Interview du Docteur Nadia Medjad – PARTIE 1

Boîte Crânienne a eu le plaisir d’interviewer le Docteur Nadia Medjad.

Médecin de formation, elle est experte en management du stress et de l’attention à l’ère digitale, co-auteure de « NeuroLearning – Les neurosciences au service de la formation » (Editions Eyrolles).

Nadia Medjad est LA spécialiste en France de la neuro-pédagogie appliquée aux adultes.

 

 

Dans cette PARTIE 1, notre invitée répond à 2 questions : 
– Qui est-elle  ? Nadia nous parle de son parcours professionnel et de ce qui l’a amenée à s’intéresser aux mécanismes du stress, à sa prévention et à sa gestion.
– Pourquoi s’est-elle tournée vers les neurosciences ?

 

ENVIE D’EN SAVOIR PLUS SUR NADIA MEDJAD ? Les PARTIES 2, 3 et 4 sont disponibles ! À VENIR…. LA FIN DE L’INTERVIEW :

PARTIE 2 : À VISIONNER ICI
– Comment est née l’idée du livre « NeuroLearning » ?
– Quelles sont les 3 idées à retenir ?

PARTIE 3 :  À VISIONNER ICI
Une révélation ? Une info choc dans ce livre ??

PARTIE 4 : À VISIONNER ICI
Quelle est la journée type de Nadia Medjad ?

PARTIE 5 : Quels sont les projets et son actualité ?

 

 

La petite fille qui était plus intelligente que l’école

J’ai rencontré une maman. La maman d’une petite fille extraordinaire. Une petite fille qui avait très vite compris à quoi servait l’école. Et qui avait aussi compris que l’école ne lui disait pas toute la vérité et n’était pas toujours logique. La petite fille était plus intelligente que l’école et ses problèmes ne faisaient que commencer.

L’histoire de cette petite fille commence à l’école maternelle. Elle est un peu différente des autres. Elle ne veut pas dessiner ni écrire. Mais elle sait déjà lire !Affolement général : la maîtresse, le directeur de l’école puis les parents par contagion. A l’école, on s’inquiète à juste titre de tout dysfonctionnement. C’est rassurant. A l’école, on n’aime pas les enfants différents. C’est inquiétant.

Psy, spécialiste, pédo-spécialiste, psycho-spécialiste… tout va bien dans le cerveau de cette petite fille. Et tout va bien pour les fonctions motrices de cette petite fille. Elle n’a juste pas envie d’écrire. Personne ne lui demande pourquoi.

La petite fille entre à l’école primaire. Bon… c’est pas l’tout, comme on dit à Lyon, mais va falloir faire un effort, petite ! A l’école primaire, on apprend à lire et on valide qu’on sait lire en écrivant. On donne du sens à des traits, des courbes et des points : ce sont des lettres qui, assemblées, forment des mots. Des mots qui, assemblés, forment des phrases, des récits, des livres entiers.

Cette petite fille est intelligente. Intelligente au sens de Piaget (qui est ma définition préférée !) : elle sait s’adapter. Et elle s’adapte à son environnement avec facilité et finesse. Elle se saisit de son stylo-bille et commence à tracer des lettres. Puis des mots au son de la dictée. Puis des phrases dans une très courte rédaction qui lui est demandée à propos des vacances de Noël.

Son tracé n’est pas très assuré. Ses mots ne sont toujours très lisibles. Mais « ça fait le job », comme on dit chez les commerciaux. La maîtresse est contente. Les parents sont contents. La petite fille est contente. Enfin… presque !

Parce qu’elle observe ce qui l’entoure. Et remarque avec justesse et pertinence que plus personne autour d’elle n’écrit avec un stylo. Tout le monde tape sur un clavier. Et elle, elle adore le bruit et le contact des touches. Si l’écriture lui est difficile (certes, elle n’a pas de problèmes moteurs, mais elle n’a pas la dextérité attendue pour une enfant de son âge) et déplaisante (elle n’aime pas écrire avec un stylo), elle a plaisir à écrire sur un clavier. un clavier d’ordinateur, de tablette, de téléphone.

Elle SAIT qu’elle a le moyen de répondre aux exigences de son CP : elle peut tout écrire sur une tablette ou un ordinateur. Elle elle ne comprend pas pourquoi elle ne peut pas le faire.

Moi, j’ai deux mots fétiches dans la vie. Deux mots que je pourrais me faire tatouer tellement ils sont puissants dans ma vie et m’ont toujours guidée. Un de ces mots est :  OBJECTIF.

Parce que c’est bien ça dont il s’agit : QUEL EST L’OBJECTIF ???
QUEL EST L’OBJECTIF D’ÉCRIRE UNE DICTÉE ? Selon moi, il s’agit de valider la connaissance de l’orthographe et la maîtrise de la grammaire.
QUEL EST L’OBJECTIF D’ÉCRIRE UNE RÉDACTION ? Selon moi, il s’agit de valider la capacité à construire une histoire, l’habilité de la syntaxe, la connaissance de l’orthographe et la maîtrise de la grammaire.
NON ??!! Dans ces deux situations, il ne me semble pas que l’OBJECTIF PRINCIPAL soit de valider que l’on sait tenir un crayon pour former des lettres. Je me trompe… ou bien  ?!

