuse et la plus stressante !

 

 

Quand nous sommes dans le flou, le confus, le nébuleux… nous entrons en zone rouge ! Et C’EST NORMAL !

Rappellez-vous : c’est notre système “SURVIE” qui nous fait imaginer le pire pour nous préparer à réagir et à survivre.

Héritage de cette période “mammouth affamé-tigre sabre-dinosaure enragé” (oui, je sais… ces animaux n’ont pas co-existé et n’ont tous été des prédateurs de l’espèce humaine… je sais.. mais j’aime bien imaginer la scène… hihihihi !)…. Donc… Héritage de cette période “mammouth affamé-tigre sabre-dinosaure enragé”, une situation floue est une situation anxiogène.

Vous connaissez même une application pratique anti-stress qui s’appuie sur l’effet anxiogène de l’incertitude. Si, si !

Vous avez remarqué que les arrêts de bus indiquent depuis quelques années l’heure d’arrivée du prochain bus ? Que ces indicateurs sont aussi présents sur les quais de métro ?

Même lorsque le signal indique 15 ou 20 minutes (ce qui est un délai plutôt long !), le constat a été fait que les réactions de stress (énervement, colère, tension entre les personnes..) étaient moindres par rapport à une absence d’informations (et un bus qui arrivait dans les 10 minutes par exemple).

Pourquoi ? Parce que l’information est tangible : 20 minutes. Et la réaction éventuelle de colère ou d’énervement s’appuie sur une donnée concrête : un délai important. Elle est proportionnelle à cette information. Elle est plus contrôlable et plus raisonnée qu’une réaction de stress provoquée par une absence d’informations, un délai indéterminé et des ténèbres temporelles anxiogènes.

De la même manière et pour cette même raison, les annonces de la SNCF tendent à être systématiques et quasi-immédiates après un arrêt brusque du trafic. Vous aviez remarqué ? Lorsqu’un TGV s’immobilise, un agent prend presqu’immédiatement la parole pour informer les passagers de… l’arrêt du trafic ! Parfois, ce n’est rien de plus qu’un constat de ce que chaque passager peut faire lui-meme. Ni plus, ni moins. Mais cette annonce a le mérite de donner du sens à ce qui se passe et de ne pas laisser les passagers dans le flou. Avez-vous remarqué qu’un délai nous est presque toujours donné (“notre TGV repartira dans 10 minutes”? Pour être parfois reconduit (Et 10 minutes plus tard : “notre TGV repartira dans 10 minutes”).

Le seul et unique objectif : ne pas laisser les passagers dans le flou et en proie à un stress qui s’en nourrit. Et qui grandit aussi vite que le flou grossit.

Les conducteurs de métro parisien sont particulièrement attentifs à cette dimension anxiogène : à peine le métro s’est-il immobilisé entre deux stations ou est-il arrêté à un quai, que le conducteur prend immédiatement la parole pour expliquer ce qui se passe et pour donner un délai.

Pour chaque Parisien, le malaise voyageur et la régulation du traffic n’ont plus de secret ! Régulièrement, le conducteur prend la parole pour donner de la matière à cet espace-temps créateur de tous les possibles (et surtout les plus noirs !).

Alors les Happy Brainies… quand on vous laisse dans le flou, allez chercher des informations, des précisions et des données : autant de pépites magiques qui transforment un monstre sans forme ni visage en une réalité palpable et réelle. Une réalité tangible qui permet de savoir. Savoir si vous pouvez agir sur elle ou pas (et utiliser alors des techniques de gestion de stress adaptées à cette situation !)

 

LA SEMAINE PROCHAINE : « Le flou est un poison pour les relations humaines »

La guerre des stress

Paris. Janvier 2017. Deux collaborateurs essaient d’expliquer et de comprendre ce qui s’est passé entre eux quelques jours avant. Une situation source de tension et de stress qu’ils tâchent de mettre en mots. A la seule évocation de cet évènement, ils se retrouvent dans la même situation : chacun sent le stress monter en lui. Un stress qui devient une arme à double tranchant. J’assiste alors à la guerre des stress entre deux individus qui sont passé du côté obscur de la force sans même s’en apercevoir…

Repassons la scène originale au ralenti et décryptons ce qui s’est passé entre ces deux hommes.

REWIND

Monsieur Hulk et Monsieur Rabbit travaillent sur une nouvelle procédure à mettre en place sur une chaîne de production. Il y a quelque jours, ils devaient expliquer cette nouvelle procédure aux personnes qui travaillent sur la chaîne de production. Monsieur Rabbit trouve que  Monsieur Hulk ne détaille pas assez les nouvelles règles à appliquer et que ses explications ne sont pas claires. Il ne prend pas pour autant la parole et laisse Monsieur Hulk mener la réunion d’équipe. Monsieur Rabbit se dit en effet que Monsieur Hulk a plus d’ancienneté et ne veut pas le mettre mal à l’aise devant les techniciens.

A la sortie de la réunion, Monsieur Rabbit prend son courage à deux mains pour donner son point de vue à Monsieur Hulk. Il prend son courage à deux mains, si, si ! Parce que Monsieur Hulk « part vite dans les tours » quand une situation ne lui convient pas ou le contrarie. Monsieur Hulk serait, comme qu’y dirait, « un peu soupe au lait ».

ACTION !

Et ce qui devait arriver arriva….

Monsieur Rabbit est anxieux à l’idée d’avoir cette discussion avec Monsieur Hulk. Il appréhende sa réaction explosive et épidermique. Monsieur Rabbit est tout le contraire : il est posé, réservé et ne fait pas de vagues. On ne le verra jamais hurler dans les couloirs. Au contraire, il serait plutôt du genre à aller prendre l’air ou s’enfermer dans une salle de réunion pour digérer sa colère en silence et en solitude.

Monsieur Rabbit est un formidable professionnel et il en a conscience. Il s’appuie sur ses compétences et son savoir pour ouvrir la discussion avec Monsieur Hulk. Il lui dit que ses explications n’étaient pas assez détaillées et que certains techniciens vont avoir du mal à appliquer la nouvelle procédure.

 

Dans un prochain post, nous reparlerons de Monsieur Rabbit et sa manière quelque peu maladroite
de donner son avis à Monsieur Hulk. Parce qu’on peut tout dire mais… pas n’importe comment !
Et cette manière de dire les choses a une conséquence fâcheuse et non intentionnelle :
Monsieur Hulk se sent agressé et fortement remis en question.

 

Les mots de Monsieur Rabbit sont des facteurs de stress déclencheurs d’alerte rouge. L’organisme de Monsieur Hulk se met en mode « défense » face à cette agression extérieure.

 

Vous suivez Boîte Crânienne ? Alors vous connaissez FFF ? FFF comme
les 3 modes de réaction à un facteur de stress dans cette phase d’alerte :

– FIGHT : vous êtes dans une dynamique de combat et vous réagissez de
manière agressive face au facteur de stress ou à l’agresseur. En l’espèce, vous seriez  donc du genre
à hurler contre votre interlocuteur pour décharger votre colère, voire à tenir des propos véhéments
et faire preuve d’une certaine violence (verbale ou… physique ??!). Vous pouvez même ne pas vous reconnaître
dans cet épisode de Hulk : normal, vous avez peur et vous luttez pour votre survie !
Vous êtes de la famille de 
Monsieur Hulk !
– FREEZE : vous êtes en mode « lapin-dans-les-phares », paralysé/e face à l’agresseur.
En l’espèce, vous n’arrivez plus à réfléchir : cette impression de neurones gelés vous prive de votre capacité
de poser des questions sur l’acte ou même de comprendre ce que l’on vous explique. Vous regardez
votre interlocuteur sans pouvoir répondre : vous êtes muré(e) dans une camisole de silence.
Vous êtes de la famille de Monsieur Rabbit.

– FLEE : vous vous dites que votre seule chance de vous en sortir, c’est la fuite ! En l’espèce, vous vous
entendez dire à votre interlocuteur : « Heu… on va remettre ça à plus tard… oh désolé/e, j’ai complètement
oublié, il faut que j’y aille.. un rendez-vous important que j’ai complètement oublié ! ». Si vous ne pouvez pas
vous enfuir physiquement et devez participer à cette conservation que vous ne voulez pas avoir, vous allez
vous échapper intérieurement et faire le vide dans votre tête. « M’en fous… je ne suis pas là ! ». Vous êtes absent(e)… Vu de l’extérieur, on pourrait vous confondre avec Monsieur Rabbit : vous n’êtes plus dans l’échange et
avez coupé 
l’interaction. Le processus est cependant différent :
vous faites partie de la famille des Anémones. 

 

Monsieur Hulk entre donc en alerte rouge : les propos de Monsieur Rabbit le contrarient fortement et sont une source supplémentaire de stress à la situation actuelle stressante de fort changement dans l’entreprise. « Il ne manquait plus que ça » pourrait-il penser : « déjà que cette réunion de présentation de la nouvelle procédure aux techniciens m’angoissait… et que j’appréhendais leur réaction à ce changement… voilà que Monsieur Rabbit en rajoute une couche en me disant que je m’y suis mal pris ».

 

Note pour plus tard… à propos des mal-entendus pour des mal-dits…
il est évident que l’intention de Monsieur Rabbit n’est pas celle d’incriminer Monsieur Hulk ou
de lui reprocher quoi que ce soit. Son intention est de signifier son inquiétude
quant à la compréhension des techniciens.

WTF !!!!! Comme la nature humaine est compliquée !!! Et la communication, une science et un art.
Ok…. Monsieur Rabbit pourrait s’y prendre autrement. Patience, Happy Brainy…
Nous verrons bientôt comment faire pour qu’une telle INTENTION soit le plus JUSTEMENT
reflétée dans ma COMMUNICATION….

 

A votre avis ? Que s’est-il passé ??

Dans la famille Hulk, quand on se sent attaqué, on riposte ! On attaque ! On hausse le ton et on affiche haut et fort les couleurs de la colère !!!!

ARRÊT SUR IMAGE

Une telle réaction de la part de Monsieur Hulk glace le sang de Monsieur Rabbit. Et le sidère sur place. Chez les Rabbit, les manifestations de colère à l’italienne (j’ai le droit d’écrire ça.. mon nom de famille est italien) sont un des facteurs relationnels de stress. Pour ne pas dire THE facteur relationnel Number One de stress. Monsieur Rabbit ne dit plus rien. Il regarde Monsieur Hulk sans un mot. Il perd tous ses moyens.

ARRÊT SUR IMAGE

Dans la famille Hulk, on ne supporte pas les Rabbit ou les Anémones. On ne sait pas quoi faire de ce silence et de ses yeux plantés dans les siens !!! Dans la famille Hulk, on exprime ses sentiments ! Et surtout ceux qui sont « énervement », « agacement », « contrariété », « irritabilité »…

ZOOM SUR LES DISCOURS INTÉRIEURS

Monsieur Hulk : « Il me stresse avec ses yeux écarquillés et sa bouche entrouverte… Il va dire quelque chose, oui ! »
Monsieur Rabbit : « Il me stresse à hurler comme ça… Il ne peut se calmer à la fin !! »

ZOOM SUR LES CERVEAUX

Monsieur Hulk : Facteur de stress identifié ! ALERTE ROUGE !!!! Mise en place de la procédure de phase d’alerte « RÉPONSE AU STRESS »
Monsieur Rabbit : Facteur de stress identifié ! ALERTE ROUGE !!!! Mise en place de la procédure de phase d’alerte « RÉPONSE AU STRESS »

 

C’EST LA GUERRE

DES STRESS !!!!!

 

 

 

 

EXPLICATION

Le contexte de changement professionnel est un facteur de stress environnemental. Entre ces deux hommes, chacun est un facteur relationnel de stress pour l’autre : la conversation s’annonce délicate et le contexte de changement . Chacun réagit selon son PROPRE mode de réaction. Mode de réaction qui est un facteur de stress supplémentaire pour celui en face.

C’est une sorte de cercle vicieux du stress qui s’auto-alimente sans qu’aucun d’eux n’ait conscience de ce qui est en train de se passer. C’est le fameux stress à double tranchant : une première lame pour soi-même et une deuxième lame pour son interlocuteur.

DEBRIEFING

Lors de la restitution de cet épisode, les mêmes causes produisant les mêmes effets… Le récit de cet épisode et l’incompréhension de ce qui a pu se jouer entre eux ravivent les réactions au stress. Et se rejoue le processus de cercle vicieux et de guerre des stress.

C’est en comprenant les différents modes de réaction au stress que Monsieur Hulk et Monsieur Rabbit prennent conscience de ce qui s’est passé entre eux. Et ce qui se passe souvent entre eux. Ils prennent conscience de leur propre mode de réaction et de l’existence de modes de réaction radicalement différents. Des modes de réaction naturels et spontanés. Et ils apprennent surtout que ce mode de réaction spécifique peut être un facteur de stress supplémentaire pour l’autre. Le fameux stress Gillette à 2 lames !

Et vous savez quoi ? Cette prise de conscience va tout changer entre eux !

Je revois ces deux hommes quelques mois après notre échange. Ils ne sont pas devenus les meilleurs amis du monde. Ils sont toujours deux très bons professionnels avec des points de vue parfois différents sur leur métier et la manière de l’exercer. Ils sont surtout attentifs au processus de la guerre des stress. Ils me racontent qu’ils s’amusent de cette expression quand l’un des deux repère qu’ils sont en train de basculer dans ce processus de sur-enchère émotionnelle. Ils ont une espèce de code entre eux : « C’est la guerre ». Ces quelques mots prononcés par l’un ou l’autre mettent fin à la spirale de stress. Ils conviennent généralement de prendre alors du recul pour reprendre leur discussion plus tard.

Et vous ? Connaissez-vous votre famille de stress ? Êtes-vous plutôt Hulk, Rabbit ou Anémone ? Partagez vos expériences dans les commentaires, chers Happy Brainies !

Ka aux grandes oreilles

 

 

 

 

Entraîner l’Esprit Singe pour méditer

Méditer, c’est entraîner l’Esprit Singe. Dompter la part de notre esprit qui saute d’idée en idée, qui ne tient pas en place, qui s’accroche à une pensée comme un singe s’agrippe à une branche et qui est toujours en mouvement. Comment faire pour que ce Singe devienne sage et attentif ?

 

Quand on débute la méditation, on imagine parfois qu’il est question de faire le vide, de ne penser à rien et de ne rien ressentir. Pour Christophe André, la pleine conscience est la qualité de conscience qui émerge lorsqu’on tourne intentionnellement son esprit vers le moment présent. C’est l’attention portée à l’expérience vécue et éprouvée :
– sans filtre (on accepte ce qui vient)
– sans jugement (on ne décide pas si c’est bien ou mal, désirable ou non)
– sans attente (on ne cherche pas quelque chose de précis).

Nous avançons ainsi dans notre compréhension de la méditation : méditer, c’est donc être présent à ce qui est ici et maintenant.

Etre présent à ici et maintenant… être totalement engagé dans le moment présent… Ok… mais, moi, je suis assaillie par des pensées (la liste des courses au Monoprix, le prochain post à écrire, un mail à écrire…) ! C’est normal ? Et surtout, je fais quoi, moi, pour méditer ?

Mingyur Rinpoche, un maître et moine bouddhiste parle du Monkey Mind : l’Esprit Singe qui nous distrait en nous alimentant de pensées intruses et de sensations parasites.

Que faut-il faire ? Museler notre Esprit Singe ? Le combattre ? L’oublier ? Lui donner des bananes ?

Mingyur Rinpoche nous donne des clés dans cette vidéo :  avec humour et légèreté, il démystifie la méditation et nous explique comment apprivoiser l’Esprit Singe pour méditer n’importe où et n’importe quand. Même pour le temps d’une respiration !

La recette pour entrainer l’Esprit Singe à devenir calme et attentif :  l’occuper lui donnant une tâche à faire.
Monkey Mind Mission = être attentif à la respiration.

J’aime l’approche simple et rassurante de Mingyur Rinpoche :
– nous pouvons méditer quelques secondes, quelques minutes… le temps d’une respiration ou de deux respirations…
– nous pouvons méditer n’importe où : en réunion, le temps d’un café ou d’un thé..
– il est normal que des pensées arrivent en toile de fond : nous ne devons pas nous en soucier et rester concentrés sur notre souffle.

Je vous propose de regarder et d’écouter Mingyur Rinpoche dans cette courte vidéo. Je ne l’avais pas trouvée avec les sous-titres en français : je les ai ajoutés pour vous, les Happy Brainies !

Comme par magie, le Singe s’assagit pour devenir calme et attentif… Calme et attentif comme une Grenouille ! Et vous pouvez alors méditer n’importe où et n’importe quand !

Et les grenouilles,  c’est PAR ICI !

 

En 2017, j’arrête !

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J’arrête les « pas de problème », « pas de souci », « ne t’inquiète pas ».
!!!!!!! STOP !!!!!!!
Parce que le cerveau ne comprend pas les négations. Parce que ces phrases le mettent en alerte rouge.

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row type= »in_container » scene_position= »center » text_color= »dark » text_align= »left » overlay_strength= »0.3″][vc_column column_padding= »no-extra-padding » column_padding_position= »all » background_color_opacity= »1″ background_hover_color_opacity= »1″ width= »1/1″][morphing_outline hover_color= »#cc0066″]VOILÀ ! TOUT EST DIT ![/morphing_outline][/vc_column][/vc_row][vc_row type= »in_container » scene_position= »center » text_color= »dark » text_align= »left » overlay_strength= »0.3″][vc_column column_padding= »no-extra-padding » column_padding_position= »all » background_color_opacity= »1″ background_hover_color_opacity= »1″ width= »1/1″][vc_column_text]

Vous ne me croyez pas ? Et pourtant vous en avez très certainement fait l’expérience vous-mêmes.

Vous avez certainement fait l’expérience d’un examen médical. Si vous êtes un être humain de plus de 15 ans, il y a fort à parier que vous avez au moins subi une prise de sang au cours de votre vie. Vous souvenez-vous alors des mots qui sont prononcés juste avant un acte médical ?

Généralement, nous nous entendons dire : « Ne vous inquiétez pas, ça ne va pas faire mal, ça ne va pas durer longtemps ». Quelle est l’intention du médecin ou de l’infirmière qui prononce ces mots ? Son intention est de nous rassurer et de diminuer notre niveau de stress afférent à cet acte médical (prise de sang, injection, ponction, changement de pansement, radiothérapie….). Noble intention que celle de vouloir nous rassurer et rendre cet acte le plus confortable possible et le moins pénible possible.

OR le choix des mots ne nous permet pas de nous sentir plus détendus, plus confiants et plus rassurés. Pourquoi ? Parce que notre cerveau ne comprend pas les négations. Quand il entend « Ne vous inquiétez pas, ça ne va pas faire mal, ça ne va pas durer longtemps », il comprend « inquiétez », « mal », « longtemps ». Ces mots sont des facteurs de stress déclencheurs d’alerte rouge. Notre organisme se met en mode « défense » face à une agression extérieure.

 

Vous suivez Boîte Crânienne ? Alors vous connaissez FFF ?
Non, pas la Fédération Française de Fonck ! (vous avez bien lu, c’est FONCK comme funk + rock).
FFF comme les 3 modes de réaction à un facteur de stress dans cette phase d’alerte :

FIGHT : vous êtes dans une dynamique de combat et vous réagissez de manière agressive
face au facteur de stress ou à l’agresseur. En l’espèce, vous serez  donc du genre à hurler
sur le personnel médical pour décharger votre colère, voire à tenir des propos véhéments et
faire preuve d’une certaine violence (verbale ou… physique !). Vous pouvez même ne pas vous reconnaître
dans cet épisode de Hulk : normal, vous avez peur et vous luttez pour votre survie ! 

FREEZE : vous êtes en mode « lapin-dans-les-phares », paralysé/e face à l’agresseur.
En l’espèce, vous n’arrivez plus à réfléchir : cette impression de neurones gelés
vous prive de votre capacité de poser des questions sur l’acte ou même de comprendre ce que l’on vous explique.