 

Ne vous méprenez pas… je ne dis pas qu’il est inutile d’apprendre à écrire avec nos petits doigts. Ce n’est pas ce que je défends. Ce que je défends, c’est le point de vue de cette petite fille qui est plus pertinente que moi. Elle écrit sans faute, elle est même plutôt douée en rédaction et elle aime la lecture. Elle a compris l’objectif de l’école : apprendre à lire et à écrire. Elle ne comprend pas les modalités de validation de cet apprentissage. Elle a une logique implacable ! « Je sais lire. Je sais écrire. » Elle a atteint l’objectif.

Pour cette année de CP, elle a l’intelligence de s’adapter à son environnement et se force à écrire « avec les doigts ».

Un peu plus loin dans son parcours d’école primaire, l’intelligence de cette petite fille se révèle encore plus puissante. Et les problèmes qu’elle cause à son maître et à ses parents sont aussi plus importants. Elle refuse de réciter ses leçons en classe.

Nouvelle convocation des parents. Nouvelles investigations entreprises pour comprendre son comportement. Psy, spécialiste, pédo-spécialiste, psycho-spécialiste… tout va bien dans le cerveau de cette petite fille. Elle a une explication implacable et rationnelle. Personne ne la lui demande.

Et moi, je souris de bonheur en écoutant l’explication de cette petite fille que me rapporte sa maman : « Mais je sais la leçon, Maman. J’ai pas besoin de le montrer ».

L’intelligence de tout comprendre prend parfois le pas sur celle de s’adapter en se fondant dans le décor. Ce n’est plus possible de faire semblant pour cette petite fille. ELLE A COMPRIS. Elle a compris quel était l’objectif de l’école. L’absurde de la situation prend le pas sur la capacité d’adaptation : la pensée logique et rationnelle de cette petite fille l’empêche de jouer un jeu qui n’a pas de sens pour elle. Et pour toute intelligence rationnelle et logique (si nous, adultes, étions parfaitement honnêtes, logiques et rationnels).

QUEL EST L’OBJECTIF DE L’ÉCOLE ? Selon moi, il s’agit d’apprendre des choses. Non ?!

 

Quand on prend le temps d’interroger cette petite fille, on se rend compte qu’elle sait tout. A quoi sert l’école, ses leçons de maths, sa poésie, le cours d’histoire… Elle a travaillé et a tout appris. Elle sait aussi que son travail d’élève est de SAVOIR. Pas de régurgiter ce qu’elle a appris.

Alors là… vous allez me dire… Boîte Crânienne, tu pousses le bouchon un peu loin ! Et vous aurez certainement raison. Comment voulez-vous valider les connaissances d’un élève sans l’interroger ? Pas faux… Et vous pourriez même ajouter qu’un des rôles de l’école est la socialisation et l’apprentissage des règles sociales. Pas faux non plus…

Pas faux… mais pas tout à fait !
– Soyons purement logiques. Froidement logiques. Quel est l’objectif ? Apprendre des choses. Si je les ai apprises, j’ai rempli ma mission d’élève. Basta !
– Je pense que la fonction première de l’école est de transmettre des connaissances et si je suis consciente de sa dimension socialisante, je pense qu’elle se trouve dans d’autres sphères telles que les activités extra-scolaires par exemple. Selon moi, l’objectif principal de l’école est de donner de la connaissance à ses élèves.

Je garde en mémoire la réaction de cette maman quand je lui dis « Elle a tout compris, votre fille, en fait : elle a compris que l’objectif de l’école est d’apprendre. C’est ce qu’elle fait. Pas de recracher les connaissances. Elle est puissamment logique. » Elle me regarde avec un demi-sourire espiègle : « Je sais bien… Mais ce n’est pas ce qu’on lui demande à l’école ! ». Je crois déceler une pointe de fierté et d’amusement cocasse.

Alors… moi qui n’ai pas d’enfants, j’aurais adoré avoir un enfant comme cette petite fille. Parce qu’elle est intelligente, pertinente et puissamment brillante. Elle a tout compris. Tout saisi d’un clignement de cil. Bien-sûr, c’est difficile d’être la maman de cette petite fille : elle ne rentre pas dans le moule, elle se met en marge à l’école et elle rencontre des difficultés d’intégration dans notre système scolaire. Bien-sûr que ça doit être compliqué…

Mais je serais pétrie d’admiration pour cette enfant plus intelligente que l’école. Cette enfant plus intelligente que moi. Cette enfant qui me forcerait à réfléchir au sens des choses et à interroger ce qui me semble défini et immuable. Une enfant… philosophe ?!

Le flipper de l’apprentissage

Quand nous apprenons quelque chose de nouveau, et spécialement quelque chose compliqué et difficile, notre cerveau doit pouvoir faire des allers-retours entre le mode diffus et le mode focus. Et utiliser deux sortes de flipper de l’apprentissage, comme nous l’explique le Docteur Barbara Oakley.

 

Le Docteur Barbara Oakley est une professeure américaine en ingénierie, passionnée de sciences, de mathématiques et de méthodes d’apprentissage. C’est à elle que l’on doit le cours « Learning how to learn : Powerful mental tools to help you master tough subjects ». C’est également à elle que l’on doit l’image du flipper cognitif.

 

♠ Barbara Oalkley ? Ca me dit quelque chose, Boîte Crânienne…
 ♠ Bonne mémoire, Happy Brainy ! Je vous ai déjà parlé d’elle dans « Mettez un post-it sur votre cerveau » :
je faisais référence à sa conception, somme toute très gestaltiste, de se concentrer sur le contenu d’une tâche
à réaliser plutot que sur le but de cette tâche.

♠ Mais oui ! Tu nous parlais des mini-missions à réaliser en 25 minutes (les Pomodoro !) et tu écrivais :
« Je ne pense pas à la mini-mission que je dois réaliser. Je ne pense pas à l’objectif à atteindre. Je ne pense pas
au but que je dois atteindre en 25 minutes. Je ne pense pas à la destination de mon Pomodoro. »

♠ Meurs-moi !!!! (une expression qui n’a de sens que pour une poignée de « vieux juifs blondes » et
pour »un ami mort »…)  C’est moi qui ai écrit ça ??!! Aïe… Un vol de négations ! Baisse la tête !
Hihihi ! L’idée est juste : se concentrer sur le chemin plutôt que sur le but, porter son attention sur ce que
l’on est en train de faire plutôt que sur le résultat. En gros, c’est me plonger dans l’écriture de ce post
en me concentrant sur chaque mot plutôt que me focaliser sur le moment où je vais pouvoir programmer
sa publication et rayer la ligne « post de la semaine » sur ma To-Do-List.

 

Nous sommes familiers avec le mode focus : « Le mode focus est utilisé quand on cherche à résoudre un problème, à rédiger un rapport ou à exécuter un mouvement particulièrement complexe. Un effort conscient est fourni pour obtenir et maintenir ce niveau de concentration ». (« Neuro Learning, Les neurosciences au service de la formation », Dr Nadia Medjad, Philippe Gil et Philippe Lacroix, Ed. Eyrolles).

Boîte Crânienne vous en parle et re-parle : il est important de savoir focaliser son attention, savoir comment se concentrer et le rester ! On parle alors de « mode focus » : notre attention est focalisée sur une nouvelle notion à apprendre, sur un concept à comprendre ou sur un problème à résoudre.  La pensée focus emprunte des chemins connus : notre réflexion s’appuie sur des chemins neuronaux familiers et sur nos acquis.

 

Regardez le flipper gauche :
le flipper du « focused mode » (ou mode focus) comporte des bumpers très proches les uns des autres sur lesquels la bille de notre pensée va rebondir. Dans le flipper-focus, la bille va suivre un tracé déjà connu : une trace mnésique déjà existante d’un apprentissage ancien. C’est d’ailleurs un des leviers de l’apprentissage : rattacher une nouveauté (un concept, une idée, un mouvement) à un élément déjà connu et donc présent dans la mémoire. C’est ainsi qu’apprendre à résoudre une équation à deux inconnues s’appuie sur la maîtrise de la résolution d’une équation à une inconnue.

 

♠ Je suis nul en maths, Boîte Crânienne… Tu m’expliques autrement ?
♠ Apprendre ou comprendre quelque chose de nouveau est possible et facilité par l’existence
d’une autre chose qui lui ressemble et qui est déjà stockée dans notre mémoire. Généralement quelque chose
de plus simple et de plus facile : je peux me lancer dans les revers au tennis parce que je connais les coups francs,
je peux lire « Moby Dick » parce que j’ai lu et compris « Le Petit Prince »…

♠ Je comprends… C’est le principe de toute pédagogie bien faite : du plus simple au plus complexe !
♠ Exactement, Happy Brainy ! Et ce principe est un des outils les plus performants pour apprendre et
mémoriser : « rattacher cette chose nouvelle et inconnue à quelque chose connu et familier »

 

C’est donc un levier de l’apprentissage que celui de « passer par un chemin déjà connu » : la bille part dans notre flipper-focus…. et BAM ! Nous comprenons un concept, nous saisissons une idée, nous résolvons des problèmes.

« Mais que se passe-t-il quand la résolution de notre problème nécessite de nouvelles idées, de nouvelles approches, des concepts auxquels on n’a jamais pensé  ? », interroge Barbara Oakley.

 

Regardez à nouveau l’image du cours du Docteur Barbara Oakley : imaginons que la solution à ce problème soit symbolisé par le chemin tracé en vert.
On ne le connait pas. Il est encore inexistant.
Pour le faire naître, on a besoin d’une nouvelle idée, d’une nouvelle approche, d’un concept auquel on n’a encore jamais pensé…. Comment faire ??

 

Vous avez envie de crier à votre cerveau : c’est en bas à gauche !!!! Le chemin vert !!!! Barbara Oakley nous rappelle, qu’à ce stade de réflexion, nous NE SAVONS PAS où est ce chemin neuronal, ni à quoi il ressemble. Regardez bien le flipper-focus… trop de bumpers qui bloquent le passage et qui guident notre « bille de pensée » vers des chemins déjà empruntés.

Nous avons besoin de lancer notre « bille de pensée » un autre flipper : le flipper du « diffuse mode ». Notre pensée parcourt un chemin totalement nouveau et est très peu stoppée par les bumpers du flipper-diffus. Quand notre cerveau passe en mode diffus, il établit de nouvelles connexions et découvre ainsi des ressources qu’il ignorait jusqu’à lors. Penser en mode diffus revient à penser « à l’aveugle » pour découvrir une autre vision des choses : différente, plus élargie, plus globale ! Et pour trouver le nouveau chemin neuronal qui nous menera à la solution.

Nous ne connaissons pas (encore !) le chemin neuronal approprié pour résoudre ce problème ou comprendre cette idée. Alors… il est bon de laisser notre pensée se « perdre » dans les méandres de notre cerveau et emprunter des chemins de traverse ! C’est à ce moment-là que nous cessons de réfléchir. Et que nous avons des idées de génie !