FLEE : vous vous dites que votre seule chance de vous en sortir, c’est la fuite !
En l’espèce, vous vous entendez dire au médecin ou à l’infirmière : « Heu… on va remettre ça à plus tard…
oh désolé/e, j’ai complètement oublié, il faut que j’y aille.. un rendez-vous important que
j’ai complètement oublié ! ». Si vous ne pouvez pas vous enfuir physiquement et  subir cet acte médical,
vous allez vous échapper intérieurement et faire le vide dans votre tête. « M’en fous… je ne suis pas là ! »

L’intention est bonne et honorable. L’effet est délétère. L’effet escompté (rassurer son interlocuteur) est absent et l’effet produit est inverse : émergence d’un facteur de stress ou augmentation du niveau de stress.

 

Hé Boîte Crânienne, ça me rappelle les mots-airbags, ça !
Par exemple, quand on utilise « petit » pour minimiser une mauvaise nouvelle et prendre soin
de son interlocuteur : « on a un petit problème » quand le problème est carrément grave et
que ça craint velu. Lisez donc « Ce qui est petit n’est pas toujours mignon » pour en savoir plus
sur l’effet délétère de cette précaution lexicale.

 

Le choix des mots fait toute la différence.

Dans notre exemple d’acte médical, l’intention est la même mais l’effet très différent si :
– « Ne vous inquiétez pas » devient « Rassurez-vous »
– « Ca ne va pas faire mal » devient « C’est indolore »
– « Ca ne va pas durer longtemps » devient « Ca va prendre 5 minutes »

Le choix des mots fait TOUTE LA DIFFÉRENCE.

 

♥ Dis donc Boîte Crânienne, tu crois que je ne me suis aperçu de rien ?!
A la place de « Ca ne va durer longtemps », tu proposes « ça va prendre 5 minutes ».
Comme je sais que tu n’écris jamais quelque chose au hasard… pourquoi pas « ça va être court » à la place ?

♥ Bien vu ! Et tu sauras un jour pourquoi « ça va prendre 5 minutes » est beaucoup plus efficace
que « ça va être court ». Dans un autre post !

Alors… s’il vous plait… en 2017, arrêtons les « pas de souci », « pas de problème », « ne t’inquiète pas ».

OK, c’est simple mais difficile de se défaire d’un tic de langage. Parce que nous avons tous tendance à employer ces mots pour répondre à une question ou commenter une information.

Situation N°1
Lui : « Je ne pourrai pas être avec toi ce soir » – Moi :  « Ok, pas de souci »

Situation N°2
Elle : « Tu peux passer me prendre en allant en réunion » – Moi : « Ok, pas de problème »

Situation N°3
Lui : « Je suis désolé, je t’ai oubliée dans la liste » – Moi : « T’inquiète ! On en avait parlé avant »

 

HAAAAARRRRRGGGGHHHHH !!!!! STOP ! Luttons contre ce tic de langage qui met un doute dans l’esprit de notre interlocuteur. Imaginons le discours intérieur et inconscient que pourrait entendre son cerveau.

Situation N°1
Lui : « Je ne pourrai pas être avec toi ce soir » –
Moi :  « Ok, pas de souci » –
Lui dans sa tête : « Hum… c’est un souci en fait que je ne sois là mais elle va faire avec »

Situation N°2
Elle : « Tu peux passer me prendre en allant en réunion » –
Moi : « Ok, pas de problème » –
Lui dans sa tête : « Hum… ça lui pose un problème de faire un détour mais elle va le
faire quand même pour me rendre service »

Situation N°3
Lui : « Je suis désolé, je t’ai oubliée dans la liste » –
Moi : « T’inquiète ! On en avait parlé avant » –
Lui dans sa tête : « Hum… il faut que je m’inquiète un peu quand même, non ?
Je l’ai vexée ? C’est ça, hein ? »

 

On dirait un épisode inédit de « Vice Versa », non ? Ca fait des années que je m’entraine et que je fais attention… Et parfois, un « pas de souci » revient dans mon langage comme un hoquet, un « pas de problème » se glisse comme un intrus dans mes propos et je rassure un ami en lui disant « ne t’inquiète pas »…. Oh malheur….

 

arreter-les-negations

Par pitié, en 2017, arrêtons les « pas de problème« , « pas de souci » et « ne t’inquiète pas » quand nous pensons : « tout va bien« , « c’est OK » et « rassure toi« .

Ma résolution pour 2017 est de bannir les « pas de problème« , « pas de souci » et « ne t’inquiète pas« 

Rejoignez-moi  en 2017 pour dire plein-plein de « tout va bien« , « c’est OK » et « rassure toi« .

 

 

Ce qui est petit n’est pas toujours mignon

« Il y a eu un petit problème », « On va faire une petite modification », « On va faire un petit point sur ton travail »… Derrière ce « petit » mot-airbag, se cache souvent un problème dramatique, une énorme modification ou un important recadrage. Ce qui est petit n’est pas toujours mignon mais part toujours d’une bonne intention pour annoncer une mauvaise nouvelle !

Quand nous voulons protéger autrui (et/ou nous-mêmes), nous avons tendance à mettre des mots-airbags dans notre discours : « petit » est le roi des airbag ! Mais… nos bonnes intentions ont parfois un effet délétère. Un véritable tsunami de stress et de tension ! Complètement à l’opposé de ce que nous voulions.

♥ Dis donc, Boîte Crânienne… Tu ne serais pas un peu schizo ?!
Dans « L’éloge de la petitesse« , tu nous as dit que tu aimais les mots : «PETIT», «MINI», «SMALL», «CH’TI» !!!

♥ Vrai ! Exceptionnellement, j’aime ces mots. Pourquoi ? Parce que « petit à petit »,
de petit pas en petit pas, de mini-mission en mini-mission, de ch’ti objectif  en ch’ti objectif ….
nous nous approchons du but que nous nous sommes fixé !  Tu veux en savoir plus ?
Lis (ou relis) « L’éloge de la petitesse : cultivons le Stupide Small » pour comprendre en quoi ce
qui « petit » est « puissant » pour atteindre son 
étoile.

« Petit »… est le roi des mots-airbags ! Vous avez remarqué que nous l’utilisons pour minimiser quelque chose d’important ou de grave. Et cette utilisation part TOUJOURS d’une bonne intention : amoindrir l’importance de la situation pour ménager notre interlocuteur (et/ou nous ménager nous-mêmes !).

« Il y a eu un petit problème » : nous préparons notre interlocuteur à l’annonce d’une mauvaise nouvelle mais tendons à amoindrir la gravité du problème en le qualifiant de « petit ». Nous visons un double mouvement en faisant ça : préparer notre interlocuteur à une mauvaise nouvelle en annonçant le contenu de notre discours (« Je vais te parler d’un problème ») ET le préserver le plus possible de cette mauvaise nouvelle (« Rassure-toi ! Il est petit, ce problème »).

Effet escompté : protéger notre interlocuteur et le préserver du stress d’une mauvaise nouvelle

Effet produit : notre interlocuteur se met immédiatement sur ses gardes et un pic de stress se fait ressentir

Pourquoi ??

1- Parce que, par expérience, notre interlocuteur SAIT que l’emploi de « petit » annonce une dimension tout autre voire complètement antinomique : le problème est loin d’être « petit » et cette mention même est la preuve que l’heure est grave. Notre interlocuteur, tout comme nous, a déjà utilisé ce mot-airbag et SAIT combien sa mention est signe de DANGER ! Il sait aussi pourquoi ce mot-airbag est mentionné : le protéger !

2- Dans le cerveau de notre interlocuteur, s’allume donc le signal DANGER et le niveau de stress augmente instantanément. Les réactions physiques apparaissent rapidement : bouche sèche, accélération du rythme cardiaque, mains moites… Notre interlocuteur a l’impression d’être cerné par des requins : chaque requin a un écriteau « PETIT » planté sur son museau effilé et tournoie autour de lui en arborant son plus beau sourire (de requin !). Le cerveau de notre interlocuteur est mis en situation d’alerte à la seule écoute de ce « petit » mot. Comme un trigger, ce « petit » mot déclenche la réaction immédiate : je me renferme sur moi-même et ne veux rien entendre de plus, je deviens agressif/ve pour me protéger ou je ne comprends rien à ce qui m’est dit et suis tétanisé(e).

RÉSULTAT : STRESS 1 – PROTECTION 0

Nous avons tous expérimenté cette situation et pourtant nous continuons à employer ces mots-airbags. Il y a le fameux « PETIT ». Il y a aussi le tout aussi couru : « JUSTE » comme dans « Il y a juste quelques modifications à faire ». Et le combo gagnant : « Il y a JUSTE quelques PETITES modifications à faire ». Quand vous entendez cette phrase prononcée par votre maître de recherche ou par votre boss, il y a fort à parier que votre mémoire ou votre présentation doit être TOUT ou en GRANDE PARTIE revu/e et modifié/e.

Faites le test ! Soyez attentif/ve… Quand vous entendez un mot-airbag dans une phrase qui vous est adressée, il est rare que la réalité soit telle qu’énoncée. C’est possible (Oui, parfois, il y a effectivement juste quelques modifications à faire) mais c’est rare.

UN INDICE POUR FAIRE LA DIFFÉRENCE ? LA DIFFÉRENCE entre un énoncé correct de la réalité (il y a effectivement juste quelques modifications à faire) et un énoncé tronqué de la réalité (heu… il va falloir presque tout revoir en fait…) ? Au delà de l’usage des mots-airbags, faites attention à deux choses :
1- le langage para-verbal utilisé : une voix douce, le ton rassurant, le rythme de voix changeant (soit plus rapide avec l’intention de minimiser l’importance des propos, soit plus lent pour signifier le soutien apporté)
2- le langage non verbal : le regard appuyé, le sourire rassurant, la tête un peu penchée sur le côté…
Bref… des indices visuels pour notre interlocuteur qui lui disent : DANGER ! DANGER !