Dali et Edison étaient adeptes de la pensée en mode diffus qu’ils activaient dans une sieste Eurêka : ils exportaient leurs « visions » et ses « fulgurances » du mode diffus pour les exploiter en mode focus. Les productions du mode diffus sont ainsi transférées dans le mode focus pour devenir un terreau sur lequel se concentrer et construire consciemment des idées et des solutions.

Les modes diffus et focus fonctionnent de manière alternative et sont tous deux indispensables à l’apprentissage. « Ils se complètent et se renforcent mutuellement. (…) Utiliser les deux modes de manière stratégique permet une mobilisation optimale des ressources. » On ne peut utiliser les deux modes en même temps : le Docteur Barbara Oakley donne l’image des 2 faces d’une même pièce de monnaie. Soit notre pensée se concentre en mode focus, soit elle vagabonde dans le mode diffus.

Le docteur Nadia Medjad nous rappelle que le mode focus est valorisé et enseigné dans notre système éducatif. Qu’en est-il du mode diffus ? « … si nous savons tous mobiliser le mode focus, nous n’avons pas appris à utiliser le mode diffus ». Pourtant, il est tout aussi important que le mode focus.

Lancez votre « bille de pensée » dans un flipper-diffus et étonnez-vous !  Comment faire ? Notamment avec la sieste Eureka ou… le lavage de dents !
Vous avez votre méthode-à-vous ? Partagez-la !

 

 

Photo extraite du cours du Dr Barbara Oakley « Learning How to Learn: Powerful mental tools to help you master tough subjects », University of California, San Diego

Dali, Edison et moi : La Sieste Eureka

Quel lien existe-il entre un peintre surréaliste, un inventeur de génie et moi ?  La sieste ! Mais pas n’importe quelle sieste : « La Sieste Eureka ». Pour comprendre de nouveaux concepts, pour inventer de nouvelles idées et pour résoudre des problèmes.

 

Comment Salvador Dali inventait ses peintures incroyablement créatives ? Il est un des premiers à avoir « conceptualisé » le mode de pensée qui s’active quand nous fermons les yeux pour « un mini dodo ». Dali était intrigué par les images qui nous apparaissent lorsque nous nous endormons ou lorsque nous sommes sur le point de nous réveiller.

 

Mais de quoi tu parles, Boîte Crânienne ? Des images qui apparaissent
quand on s’endort ou quand on se réveille ? Tu sais que la privation de sommeil a des effets néfastes
sur l’équilibre psychique… Tu es surmenée en ce moment ou bien ?!

Je comprends que cette anecdote peut paraître étrange. Moi, quand je m’endors, je vois
des images super bizarres : des frigos qui 
marchent, des têtes de monstres, des équations mathématiques
qui résument ma journée… Oui, je sais… « Rain Man, sors de ce corps ! »
pour le coup des équations mathématiques. 

Oh malheur… Tu me fais un peu peur…

Fais l’expérience ! Au moment de sombrer dans les bras de Morphée, observe l’écran mental
qui occupe ta salle de 
cinema intérieure. Ferme les yeux maintenant en essayant de regarder « le noir
qui est devant tes yeux ». Avant de s’endormir, c’est à cet endroit que des images apparaissent pour
la plupart des gens. Il est important de ne pas forcer le processus : des images sont présentes ou pas.
Si c’est le cas, il convient de « seulement regarder », « simplement observer » sans tenter de modifier ou de
créer quoique ce soit.

♥ C’est un peu le principe de la méditation, ça ? Observer ce qui est présent sans chercher à l’influencer
ou à le changer ?

♥ Wahooo ! Je suis super fière de toi ! C’est exactement ça ! Parenthèse : tu sais comment ça s’appelle,
ce que tu viens de faire ? Des liens entre une connaissance stockée dans ta mémoire et une nouvelle donnée.
Et ça me donne une idée : je ferai un article sur ce procédé cognitif qui nous permet d’apprendre !

 

Dali était fasciné par ce processus créatif qui ne demandait aucun effort et qui avait une dimension surréaliste puissante (surréaliste, je confirme : les frigos qui marchent, les têtes de monstres…)  : des images intenses, colorées et étranges. Il s’est alors lancé dans une série d’expériences pour re-créer les conditions propices à cette fertilité créative et capturer ainsi ces images fantastiques.

On raconte que sa technique favorite était la suivante : il posait une petite assiette sur le sol, s’asseyait sur une chaise à proximité, tenait une cuillère dans la main qu’il plaçait à la verticale de l’assiette. Il détendait alors les muscles de son corps et se détendait comme s’il voulait dormir. Il fermait les yeux et s’enfonçait dans le pays des rêves peu à peu… jusqu’au moment où il lâchait la cuillère qui tombait alors bruyamment dans l’assiette !

 

Cette stratégie permettait à Dali de ne pas sombrer dans le sommeil tout en profitant des ces prémices. Il pouvait alors donner vie aux images qu’il avait pu capturer en les représentant sur des toiles. Cette technique a pour vocation de penser en mode diffus.

 

Dis, Boîte Crânienne, ça me dit quelque chose… « penser en mode diffus »…

♥ Il y en a au moins un qui suit… tous les posts ! Tu as raison : j’en ai déjà parlé
dans Se laver les dents permet d’avoir des idées de génie.

 ♥ Ha ! Je savais bien ! Et si je me souviens bien, tu disais que le mode diffus est idéal quand
un problème nous résiste ou quand on a du mal à comprendre quelque chose.

♥ Je suis épatée… C’est tout à fait ça : quand nous « sentons » que la nouveauté (un concept, un problème…)
nous résiste et que nous aurions besoin d’ajouter des barrettes à notre CPU, d’ajouter des cordes à
notre arc mental, d’ajouter de l’eau neuve à notre moulin ! C’est un peu comme si nous nous sentions
prisonniers de ce que nous savions déjà et que nous nous sentions enfermés dans notre manière familière
de réfléchir. Nous avons besoin de nous « décaler », de prendre de la hauteur ou de respirer par le nez
pour appréhender ce qui nous est inconnu.

 

Si vous avez lu Se laver les dents permet d’avoir des idées de génie, vous savez déjà que le mode diffus ne fonctionne pas seulement pour les artistes ! Et oui… si vous découvrez Boîte Crânienne et que vous êtes en train de lire ces lignes, vous vous interrogez peut-être sur la pertinence de cette stratégie pour trouver le fil rouge d’une soutenance de thèse, pour comprendre un mouvement complexe, pour résoudre une équation de mathématique ou pour trouver la solution à un problème relationnel avec votre client préféré. Non ?

 

Je laisse l’histoire de Thomas Edison répondre à cette interrogation : le mode diffus est-il approprié pour des raisonnements plus scientifiques, plus cartésiens, plus académiques ? Edison est un des inventeurs les plus brillants de l’Histoire. Edison s’installait confortablement dans un fauteuil en tenant des roulements à billes dans une de ses mains. Il se relaxait ainsi : laissant son esprit vagabonder et sombrer peu à peu « vers » le sommeil. Quand il s’endormait, les roulements à billes heurtaient le sol bruyamment et le sortaient de sa torpeur endormie. Tout comme le faisait Dali, Edison avait trouvé un moyen pour aller aux frontières du sommeil sans pour autant entrer dans le pays des songes.  Et tout comme Dali, Edison revenait du mode diffus avec de nouvelles idées et d’innovantes solutions.

Quand notre cerveau passe en mode diffus, il établit de nouvelles connexions et découvre ainsi des ressources qu’il ignorait jusqu’à lors. Penser en mode diffus revient à penser « à l’aveugle » pour trouver le nouveau chemin neuronal qui nous menera à la solution.  Nous ne connaissons pas (encore !) le chemin neuronal approprié pour résoudre ce problème ou comprendre cette idée. Alors… il est bon de laisser notre cerveau se « perdre » dans ses méandres et emprunter des chemins de traverse ! C’est à ce moment-là que nous cessons de réfléchir. Et que nous avons des idées de génie !

 

Si la compréhension de nouveaux concepts ou la résolution d’un nouveau problème nécessite de saisir les choses autrement, il convient donc à notre cerveau de penser autrement. Et donc de faire une petite sieste « Eureka » ! 

 

♥ J’aime pas les siestes ! Ca me déprime… Ca me fait penser aux siestes obligatoires en
classe de maternelle avec Madame Céline…

♥ Rassure-toi, Happy Brainy ! Moi, par exemple, je me lave les dents ! Si, Si !

♥ Mais oui… C’est ce que tu racontes dans Se laver les dents permet d’avoir des idées de génie !
Et comment tu as sauvé ton DEA grâce à Colgate (Note du modérateur d’antiquités digitales :
un DEA est l’ancêtre du MASTER 2)

♥ C’est ça ! Le principe reste le même : cesser de réfléchir. Oublier. Ne plus chercher à résoudre un problème.
Ne plus chercher à comprendre. Ne plus chercher tout court. Laisser son esprit s’échapper…
En plus du lavage de dents, je suis devenue adepte de La Sieste Eureka !

 

Alors…

Profitez des moments de rêverie, des piquages de nez après déjeuner ou des sieste-éclair la tête posée sur votre bureau ! Profitez du mode diffus qui vous ouvre les portes d’un monde créatif et inventif. Profitez !!! Puis ouvrez les yeux : « Eureka! I got it! »

 

Stop au travail ! Oui au plaisir !

Stop au travail ! TRAVAIL : rien que le mot me donne déjà envie de faire autre chose. En 2017, je propose d’arrêter de travailler. Et d’inventer un nouveau mot pour réviser ses cours, rédiger une thèse, travailler sur un dossier ou rédiger une présentation. Un mot qui rime avec « plaisir ».

 

« Il faut que je mette au travail », « J’ai du boulot à faire », « Allez,  je vais bosser »… Ça pique un peu, non ? Pourquoi le mot « travail » me tend immédiatement ?

Peut-être parce que qu’étymologiquement, « travail » veut dire : « appareil formé de trois pieux, utilisé pour ferrer ou soigner les animaux ou comme instrument de torture pour punir les esclaves ».
Aïe… je comprends mieux pourquoi ça pique un peu tout de même ! « Tripalium »… Un mot dont les sonorités évoquent très facilement la torture et la souffrance.
Le travail désigne l’effort physique ou intellectuel qui doit être accompli pour faire quelque chose ou obtenir un résultat recherché. Effort… encore une notion judéo-chrétienne qui nous incite à trimer, à suer à grosses gouttes, à besogner et à peiner pour avoir « la satisfaction du travail accompli ». Ainsi, le travail se définit comme étant toute activité dont le produit a été obtenu par un effort ou sous la contrainte. STOP !