♥ Dites à voix haute : « Il y a juste quelques petites modifications à faire ».
Dites le 2 fois.
1 fois en pensant que le message effectif est : il y a uniquement quelques modifications minimes à réaliser
1 autre fois en pensant que presque tout est à revoir et que vous craignez de froisser ou
de démoraliser votre interlocuteur qui a dépensé beaucoup de temps et d’énergie
dans la réalisation de ce projet.
Vous entendez la différence dans votre manière de dire ces mêmes mots
« Il y a juste quelques petites modifications à faire » ? Vous sentez la différence ?
Vous pouvez faire l’hypothèse que votre interlocuteur la ressent aussi…

Alors pourquoi continuons-nous à utiliser ces mots-airbags en prenant un air compatissant et un ton bienveillant ?

Parce que nous voulons prendre soin de l’autre en le protégeant. Nous avons envie de lui dire « Ca va aller. Ce n’est pas si grave. », voire « Je suis là, tu sais. ». Nous faisons tout pour minimiser l’impact d’une mauvaise nouvelle pour protéger autrui et bien souvent nous protéger nous-mêmes. Nous-mêmes ? Mais quel est le rapport avec nous ? La mauvaise nouvelle concerne l’autre pourtant, non ?

Nous cherchons à nous protéger de 2 sortes de conséquences possibles :
– Comment notre interlocuteur va-t-il réagir ? Notre interlocuteur va-t-il se mettre en colère ? « Quoi ? Encore des modifications ? Je commence à en avoir plus que  marre de tes modifs… Quoi encore ? «  Notre interlocuteur va-t-il fondre en larmes ? « Il y a eu un petit problème pendant la course ? Oh mon Dieu… mais comment ça, elle est gravement blessée ? Oh non…. » Nous imaginons ces réactions possibles et ne pouvons envisager d’y faire face. Nous nous sentons dépourvus (à tort ou à raison) de ressources pour accueillir ces manifestations émotionnelles.
– Notre relation va-t-elle résister à cette mauvaise nouvelle ? Très souvent, c’est le lien qui nous unit à notre interlocuteur que nous cherchons à préserver et à protéger. Nous craignons que l’annonce d’une mauvaise nouvelle ait raison de la relation qui nous unit à cet autre. Et nous nous appuyons sur la croyance erronée que le « droit au but » est la pire des solutions à choisir pour l’annoncer.

Nous touchons le coeur de nos bonnes intentions : la croyance selon laquelle « annoncer une mauvaise nouvelle de manière directe, c’est être méchant ou sadique ». Annoncer une mauvaise nouvelle de manière directe et « droit au but » serait LA CHOSE À ÉVITER À TOUT PRIX si on veut protéger l’autre, prendre soin de lui et lui signifier que l’on est compatissant et présent pour lui.
WRONG IDEA !!!!! C’EST TOUT LE CONTRAIRE !
C’est en annonçant directement une mauvaise nouvelle, en employant des mots justes et reflétant la réalité, en allant « doit au but » que nous atteignons notre objectif qui est : prendre soin de l’autre.

♥ Heu… Facile à dire, Boîte Crânienne ! Parce que c’est difficile d’annoncer
une mauvaise nouvelle directement, genre « PAF ! Voilà, ça, c’est dit ! ». En tous les cas,
je n’ai jamais réussi à le faire. Et je suis pas à l’aise en y pensant 
d’ailleurs…

Tu as raison : c’est difficile. C’est simple mais difficile. En tous les cas, la première fois.
C’est plus facile quand tu as une méthode toute simple pour structurer ton discours « droit au but »,
tu comprends pourquoi il est juste d’annoncer une mauvaise nouvelle de cette manière,
et surtout que tu expérimentes cette manière de faire et en mesures les avantages
(pour ton interlocuteur et pour toi). Au fait, ça marche pareil pour dire non à une demande.
C’est aussi difficile pour toi de dire NON ?

Pfff… Tu es dans ma tête ou quoi ?! 

Alors… arrêtons de tourner autour du pot et de ménager notre discours en mettant des mots-airbags partout ! Parce que « petit » n’est pas toujours mignon et a un effet délétère. Faisons honneur à la devise de l’OM : DROIT AU BUT !!! (ok, je sors…)

Je suis le maître du monde…. dans ma salle de bain !

Si vous voulez savoir comment, en une seule nuit, on peut passer de « maître en soutenance de mémoire » à « lapin dans les phares muet et paralysé »… lisez ce qui suit et découvrez 3 indices pour rester un Super Cerveau !

Demain, je présente mon mémoire devant un jury de 10 personnes. Aujourd’hui, je répète ma présentation dans ma salle de bain. Oui, si vous me suivez, la salle de bain est un lieu particulier pour moi… 😊 Sans vouloir me vanter, je suis plutôt bonne : le plan est structuré, j’ai une introduction qui déchire, je fais même deux ou trois brins d’humour… En quelques mots, je suis le maître du monde et écarte les bras version « Leonardo di Caprio à la proue d’un bateau » et entendrais presque Céline Dion hurler que mon coeur continue de battre.

Demain, c’est aujourd’hui.

Et aujourd’hui, dans cette salle que je ne connais pas, face à ces gens que je n’ai jamais vus, sans note sous les yeux parce que c’est la consigne, je ne me souviens plus de rien et ne trouve plus mon souffle. Mon coeur s’est tellement emballé que j’entends ses battements forts. J’ai l’impression d’être un lapin dans les phares de ces 20 yeux qui sont braqués sur moi. Je sors de la salle : je suis déçue, triste et en colère. Et d’autant plus qu’hier, dans ma salle de bain, j’étais le maître du monde et présentais mon mémoire avec prestance, brio et panache. WTF !!!! Que s’est-t-il passé ??

2 EXPLICATIONS et 3 INDICES pour conserver notre costume de Suuuuper Cerveau !!

EXPLICATION N°1
Jouez au jeu des différences

Quelle est la différence flagrante entre ma salle de bain (ou mon salon ou ma chambre) et une salle d’examen (ou un bureau de maître de conférences ou une salle de réunion)… tic… tac… tic… tac… La réponse est : le nombre de coeurs qui battent dans la salle ! Quand je répète mes cours ou ma présentation, je suis seul(e). Et quand je soutiens un mémoire ou passe un examen, je le fais devant un autre être humain !!! Voire plusieurs !!!

Je vous ai déjà parlé de moi ? A part le post sur Pokemon Go et ma double vie de Maîtresse K ?

Ma conviction est celle de l’inscription indissociable d’un individu dans son environnement qu’il soit social, professionnel, amical ou familial. Nous sommes des êtres de rapports, de liens, de relations. Une manière de m’intéresser aux rapports entre les hommes a été de me pencher sur des règles qui gouvernent ces rapports : j’ai suivi une formation en droit. Puis, j’ai voulu comprendre le fonctionnement psychique et les comportements en étudiant la psychologie. Au carrefour de ces deux disciplines est la criminologie : l’étude du phénomène criminel. Je suis devenue profiler psychologique. Ou plutôt profiler relationnel. Parce qu’il est toujours question de relation à l’autre et à son environnement. Prenez un criminel et placez le dans une grotte, sans aucun contact avec d’autres hommes…. il n’y a pas de crime, pas de victime et il n’y a pas de criminel.

Et c’est là, le secret : nous sommes des êtres de relation, des êtres de lien, des êtres de contact. Et nous oublions parfois cette dimension relationnelle dans nos activités d’étudiants ou de professionnels. Ça se confirme parfois : « L’enfer, c’est les autres » ! 😱 C’est vrai en constatant que c’est face à cet autre/ces autres que nous perdons nos moyens, ressentons les effets du stress et sommes clairement moins bons qu’à « l’abri de notre chambre verte »

L’indice N°1 : tirer parti de cet apparent désavantage en faisant un avantage de la présence de l’autre. C’est en nous mettant en lien avec un examinateur, en contact avec le jury ou en relation avec un public que nous allons gagner en confort.

En nous souvenant que nous sommes des icebergs qui se rencontrent sous la surface de l’eau, nous pouvons nous mettre en lien avec l’autre sur un terrain universel : l’émotion ! Quand on sait se servir de ses émotions pour rendre son discours le plus personnel possible, on touche l’autre directement au coeur. Avec deux conséquences positives : on gagne en confort (on est moins stressé) et on embarque nos profs ou nos auditeurs dans notre présentation.

EXPLICATION N°2
Comment le lieu de répétition peut être un trou… de mémoire !

Quand on révise un cours, on a tendance à le réviser dans sa chambre, dans le salon ou dans sa salle de bain (oui… vous commencez à me connaître). Réviser un cours, préparer  une soutenance de mémoire ou d’une proposition commerciale, peaufiner la présentation d’un rapport de stage ou du rapport financier de l’année : même combat !!! Nous faisons travailler nos neurones : nous faisons appel à notre mémoire de travail pour organiser les informations, organiser des stratégies, nous rappeler de détails et tâchons de stocker des données dans notre mémoire à long terme. Pour mémoriser, nous répétons. Et très souvent dans un seul et même lieu.

Ce lieu devient alors un point de référence pour les mécanismes mnésiques à l’oeuvre : sans nous en apercevoir, la fenêtre est un repère qui appelle le premier chapitre ou le premier slide, la poignée de la porte ouvre la conclusion… Notre cerveau va construire de petites ancres invisibles dans notre environnement pour « accrocher » une idée, un concept, un titre. Un peu à la manière d’un palais mnésique, notre processus d’apprentissage et de mémorisation va s’attacher à des points fixes de l’environnement. Sortis de cet environnement, nous sommes dépourvus de ces repères et perdent le fil de notre restitution. Dans une salle d’examen ou dans un bureau autre que le nôtre, notre cerveau ne retrouve plus les ancres plantées précédemment dans le décor.

Et là, vous pourriez me dire… Dis donc, Boîte Crânienne, j’ai suivi un atelier avec toi sur la mémoire et tu nous as vanté les mérites du palais mnésique. D’ailleurs, j’ai testé et ça marche carrément bien ! Alors… pourquoi ça devient un problème dans le cas présent ? Hein ? Pourquoi ??