Pourquoi STOP ?! Parce que notre cerveau aime les émotions positives, la dopamine, le plaisir… le kiff, quoi ! « Un certain niveau d’émotions négatives perturbe, voire empêche, l’apprentissage » (OCDE, « Comprendre le cerveau, naissance d’une science de l’apprentissage », 2007). « Contrairement aux émotions désagréables dont l’effet est de réduire le champ d’action en focalisant l’individu sur la source de ses émotions, les émotions agréables semblent au contraire avoir un effet d’élargissement de la pensée et du comportement. Leur influence apparaît favorable, tant ur le bien-être que sur la performance » (« Neuro Learning, Les neurosciences au service de la formation », Dr Nadia Medjad, Philippe Gil et Philippe Lacroix, Eyrolles).

Pensons plaisir !!!! Et penser plaisir a un effet inattendu sur la procrastination : si vous avez suivi les articles sur le sujet (ICIICI, ICI , ICI et ICI !), vous aurez compris l’importance des émotions négatives dans le fait de procrastiner, émotions négatives engendrées par une tâche à réaliser (ou par la seule pensée de la réalisation de cette tâche).  

 

Rappel de la dimension anxiogène  : quand on procrastine et qu’on se réfugie dans
une activité plaisante plutôt que de travailler sur notre mémoire ou un cours à réviser, cela signifie
que la rédaction du mémoire ou le cours à réviser est un facteur de stress pour nous.
Pour 2 raisons possibles : soit l’activité nous stresse (on n’aime pas écrire, on se dit qu’on est nul en maths…),
soit l’enjeu est important (le mémoire va conditionner le passage dans la classe supérieure,
le prochain partiel est décisif dans la note globale).
Pour en savoir plus, lisez : « La procrastination est une drogue »

Dans les deux cas, la tâche devient un facteur de stress qui provoque une sensation physique désagréable.
Ou plutôt la seule pensée de cette tâche engendre le mal-être psychologique et physiologique afférent au stress.
Notre cerveau a alors tendance à vouloir « évacuer » cette source de stress et l’inconfort ressenti en
se concentrant sur une activité plaisante et agréable : surfer sur le net, faire une petite partie,
trier sa boîte mails, consulter son mur Facebook…. cette autre activité va immédiatement faire
« taire » le ressenti désagréable et nous nourrir de sensations de plaisir et de satisfaction.

 

Certes, l’effet positif est de courte durée et le plaisir ressenti est à court terme. Mais… notre cerveau est ainsi fait…

Alors ne donnons pas à notre cerveau de raison de procrastiner  ! Trouvons ou créons du plaisir dans chaque tâche à réaliser ! 

3 SOLUTIONS :

  • « Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie« , dixit Confucius. Il est vrai que c’est l’idéal vers lequel nous tendons quand nous changeons de travail ou montons notre propre projet. Il est des personnes autour de moi pour qui cette citation est une réalité : ils vivent leur rêve professionnel dans l’entreprise qu’il ont créée. Et les tâches qui sont moins plaisantes, voire rébarbatives, deviennent si acceptables qu’elles se font oublier. Si vous n’êtes pas dans cette situation, je pense qu’il est important de conserver cette citation à l’esprit. Comme un guide vers de nouveaux projets, vers un nouveau poste, vers une nouvelle mission. C’est une citation que j’aime rappeler aux étudiants en recherche de la filière qu’ils vont suivre : il est essentiel de s’orienter vers une formation qui soit source de motivation et qui donne envie. Comment passer des heures à étudier dans d’autres circonstances ? Possible, me diriez-vous… Peut-être même parce que vous-même l’avez expérimenté. Certes… mais à quel prix ?! Une ré-orientation tardive et une nouvelle vie professionnelle décidée dans le meilleur des cas. Un B-O dans les pires…

 

Heu… Boîte Crânienne… Un B-O, c’est quoi ?
♥ C’est une trilogie de B-O en fait : Burn-Out (syndrome d’épuisement professionnel),
Bore-Out (syndrome lié à l’ennui et au manque de travail) ou
Brown-Out (syndrome lié à la perte de sens au travail)
Et en parlant de trilogie et si ce sujet t’intéresse,
va faire un tour du côté de EfferveScience où Sandra Boré infuse une mine d’informations pour
les diffuser sur ce site.

 

  • Trouvez un aspect plaisant de la tâche à réaliser ou inventez-le !!!! Quel que soit votre métier ou quelles que soient les études que vous fassiez, il est toujours une tâche que vous n’aimez pas ou que vous aimez moins que les autres : une partie de votre job, une matière à étudier…. Trouvons du plaisir dans cette tâche : trouvons quelque chose qui nous plait et qui nous donne envie. Un exemple ? Ne serait-ce que la mise en page d’un document : centrons-nous sur le plaisir d’agencer les mots, de donner une identité graphique à  l’ensemble, de choisir des icônes ou des photos pour l’illustrer… Faisons-nous plaisir dans la réalisation de cette tâche. Demandons-nous avant de commencer : qu’est-ce qui me plait le plus ?

 

Quoi ?! Mais Boîte Crânienne, il n’y a absolument RIEN qui me plaise dans la rédaction
de ce mémoire ou dans la préparation du support de la prochaine réunion. R-I-E-N !