Parce que la technique de mémorisation n’est justement pas celle du palais mnésique. Le stockage des données a été réalisé sans avoir conscience des liens faits entre la fenêtre et le premier chapitre, la poignée de la porte et la conclusion. Nous avons appris sans avoir conscience que notre cerveau s’appuyait/s’ancrait sur des éléments physiques pour mémoriser. Et ça… c’est une des causes de notre perte !

L’indice N°2 : avoir un lieu de prédilection et des tas de lieux d’expérimentations (c’est-à-dire ne pas avoir de lieu particulier pour répéter une présentation ou réviser un cours)

Notre lieu de répétition a une autre dimension d’ancrage : un ancrage mental et émotionnel. Dans notre salon ou notre salle de bain, nous sommes détendus-détendus-détendus (comme dirait Gridou, une de mes étudiantes) !

En tous cas, nous devrions l’être parce que ICI et MAINTENANT, dans notre salle de bain ou notre salon, il n’y a aucun enjeu. Allez, hop ! Une petite piqure de rappel qu’un cerveau stressé est un cerveau qui vit dans le passé (« J’ai assez travaillé le sujet ? »… « Si j’avais su, j’aurais validé le plan plus tôt »… « Si c’était à refaire, je réviserais avec mon binôme…. ») ou se projette dans le futur (« Je vais mourir de peur devant les 10 jurés »…. « Et si je perds tous mes moyens »… « Et si je rate ma prestation ? »…) : bref, un cerveau stressé est un cerveau qui souffre de jetlag !

Donc… normalement, nous sommes détendus dans ce lieu de répétition et notre cerveau peut alors déployer ses ailes de Super Cerveau : créatif, pertinent, connaissant plein de choses, se souvenant de plein d’autres choses et faisant de liens entre elles. L’endroit où nous révisons ou répétons devient un cocon rassurant et apaisant. Sortis de cet environnement, nous perdons la sensation associée et bien souvent nos moyens ! Bref, nous prenons de plein fouet la situation présente comme un facteur de stress important :  et ici, l’enjeu est important. On ne joue pas sa vie mais tout de même : il s’agit d’une soutenance de mémoire, d’un examen de fin d’année ou d’une présentation de dossier. On doit bien l’avouer, on est un peu stressé. Et être enfermé dans un endroit moins agréable que notre-chez-nous, voire dans un lieu totalement inconnu, nous rend les choses encore plus compliquées !

 L’indice N°3 : emporter sa chambre ou sa salle de bain pour passer un examen ou soutenir un mémoire. Vous avez bien lu : emporter ce lieu sécuritaire et sécurisant avec soi. Et hop ! Bon… Peut-être pas TOUTE la chambre ou la salle de bain, mais un objet qui la symbolise. 

Envie d’en savoir plus pour rester un Super Cerveau ? Continuez à suivre Boîte Crânienne avoir d’autres indices…

 

Illustration de Greg Guillemin / “Secret life of heroes”

Nous sommes des icebergs prisonniers de la Reine des Neiges

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Nous sommes des icebergs : 10% dans la tête et 90% dans le corps et le coeur. Quand nous nous rencontrons, quelle est la partie de nous qui entre en contact la première ? Regardez la photo… BAM ! Dans nos 90% ! En plein  dans l’émotionnel ! Et si en plus, la Reine des Neiges vient souffler son vent paralysant… On est bien seul au milieu d’un océan d’émotions qu’on ne comprend pas, qu’on ne maîtrise pas et dont on ne sait quoi faire face à l’autre…

 

Nous sommes des êtres émotionnels : quand nous entrons en contact avec un autre, nos émotions sont les premiers indices de cette rencontre. Et ce sont ceux qui restent le plus dans notre mémoire.

Faisons un test : Vous souvenez-vous du premier cours de maths de cette année ? Vous souvenez-vous de la dernière réunion avec votre big boss venu des US ? Ou vous souvenez-vous de moi si vous m’avez vue en conférence ? Il y a peu de chance que vous vous souveniez de premiers mots prononcés ou des phrases d’introduction. En revanche, vous gardez en mémoire votre impression : c’était sympa, elle ne m’a pas plue, c’était drôle, je l’ai adorée tout de suite… Ce que vous avez ressenti est gravé dans votre mémoire. L’impact émotionnel de la situation et de la rencontre avec un autre est ce que nous expérimentons en premier : avant de penser, nous ressentons. Et cet impact est  tellement prégnant qu’il reste dans notre grenier à souvenirs.

Quand nous sommes en relation avec un autre, ce sont également nos émotions qui nous permettent de le comprendre, de nous ajuster à lui tout en prenant en compte ce qui nous anime. Il est question ici d’intelligence émotionnelle. Moi, je préfère le terme d’intelligence relationnelle : nos émotions naissent de contacts avec notre environnement et influencent nos relations avec cet environnement.

Je vais partager avec vous une expérience que j’ai vécue lors d’un accompagnement d’équipe pour illustrer les différentes dimensions de l’intelligence émotionnelle et l’importance de mettre en mots pour construire une relation authentique et responsable. Les prénoms ont été changé et le contexte également.

J’assiste à la scène suivante : une femme (que nous appelerons Mathilde), rentrant d’un long congé, dit à ses collègues combien il est difficile pour elle de reprendre ses marques et de se trouver sa place au sein de son équipe. Un de ses collègues (que nous nommerons Romain) lui répond qu’elle ferait bien de lever un peu le pied et qu’elle en fait vraiment trop ; et ce, avec un débit très rapide, une voix sèche et un regard froid. Un ton que l’on pourrait qualifier d’agressif. Et c’est bien de cette manière que Mathilde a vécu les propos de Romain : elle s’est sentie agressée, a interprété ses phrases comme un reproche et ne se sent pas très bien. Elle tâche de faire bonne figure au sein de son équipe en souriant malgré le malaise qu’elle ressent et laisse échapper un « OK » de convenance.

J’observe cette scène et me concentre sur Mathilde et Romain : le malaise conjoint qu’ils semblent ressentir, une espèce de gène pudique qui les empêche de dire quelque chose sur ce qui s’est passé.

Et justement… qu’est-ce qui s’est passé ?!

Mettez vous à la place de Mathilde : vous ne pouvez qu’IMAGINER que Romain vous reproche une certaine forme de zèle. Comme un enquêteur, vous avez des indices à disposition : un débit très rapide, une voix sèche et un regard froid. Des indices qui vous font dire : « Hum… pas très sympa… voire un peu agressif… »

Etape 1 de l’intelligence relationnelle : savoir détecter ses propres émotions et comprendre ce que l’on ressent

Voyage dans le cerveau de Mathilde : « Mais au fait… Romain a entendu ce que j’ai dit avant à propos de mes difficultés de retour au travail ?… carrément pas sympa du tout ! Et quand c’est pas sympa du tout, qu’est-ce que je ressens ?! Là maintenant tout de suite ? Je suis triste et en colère. »

Détecter ce qui nous anime suppose que l’on accepte ce que l’on est en train de vivre : « Oui… c’est vrai… ce que vient de me dire Romain m’a blessée… ça me rend triste de ne pas avoir été entendue quand je demande de l’aide à mes collègues… je me suis ouverte à eux et me suis dévoilée et voilà ce que je récolte en retour ! Une attaque en bonne et due forme… Ca me met en colère… Rrrrggghhhhhh ! »

Parfois la Reine des Neiges souffle son vent paralysant et nous ne savons même pas ce que nous ressentons… Nous sommes dans un brouillard émotionnel : à peine sommes-nous capables de savoir si ce que nous ressentons est agréable ou désagréable. Et oui, parfois, c’est déjà beaucoup de savoir si c’est HUM…. ou YEURK… ! La Reine de Neiges tétanise notre radar à émotions. Et quelquefois, elle nous lance un sort qui aiguille toutes les émotions ressenties vers une seule expression : le rire ou les larmes (La Reine des Neiges est assez binaire somme toute). Et là… Holala ! Ca devient carrément compliqué de comprendre que nous avons un aiguillage émotionnel qui a été envouté : nous avons l’impression d’être triste en pleurant à chaudes larmes alors que nous sommes profondément en colère.

Prenons l’exemple de Mathilde qui sent et sait : elle est en colère et triste de l’intervention de Romain. Pas de Reine de Neiges en vue ! Une vision claire et dégagée du ressenti de Mathilde (elle « sent ») et de la compréhension de ce ressenti (elle « sait » nommer ce qu’elle ressent _colère et tristesse_ et « sait » le relier à un évènement).

Etape 2 de l’intelligence relationnelle : maîtriser ses émotions et contrôler ses impulsions

Face à cette colère et à cette tristesse que nous ressentons, nous pouvons nous mettre dans tous nos états !!!! Encore une intervention de la Reine des Neiges qui nous pousse à réagir : céder directement à nos impulsions !!!!!! Version censurée par Disney, ça donne : je me roule par terre en pleurant et en hurlant puis je me jette sur Romain pour lui arracher les yeux. Version plus soft : je me mets à pleurer et envoie à Romain une phrase agressive en mode « revers- jeu-set-et-match ».

Comment maîtriser ce flot émotionnel qui monte ? Comment passer de la réaction à la réponse ? Je vous confie un secret qui est le plus précieux de l’intelligence émotionnelle… Le secret pour ne pas se laisser envahir par ses émotions est… de les accueillir.

 

Quoi ?! Dis donc, Boîte Crânienne, tu ne raconterais pas un peu n’importe quoi ??!!
Je peux maîtriser une émotion parce qu’elle est accueillie ?? Heu… tu m’expliques ??
Parce que, pour moi, c’est justement en la mettant de côté que j’aurais une chance de la maîtriser.

 

Ce mouvement peut paraître paradoxal : accueillir une émotion est le secret pour qu’elle ne nous envahisse pas. Et pourtant… c’est parce qu’on accepte quelque chose, qu’on peut agir sur cette chose. C’est parce que nous acceptons et accueillons nos émotions que nous pouvons en réguler l’expression et maîtriser les impulsions qu’elles engendrent.

Ce n’est pas (que) le doute qui nous permet de maîtriser nos émotions : le doute de savoir si Romain voulait vraiment nous blesser ou pas. C’est notre intelligence émotionnelle qui nous permet de maîtriser nos émotions. Maîtriser la colère et la tristesse que l’on ressent. Ne pas fondre en larmes ou déverser un flot d’insultes sur Romain.

Maîtriser ses émotions ne veut pas dire les garder pour soi non plus et les museler bien fermement. L’écueil de cette situation est de rester dans le silence et de ne rien faire de ce que l’on ressent : ne pas adresser la tristesse et la colère que l’on ressent.

Etape 3 de l’intelligence relationnelle : adresser ce que l’on ressent à l’autre pour qu’il prenne conscience des conséquences de son comportement / ses propos

Troisième intervention possible de la Reine des Neiges qui nous enferme dans une grotte de solitude, façon Yeti. Nous ressentons clairement une émotion que nous pouvons identifier. Mais… C’est là que ça coince : les mots restent coincés dans notre tête ou dans notre gorge. Nous ne pouvons pas ou nous ne voulons pas dire quelque chose de ce que nous ressentons à la personne qui est en face de nous et dont le comportement ou le propos ont provoqué notre état émotionnel. Volontairement… ou pas… hum….sciemment ou non… et ça, nous l’oublions parfois tellement nous sommes prisonniers de ce que nous ressentons. Dans notre grotte émotionnelle, nous entendons une voix siffler : « Il l’a fait exprès… il voulait te faire mal… comment pourrait-il en être autrement ?… il n’est pas stupide ! » Si nous sortions un peu la tête de notre grotte, on pourrait entendre une autre voix qui nous dirait : « Tu en es sûre, Mathilde ? Tu en es vraiment sûre ? Ça voudrait peut-être le coup de vérifier, non ?! »

Faire part de ses émotions a pour objectif de faire prendre conscience à l’autre des conséquences de ses mots ou de son comportement. Et accessoirement valider nos hypothèses (« Il voulait me faire de la peine » par exemple). Faire part de ses émotions suppose d’être conscient de ce que l’on ressent et d’être en mesure d’identifier ce ressenti. Faire part de ses émotions a UN OBJECTIF ! L’objectif = faire prendre conscience à l’autre de l’impact de son action et pouvoir échanger sur cette situation. Il n’est pas question de dire pour dire… On n’est pas chez le psy !

J’invite donc Mathilde à faire de sa colère et de sa tristesse à Romain. Sans l’accuser de quoique que soit, sans poser de jugement sur ses paroles, sans lui prêter des intentions que l’on ne peut qu’imaginer (« Il n’est vraiment pas sympa, ce Romain… il est même méchant et il profite de ma situation de faiblesse pour m’envoyer un reproche dans la figure… PAF ! Merci bien… »).

Nous travaillons sur une manière de dire : la Communication Non Violente. Un prochain post sera consacré à la Communication Non Violente, à Marshall Rosenberg et à Thomas d’Assembourg. Un peu de patience, les happy brainies !

Mathilde répète à Romain ce qu’il lui a dit (« Tu en fais trop et tu ferais bien de lever le pied »), lui fait part de ce qu’elle a observé (un débit très rapide, une voix sèche et un regard froid), lui dit ce qu’elle a ressenti à ce moment-là (« je me suis sentie agressée, dévalorisée et ça m’a rendu triste. Et en colère aussi ».

Grand silence dans l’équipe. Chut… Un ange passe… Celui de l’intelligence émotionnelle….

Etape 4 de l’intelligence relationnelle : être attentif à ce que l’on observe et comprendre les émotions de l’autre

Romain a les yeux écarquillés et secoue la tête. Il commence à respirer fortement. On peut faire l’hypothèse que c’est lui maintenant qui est en colère !

Invitons Mathilde à observer ce qui se passe pour qu’elle ne soit pas aveuglée par les mains glacées de la Reine des Neiges. Un des dangers de la banquise est que la Reine des Neiges nous rende aveugle à ce qui est train de se jouer : nous ne pouvons pas observer ce que nos propres mots ont pu générer chez l’autre, nous sommes à nouveau dans notre grotte émotionnelle en mode « J’ai dit ce que j’avais à dire. Et si il ne comprend pas, c’est son problème ! Moi, je n’y suis pour rien ! »

Mathilde a échappé aux mains glacées de la Reine des neiges et observe… elle perçoit aussi des signes extérieurs qui semblent être ceux de la colère : visage fermé, respiration rapide, mâchoires serrées et silence total.

C’est difficile pour Romain de partager ce qu’il ressent. Il est en effet très en colère. Pourquoi ??!! Parce que Mathilde a tout compris de travers !!!!!! Il s’inquiète pour elle : elle en fait trop. Il a envie de lui donner un conseil : « Lève le pied » ! Il veut faire profiter de son expérience à Mathilde : lui-même est passé par là et a frôlé le burn-out. Il est doublement en colère : 1- contre Mathilde parce qu’elle n’a rien compris 2-un peu contre lui-même aussi : s’il est honnête avec lui-même, il se rend compte que sa manière de dire les choses pouvait prêter à confusion et être mal interprétée.

QUOI ????? WTF !!!! Mais dis donc, Boîte Crânienne… je suis en train de me rendre compte qu’un malentendu peut vite dégénérer !!!! Et que Mathilde et Romain auraient pu être vraiment fâchés l’un contre l’autre. Que la situation aurait pu s’envenimer et perdurer. Tout ça pour un malentendu !!! A à cette vilaine Reine des Neiges !!! 

Etape 5 de l’intelligence relationnelle : s’ajuster à l’autre 

Mathilde déploie ses antennes émotionnelles et ses ailes d’empathie pour capter la situation et apprécier ce qui est en train d’animer Romain. Elle lui demande, avec une voix douce, s’il a compris ce qu’elle lui a dit. Romain secoue la tête pour dire OUI. Elle dit à Romain que son silence l’inquiète et qu’elle a peur de l’avoir froissé et de ne pas avoir été comprise. Elle se penche vers lui en le fixant d’un regard doux pour l’inviter à parler.

Faire part de ses émotions a aussi pour objectif de transformer une situation figée en un lien fluide et fertile entre deux personnes, de créer un échange et de construire une relation authentique et responsable. 

La Reine des Neiges est tapie dans un coin de la pièce et gèle le dialogue qui pourrait s’instaurer entre Mathilde et Romain. Un dialogue qui leur permettrait de se comprendre. Se comprendre ne veut pas dire être d’accord ! Se comprendre veut dire comprendre le point de vue de l’autre et lui donner tous les moyens de lui faire comprendre le nôtre.

Cet échange a eu lieu dans la cadre d’un travail en équipe et ma présence a permis de « détricoter » ce qui était en train de se jouer. De mettre des mots sur les intentions de Romain et sur le ressenti de Mathilde, de nouer un dialogue entre eux deux, de leur permettre d’expérimenter une autre manière de communiquer.

Etre en relation avec notre environnement revient à communiquer.  

Communiquer par les mots que nous choisissons, par notre manière de les dire, par notre posture… Travailler notre intelligence émotionnelle revient à mettre des mots sur ce que l’on ressent, mettre en mots cette émotion, choisir des mots pour adresser un message à autrui, entendre ses mots, savoir comprendre ces mots qui me sont étrangers… Mettre en mots la relation qui m’unit à l’autre. Mettre en mots comme on met en musique : choisir ses mots, choisir la manière de les dire, choisir le moment de les dire et choisir à qui les dire.

J’ai beaucoup travaillé avec des adultes sur le sujet : pour manager, pour travailler avec les membres de son équipe, pour s’adresser à un client, pour parler à sa hiérarchie…   Au delà des relations professionnelles, l’intelligence émotionnelle est un sésame pour les relations personnelles. L’intelligence relationnelle est un sésame précieux pour les relations humaines, quel qu’en soit le cadre.

Pourquoi attendre d’avoir 30 ou 40 ans pour travailler son intelligence relationnelle en suivant une formation sur le sujet ? Pourquoi attendre ??? Pourquoi ne pas développer cette intelligence chez les enfants et les ados ? Pourquoi ne pas les doter le plus tôt possible de ces outils relationnels pour qu’ils excellent dans l’art du contact humain et qu’ils soient épanouis dans des relations saines et authentiques ? Ce sujet me tient très à coeur et je vous en parlerai avant la fin de l’année. Une occasion de vous dévoiler mon projet secret 🙊

Mais pour l’heure… Pensez à Mathilde et à Romain… Ça vous rappelle une situation que vous avez pu vivre ? Ou que vous vivez de manière répétée ? La Reine des Neiges se mêle-t-elle de la situation parfois ?

Alors…. Libéréééés !!!! Délivrééééééés !!!!!!!! En activant l’intelligence relationnelle : le secret le moins connu mais le plus partagé dans le monde ! 

Bouge ton cerveau !!!

 L’activité physique nous rend plus intelligents et plus heureux…. C’est vrai ??!! Voyage au coeur du cerveau et des cours de gym avec la Lucy Liu des neurosciences : Dr Wendy Suzuki, professeure en neurosciences à l’université de New York et auteure de « Bouge ton cerveau ».

 

« Pourquoi l’activité physique nous rend-t-elle plus intelligents et plus heureux ? » Telle est la question traitée lors de l’émission « Grand bien nous fasse » du 20 septembre 2016 sur France Inter. En compagnie du psychiatre Christophe André, Wendy Suzuki répond, dans un français parfait, aux questions d’ Ali Rebeihi. Ce post reprend ses réponses, s’appuie sur son intervention au TED d’Orlando (« Exercice and the brain ») et sur l’after-work du 21 septembre dans les locaux de Paris Pionnières au cours duquel elle présentait son livre.

L’activité physique réduit la mortalité et allonge l’espérance de vie. Il existe aujourd’hui un consensus du corps médical concernant les bienfaits de l’activité physique et les impacts positifs sur la tension artérielle, le diabète, certains cancers….. Cela fait bien longtemps que médecins et chercheurs ont compris l’importance de l’exercice physique en matière de santé : déjà en 1843 en Angleterre, ils constatent que le taux de moralité est plus élevé chez les personnes sédentaires que chez les personnes qui ont un travail physique.