♥ OK ! Opération Rescue et utilisation de l’outil secret de tout bon coach ou psy qui se respecte…
le conditionnel ! Vous n’y croyez pas ?
Essayez… « S’il devait exister une partie de cette tâche synonyme de plaisir, ce serait quoi ? »

♥ Oh my godness… ça marche !

 

En cas de situation désespérée, j’utilise une solution Brain Hacking dont je vous avais déjà parlé comme solution anti-procrastination : « Changez de décor pour arrêter de procrastiner« . Pour mes pairs entrepreneurs, la comptabilité est une vraie plaie ! Parlez-leur de tâches administratives, de tableaux Excel à remplir ou de factures à rassembler et… c’est le drame !!! C’est tout ce qu’ils détestent. Leur argument est pertinent : ce n’est pas leur coeur de métier et ils n’ont aucune plus-value à exécuter ce genre de missions. Vrai ! Seulement voilà… Quand je serai grande, j’aurai un assistant pour s’occuper de tout ça. Aujourd’hui, moi et mes pairs, nous devons « nous y coller ». Et moi… j’adore !

 

♥ Quoi ?! Mais Boîte Crânienne, tu tapes dans les boîtes !
(Note pour toi, lecteur : « Tu tapes dans les boîtes » = Magnifique 
expression du pays des gônes pour désigner une perte totale de ses capacités mentales ou un comportement totalement aberrant)
♥ Absolument pas, mon Happy Brainy préféré ! Je kiffe le dernier vendredi après-midi de
chaque mois consacré à la comptabilité et aux tâches administratives… Pourquoi ?
Parce que je trompe mon cerveau en m’installant sur mon canapé pour le faire avec une série sur un iPad.
C’est mon après-midi « off » ou « sweet landing » pour atterrir en douceur vers le week-end.
Je coche deux cases en procédant de cette manière : je fais et finis ma compta ET je prends du plaisir
à suivre une série du coin de l’oeil ou de l’oreille.

♥ Pffff…. alors là… je dois dire que c’est du grand n’importe quoi ! Toi qui nous parles de concentration
et d’attention portées à l’instant présent… on ne peut pas dire que cette méthode soit l’exemple même
d’un engagement total de toutes tes capacités mentales dans une tâche. Donc tu perds du temps parce que
tu n’es totalement concentrée et tu ne profites pas vraiment de cet après-midi en mode « Jean-Michel OFF à moitié »
♥ Tu sais que j’t’aime, toi ? Comme ça me fait plaisir de voir que tu suis tout ce que je dis….
Et tu as entièrement raison. L’idéal serait de faire ma compta vendredi matin (qui serait terminée
en moins de temps qu’un après-midi entier) et de profiter pleinement et totalement d’une demi-journée
de repos. Ça, c’est l’idéal ! Dans ma vie-à-moi, je suis souvent très prise la dernière semaine de chaque mois
et ne peux dégager une demi-journée de détente. Alors, j’ai recours à cette technique de changement de décor
(Pour te rafraîchir la mémoire : C’EST ICI !) pour m’atteler enfin à ma compta.
Parce que je suis comme tout le monde, moi : je préfère écrire des posts, suivre un MOOC, monter une vidéo
plutôt que faire mon compte de caisse !

 

  • Il n’y a pas d’espoir pour remplir le point N°1 et le point N°2 ?? … Pensez « récompense » et « célébration » pour avoir accompli cette tâche ! Quand nous nous devons de réaliser une mission qui ne nous fait aucunement envie et dont la seule évocation nous fait soupirer, une seule solution : se récompenser de l’avoir accomplie ! Ca tombe bien : notre cerveau carbure au circuit de la récompense ! Et il y a un effet inattendu dans cette fabrique de dopamine : « Les travaux neuro scientifiques ont montré que les récompenses espérées et les récompenses obtenues engagent les mêmes circuits cérébraux. Autrement dit, s’attendre à un plaisir (ce qu’on peut rapprocher de la notion de désir) procure du plaisir avant même de l’expérimenter. Dans les deux cas, le système de la récompense s’active et libère de la dopamine. »

 

♥ Je t’arrête tout de suite, Happy Brainy ! Avant même que tu y penses…
NON ! N’y pense même pas ! Il est HORS DE QUESTION de rouler ton cerveau dans la farine !
Lui faire croire que, s’il engage toutes ses facultés cognitives dans l’apprentissage d’un cours que
tu détestes ou dans la rédaction d’un rapport financier que tu hais, tu le récompenseras…
pour ne pas le récompenser « dans la vraie vie »… C’EST NON !  Notre cerveau apprend et apprend vite…
Si cette stratégie de « mistifrisage de cerveau » peut fonctionner une fois,
elle ne fonctionnera pas deux fois !

 

Les Happy Brainies, à la semaine prochaine ! J’ai du trav… j’ai des choses à faire et du plaisir qui m’attend ! C’est d’ailleurs mon unique résolution pour 2017 : avoir du plaisir dans tout ce que je fais et que j’entreprends  !

Bouge ton cerveau !!!

 L’activité physique nous rend plus intelligents et plus heureux…. C’est vrai ??!! Voyage au coeur du cerveau et des cours de gym avec la Lucy Liu des neurosciences : Dr Wendy Suzuki, professeure en neurosciences à l’université de New York et auteure de « Bouge ton cerveau ».