L’activité physique n’améliore pas seulement notre santé « corporelle », elle engendre également des modifications positives dans notre cerveau : le niveau de production des neurotransmetteurs (sérotonine, noradréanline…) augmente après une activité physique. Mais pas que ! L’activité physique « donne plus de puissance au cerveau » en améliorant la neurogénèse : elle favorise l’apparition de nouveaux neurones dans le cerveau notamment dans l’hippocampe, une structure du cerveau impliqué dans le processus mnésique à long terme. On sait également que l’hippocampe a un rôle dans la créativité et l’imagination. Comment le sait-on ? Parce que, explique Wendy Suzuki, les patients souffrant d’une altération de l’hippocampe ont des difficultés à s’imaginer une situation nouvelle. A la consigne « Décrivez une plage tropicale » (endroit où ils ne sont jamais allés), les patients sont incapables de s’imaginer l’endroit et de le décrire. De la même manière, ils rencontrent d’importantes difficultés à créer des liens entre des concepts.

J’adore l’histoire personnelle que nous raconte Wendy Suzuki : à l’aube de ses 40 ans, elle prend conscience du vide de sa vie sociale et intime alors que sa vie professionnelle est remplie et réussie. Si elle dirige brillamment un laboratoire de neurosciences à l’université de NewYork, sa vie personnelle est « une ville fantôme », « une ville abandonnée dans un film de cow-boy » pour reprendre son expression. Sa vie n’a pas de sens et l’aiguille de sa balance affiche un bon + 10 kilos…. Elle débute la pratique de la gym mais pas n’importe quelle gym : elle prend des cours d’IntenSati avec sa créatrice Patricia Moreno : des mouvements de danse, de yoga et d’arts martiaux pratiqués en énonçant à voix haute des affirmations positives telles que « Je suis forte », « Je suis puissante »…..  Wendy constate que son humeur est meilleure après chaque session d’IntenSati et commence à s’interroger sur l’influence de la pratique de cet exercice physique. L’exercice physique favorise la fabrication des neurotransmetteurs liés à la récompense, au plaisir et au bien-être émotionnel.

« Note pour plus tard » : 
@@@ Comme l’a fait remarquer une participante hier soir lors de la soirée de présentation du livre « Bouge ton cerveau », il est opportun de s’interroger sur les paramètres combinés de la pratique qu’a choisi Wendy. Trois dimensions se dégagent de la pratique d’IntenSati : une dimension physique, une dimension collective (le sport est pratiqué en groupe) et une dimension valorisante (les affirmations positives). Wendy répond à cette question par la prise en compte systémique de cette pratique : tous ces paramètres sont à prendre en compte. Et je réponds à mon besoin de rigueur scientifique par cette pensée : toute activité physique ne se résume pas à une simple mise en mouvement du corps et revêt d’autres aspects intrinsèques à la pratique. Que ce soit en groupe ou seul, chez soi ou dans une salle, en ville ou à la campagne, à la pause déjeuner ou le week-end…. toute activité physique porte en elle d’autres dimensions importantes pour nous (convivialité ou recueillement, cocooning ou socialisation, bulle d’oxygène ou parenthèse organisée, habitude environnementale ou dépaysement….). Toutes ces dimensions sont à prendre en compte comme autant de paramètres importants dans l’analyse de conséquences. Et aucune activité physique ne saurait être dépourvue de ces dimensions. @@@

Reprenons, les happy brainies !

Wendy Suzuki ressent le besoin impérieux de « connecter corps et esprit », une dimension essentielle qu’elle a oublié de par sa vie professionnelle prenante. Elle est convaincue de l’existence du « lien très fort, inextricable entre corps et esprit ». Il lui a fallu un an, un an et demi, pour constater les effets de l’exercice physique sur les mécanismes cognitifs. La professeure prend conscience qu’elle a plus de facilité à rédiger : une activité récurrente et importante dans l’exercice de sa profession et qui était source de difficulté pour elle. Wendy Suzuki se rend compte qu’il lui est plus facile de se concentrer, de faire des liens entre des concepts et de mémoriser des informations.

Elle comprend que c’est son changement d’habitude de vie (la pratique d’une activité physique) qui a permis cette évolution. « C’est le déclic qui m’a permis de voir le lien entre corps et cerveau ».

Wendy Suzuki se remémore les travaux de Marion Diamond, une pionnière dans les recherches en neurosciences dans les années 50 et 60, qui fut son professeur.  Ses travaux s’appuient sur l’observation de rats placés dans deux environnements différents : les premiers vivent dans un sorte de « Disney Wolrd  pour rats» rempli de jouets et de stimuli physiques en compagnie d’autres rats, les autres sont enfermés dans une cage dépourvue de matériel et en pauvre compagnie. Les premiers rats occupés à courir, à escalader et à sauter partout voient leur cortex épaissir significativement. Contrairement à celui de leurs compagnons infortunés. Cette expérience et les résultats qui en sont tirés mettent en avant l’influence du paramètre « activité physique » et c’est sans compter, selon moi, sur le caractère stimulant de l’environnement (au sens large et pas seulement physiquement : les différents éléments présents dans la cage offrent une stimulation visuelle, sensitive, auditive…) et la dimension inter-relationnellle des échanges avec les autres rats présents. Il n’en reste pas moins qu’un des paramètres présents et différentiels est celui de l’activité physique et c’est ce qui intéressa Wendy au regard de l’expérience personnelle qu’elle vivait.

Et Christophe André de préciser à l’antenne de France Inter : « Dans la vie, il y a des choses qu’on sait. On a un savoir. Puis tout à coup, on les comprend parce qu’on fait une expérience personnelle. Avec les émotions. Le corps… tout… et tout bascule Et on se met à appliquer des théories qu’on connaissait mais que l’on regardait de loin. » Wendy Suzuki a fait cette expérience et nous parle de changement de paradigmes : après un changement de vie personnelle vient un bouleversement méthodologique dans son univers d’enseignant. Elle souhaite faire pratiquer du sport à ses étudiants avant chaque cours académique. Elle propose alors un cours qui s’intitule : « Can exercice change your brain ? » (L’exercice physique peut-il transformer votre cerveau ?).

Wendy souhaite proposer un cours de gym à ses étudiants avant de dispenser un cours académique et demande à l’université de lui détacher un professeur de sport. Fin de non recevoir pour Wendy qui décide alors de devenir instructrice et suit une formation de 6 mois. Pendant un semestre, les étudiants de ses cours pratiquent l’IntenSati avant de suivre un cours classique sur les neurosciences. Wendy analyse leurs progrès en performances mnésiques et attentionnelles grâce à des tests réalisés « avant » et « après » ce semestre hors du commun. Elle compare les résultats à ceux d’un groupe de contrôle qui a suivi seulement les cours d’enseignement classique. Les tests de mémoire révèlent des scores meilleurs et des temps de réponse plus rapides pour le groupe test. 

Wendy met à jour une amélioration significative de l’encodage des informations à stocker dans la mémoire à long terme. Si de nombreuses études ont été faites sur les personnes âgées, cette observation est l’une des premières réalisée sur des sujets jeunes. Un autre changement de paradigme s’opère : le sujet d’études du laboratoire de recherche de Wendy Suzuki sera désormais l’influence de la pratique de l’exercice physique sur le cerveau.

Les personnes âgées qui ont pratiqué une activité physique régulière tout au long de leur vie ont une perte du tissu cérébral moins importante que les personnes sédentaires et ont de meilleures performances cognitives. » (Etude de l’Inserm publiée en mars 2008). L’exercice en aérobie améliore les performances cognitives des personnes âgées.

Aéro-what ??!!
Une activité en aérobie est une activité d’intensité modérée sur une période longue : marche, jogging à allure modérée, natation, cyclisme…, une activité au cours de laquelle nous pouvons parler (mais pas chanter !) ). Si une activité en aérobie est une activité d’endurance,  une activité en anaérobie est un effort en résistance de courte durée (un sprint par exemple).

Et Christophe André de préciser que le sport fait partie « des comportements de santé », c’est-à-dire des comportements qui favorisent la santé au même titre que l’exercice physique, la méditation, l’alimentation et les liens sociaux agréables. Il est important, selon moi, de garder en mémoire que ces habitudes de vie dépendent de nous ! Certes, notre santé est impactée par notre environnement (pollution, épidémie…) et par notre patrimoine génétique. Mais il convient d’utiliser la marge de manoeuvre qui est la nôtre pour la préserver et l’améliorer. En l’espèce, notre marge de manoeuvre est : nos habitudes de vie 🙂

Se bouger ??? Ca veut dire quoi concrètement ? 
Respirez par le nez ! Il n’est pas question de courir 40 km par semaine !

Voici les 3 niveaux du « Bouge ton corps » :
– suivre un entrainement sportif ou la recherche de performance dans le but d’atteindre un objectif (marathon, compétition…..)
– pratiquer un exercice physique : trottiner avec des amis lors d’un jogging en forêt, faire du vélo en papotant….
– se servir de son corps : marcher, jardiner, monter les escaliers…

Petit padawan, de ton corps se servir, pour les bienfaits va suffire ! 

Descendre une station de métro ou de bus avant la sienne pour marcher un peu (et peut-être chasser des Pokemon…. :-)), prendre les escaliers plutôt que l’ascenseur, jardiner, jouer au foot avec votre petit neveu ou danser avec votre grande tante…. TOUT EST BON ! 

Nous avons de la chance !!! Une étude récente sur les effets de la marche vient appuyer les conseils de Maître Yoda. Il semblerait que l’augmentation de l’humeur soit plus importante dans le cadre d’une pratique de la marche régulière que dans celui de la course à pieds. Héhé ! Plus aucune excuse pour bouger son corps !!!! Si ce geste des plus simples, le premier des actions coordonnées, cette action que l’on guette chez les petits enfants comme marqueur de leur développement, est une pratique physique idéale : LET’S WALK !!!!!

Bien-sûr, l’idéal de l’idéal est une pratique de la marche durant une ou deux heures dans un environnement naturel… Oui… Bien -sûr… Mais vous n’allez pas vous en sortir comme ça, les brainies !!!! Je vous rappelle qu’il est important de nous remettre aux commandes et de nous emparer de nos marges de manoeuvre ! Alors… Y a-t-il un pilote dans l’avion ??!!   … Marcher dans une ville, même polluée, même bruyante… est BON pour notre santé. « Il est toujours toujours bon de marcher », nous rappelle Christophe André lors de cette émission de radio.

Que se passe-t-il dans notre cerveau ?
L’exercice physique en aérobie entraine des modifications anatomiques, physiologiques, neurochimiques et comportementaux. Rappelons que la pratique de cet exercice physique est : un facteur de croissance des neurotransmetteurs, d’épaisseur du cortex (notamment pré-frontal) et de genèse des neurones.

Pendant l’exercice physique, le corps produit une protéine dite neurotrophique : le BDNF (brain-derived neurotrophic factor) qui favorise la mémorisation et renforce l’acuité mentale. Cette protéine est active dans le prosencéphale basal, le cortex et l’hippocampe : aires essentielles pour l’apprentissage et la mémoire (entre autres fonctions cognitives).

Mais… j’y pense… Il me semble bien que le sport augmente le niveau de cortisol (l’hormone du stress)…. Et c’est bon pour notre corps et notre cerveau ??!! Avec une pratique régulière d’un sport en aérobie, nous allons augmenter votre seuil de tolérance au cortisol et devenir Stress Proof (ou de véritables Stress Fighters comme dirait mon amie SanBo de EfferveScience !) Une hypothèse concernant l’augmentation de notre seuil de tolérance au stress  s’appuie sur la croissance des récepteurs au cortisol qui vont « l’emprisonner » en le fixant, conduisant à une diminution de la réponse physiologique au stress. Cortisol ou pas cortisol… le sport est un excellent anti-stress :  on en parle en détails dans un prochain post 🙂

Le sport permet de retarder la perte de mémoire liée à l’âge. En vieillissant, l’hippocampe se rétrécit, ce qui provoque des pertes de mémoire. Comme cette zone génère aussi la production de neurones tout au long de notre vie, l’exercice physique va favoriser cette production.

Déjà en 2010, une étude américaine montre que l’exercice physique permet d’augmenter la taille de l’hippocampe, même quand il a déjà été diminué par l’âge. Pour ce faire, les chercheurs ont divisé un groupe de personnes âgées en deux. La moitié a eu à faire 40 minutes de marche sur une piste, trois fois par semaine; l’autre moitié s’est contentée d’exercices de stretching. Résultat au bout d’un an : les personnes qui marchaient ont vu le volume de leur hippocampe augmenter de 2% environ. Les autres ont vu ce volume diminuer, mais la diminution était moins marquée chez les personnes qui étaient plus actives et plus en forme avant le début de l’expérience.

Alors… comme dirait Wendy Suzuki : « Who wants to go to the gym? » Ce n’est pas elle qui le dit : c’est son cerveau !!!

Le BAC-blues ou la déprime post-examens

Vous venez  de terminer votre dernier oral, de boucler l’écriture de votre mémoire ou de finir le marathon des examens sur table… vous n’attendiez que ce moment ! Vous en rêviez même ! Vous rêviez de faire une grasse matinée, prendre du temps, ne rien faire… et vous avez le moral dans les chaussettes et déprimez sec… Mais POURQUOI ???? COMMENT EST-CE POSSIBLE ?! C’est le « BAC-BLUES » !

La période intense de travail (révisions, examens….) a été un facteur de stress pour vous. Et ce facteur de stress vous a mis dans un état physique et psychologique particulier dont il est parfois difficile de se départir. « On a du mal à redescendre » pour ainsi dire : on est toujours dans un certain état de fébrilité et d’activité neuronale soutenue alors que la situation ne requiert plus ce genre d’adaptation. Vous êtes comme « décalé » : votre cerveau est resté en mode « plein régime » alors que l’excitation des révisions et des examens est passée.

Vous traversez une « dépression » au sens géologique du terme : imaginez-vous marcher sur un sol qui, d’un seul coup, s’abaisse de plusieurs mètres. Aïe !!!!!

Vous avez été soumis à une pression particulière pendant la période de révisions. Un facteur de stress qui vous a mis en mouvement pour disposer de toutes vos capacités mentales au service de votre objectif. Car il est fort à parier que cette situation vous a permis de travailler de manière concentrée et acharnée ! Peut-être parce que vous êtes de ces personnes qui aiment la pression des examens : cette adrénaline qui se libère dans cette dernière ligne droite et qui vous pousse à être plus performant, plus pertinent, plus rapide.

Je suis de ces personnes-là pour qui les 3 ou 4 semaines précédant des examens sont un formidable aiguillon de productivité et de créativité neuronales. On a l’habitude de parler de « bon stress ». Même si cette expression populaire est incorrecte, elle illustre parfaitement l’effet engendré par un facteur de stress : la situation nous permet de réagir et de nous mettre en mode opérationnel.

Le facteur de stress des révisions est ainsi « bon » pour nous : il nous permet d’être dans un état d’excitation fébrile qui nous rend productifs. Vous avez même parfois vécu les examens comme un challenge à relever et cette idée de défi a mis vos neurones en ébullition !

C’est bien de cet élan productif dont il s’agit quand on parle (à tort, je le répète !) de « bon » stress. Pour être correct, il faudrait parler de « bon » niveau ou de « bonne « fréquence de stress : un niveau ou une fréquence qui nous convient. Et qui peut ne pas convenir à une autre personne (un ami, un collègue, un camarade de classe….). Dans une même situation, chacun peut réagir de manière différente.

Pour vous, les révisions sont un challenge qui vous donne des ailes : vous vous mettez tout de suite au travail. Votre concentration est au maximum, votre agilité mentale est aiguisée et votre créativité s’envole. Plus simplement, cette situation vous rend plus PERFORMANT. Alors que… pour une autre personne, l’effet est tout différent et ne la rend en aucun cas plus performante. Au contraire ! 3 réactions à ce facteur contre-productif :

  • soit la personne devient agressive et s’enferme dans une colère improductive,
  • soit elle se mure dans une coquille de silence (mutisme, sommeil…) et peut nier l’échéance de l’examen en ne révisant pas ou peu,
  • soit elle est comme paralysée, a l’impression de « ne plus avoir de cerveau » et rencontre de grandes difficultés pour se concentrer et travailler.

Ces 3 effets ont en commun de ne pas augmenter nos performances et de nous enfermer dans un carcan d’inefficacité.

Parions que vos révisions de ces dernières semaines vous ont permis de vous mettre en mouvement et que vous avez été PERFORMANT. Vous avez même parfois vécu les examens comme un challenge à relever et cette idée de défi a mis vos neurones en ébullition !

Que cette période de révision ait été productive en tout ou partie, elle a été vécue comme un facteur de stress. Et tout facteur de stress est producteur d’hormones spécifiques qui nous mettent dans un état physiologique et psychologique particulier.

Cette production d’hormones «  du stress » nous met dans un fort état d’excitation intellectuelle et d’acuité sensorielle. Et il nous est parfois difficile de « redescendre ». Il nous faut parfois quelques jours pour nous acclimater à une situation qui ne requiert plus que nos sens soient en alerte et nos fonctions cognitives aiguisées.

Nous attendons, nous espérons, nous rêvons du JOUR J ! Nous attendons le soir des examens, la fin des oraux, le début des vacances. Et là… sans prévenir… au lendemain du dernier examen, alors que nous attendions une espèce d’euphorie et de plaisir intense… nous nous levons déprimés et vidés….

Mais pourquoi ??!!

Parce qu’il faut à notre cerveau un temps pour s’adaptater à cette nouvelle situation. Une situation où n’existe(nt) plus le stimulus ou les stimuli stressant(s) des examens ou d’un bouclage de projet. Un peu comme un soufflé qui retombe en sortant du four : nous sommes alors dans cet environnement moins excitant et moins stimulant.

Donnez-vous du temps pour vous acclimater à cette situation nouvelle. Mieux : organisez un sas anti bac-blues ! Vous avez remarqué que beaucoup d’étudiants ou de collègues partent directement en vacances le lendemain d’examen ou d’un fin de projet. Héhé….. Voici un stratagème anti coup de blues  qui consiste à surfer sur la vague de l’activité et du « faire ». Nous pouvons alors atterrir en douceur sur la période d’inactivité, d’oisiveté ou de vacances. Un peu comme un remontée par paliers en plongée sous-marine, nous créons les conditions d’une descente progressive d’une période stimulante à une période calme.

Alors… 2 stratégies anti BAC-blues :

stratégie préventive : vous vous organisez des lendemains de révisions en demi-teinte, entre stimulus et accalmie. Vous prévoyez des activités qui continuent à vous rendre productif tout en alternant des moments de décompression, de détente et de relaxation. Parce que… vous êtes en vacances tout de même !!!! Et qu’il est important, que dis-je ESSENTIEL de prendre soin de soi en s’accordant des pauses, des moments de calme et de repos. Ne vous méprenez pas sur cette stratégie : il ne s’agit en aucun cas de devenir hyper-actif !!! Il est question d’un atterrissage en douceur et de prévenir l’effet dépressionnaire (voire dépressif) du BAC-blues.

stratégie curative : vous y êtes. C’est le lendemain du dernier jour des examens et vous vous sentez… hum… tout déprimé… Peut-être que cet article vous a aidé à être conscient de ce qui se passe pour vous. Peut-être que vous savez maintenant que cet état est transitoire. Peut-être qu’il est possible pour vous d’accepter ce que vous ressentez… Pour reprendre les mots d’Andy Puddicombe : « when you let it go…. it’s gone ». Soyez patients et reprenez en douceur contact avec cette douce réalité des vacances.

Alors… vous êtes sujet au BAC-blues ? … c’est parfaitement normal ! Laissez à votre cerveau le temps de s’habituer à ce nouvel environnement : un environnement de douceur, de calme et de repos. Et oui… c’est les vacances !!!!!