 

« Pourquoi l’activité physique nous rend-t-elle plus intelligents et plus heureux ? » Telle est la question traitée lors de l’émission « Grand bien nous fasse » du 20 septembre 2016 sur France Inter. En compagnie du psychiatre Christophe André, Wendy Suzuki répond, dans un français parfait, aux questions d’ Ali Rebeihi. Ce post reprend ses réponses, s’appuie sur son intervention au TED d’Orlando (« Exercice and the brain ») et sur l’after-work du 21 septembre dans les locaux de Paris Pionnières au cours duquel elle présentait son livre.

L’activité physique réduit la mortalité et allonge l’espérance de vie. Il existe aujourd’hui un consensus du corps médical concernant les bienfaits de l’activité physique et les impacts positifs sur la tension artérielle, le diabète, certains cancers….. Cela fait bien longtemps que médecins et chercheurs ont compris l’importance de l’exercice physique en matière de santé : déjà en 1843 en Angleterre, ils constatent que le taux de moralité est plus élevé chez les personnes sédentaires que chez les personnes qui ont un travail physique.

L’activité physique n’améliore pas seulement notre santé « corporelle », elle engendre également des modifications positives dans notre cerveau : le niveau de production des neurotransmetteurs (sérotonine, noradréanline…) augmente après une activité physique. Mais pas que ! L’activité physique « donne plus de puissance au cerveau » en améliorant la neurogénèse : elle favorise l’apparition de nouveaux neurones dans le cerveau notamment dans l’hippocampe, une structure du cerveau impliqué dans le processus mnésique à long terme. On sait également que l’hippocampe a un rôle dans la créativité et l’imagination. Comment le sait-on ? Parce que, explique Wendy Suzuki, les patients souffrant d’une altération de l’hippocampe ont des difficultés à s’imaginer une situation nouvelle. A la consigne « Décrivez une plage tropicale » (endroit où ils ne sont jamais allés), les patients sont incapables de s’imaginer l’endroit et de le décrire. De la même manière, ils rencontrent d’importantes difficultés à créer des liens entre des concepts.

J’adore l’histoire personnelle que nous raconte Wendy Suzuki : à l’aube de ses 40 ans, elle prend conscience du vide de sa vie sociale et intime alors que sa vie professionnelle est remplie et réussie. Si elle dirige brillamment un laboratoire de neurosciences à l’université de NewYork, sa vie personnelle est « une ville fantôme », « une ville abandonnée dans un film de cow-boy » pour reprendre son expression. Sa vie n’a pas de sens et l’aiguille de sa balance affiche un bon + 10 kilos…. Elle débute la pratique de la gym mais pas n’importe quelle gym : elle prend des cours d’IntenSati avec sa créatrice Patricia Moreno : des mouvements de danse, de yoga et d’arts martiaux pratiqués en énonçant à voix haute des affirmations positives telles que « Je suis forte », « Je suis puissante »…..  Wendy constate que son humeur est meilleure après chaque session d’IntenSati et commence à s’interroger sur l’influence de la pratique de cet exercice physique. L’exercice physique favorise la fabrication des neurotransmetteurs liés à la récompense, au plaisir et au bien-être émotionnel.

« Note pour plus tard » : 
@@@ Comme l’a fait remarquer une participante hier soir lors de la soirée de présentation du livre « Bouge ton cerveau », il est opportun de s’interroger sur les paramètres combinés de la pratique qu’a choisi Wendy. Trois dimensions se dégagent de la pratique d’IntenSati : une dimension physique, une dimension collective (le sport est pratiqué en groupe) et une dimension valorisante (les affirmations positives). Wendy répond à cette question par la prise en compte systémique de cette pratique : tous ces paramètres sont à prendre en compte. Et je réponds à mon besoin de rigueur scientifique par cette pensée : toute activité physique ne se résume pas à une simple mise en mouvement du corps et revêt d’autres aspects intrinsèques à la pratique. Que ce soit en groupe ou seul, chez soi ou dans une salle, en ville ou à la campagne, à la pause déjeuner ou le week-end…. toute activité physique porte en elle d’autres dimensions importantes pour nous (convivialité ou recueillement, cocooning ou socialisation, bulle d’oxygène ou parenthèse organisée, habitude environnementale ou dépaysement….). Toutes ces dimensions sont à prendre en compte comme autant de paramètres importants dans l’analyse de conséquences. Et aucune activité physique ne saurait être dépourvue de ces dimensions. @@@

Reprenons, les happy brainies !

Wendy Suzuki ressent le besoin impérieux de « connecter corps et esprit », une dimension essentielle qu’elle a oublié de par sa vie professionnelle prenante. Elle est convaincue de l’existence du « lien très fort, inextricable entre corps et esprit ». Il lui a fallu un an, un an et demi, pour constater les effets de l’exercice physique sur les mécanismes cognitifs. La professeure prend conscience qu’elle a plus de facilité à rédiger : une activité récurrente et importante dans l’exercice de sa profession et qui était source de difficulté pour elle. Wendy Suzuki se rend compte qu’il lui est plus facile de se concentrer, de faire des liens entre des concepts et de mémoriser des informations.

Elle comprend que c’est son changement d’habitude de vie (la pratique d’une activité physique) qui a permis cette évolution. « C’est le déclic qui m’a permis de voir le lien entre corps et cerveau ».

Wendy Suzuki se remémore les travaux de Marion Diamond, une pionnière dans les recherches en neurosciences dans les années 50 et 60, qui fut son professeur.  Ses travaux s’appuient sur l’observation de rats placés dans deux environnements différents : les premiers vivent dans un sorte de « Disney Wolrd  pour rats» rempli de jouets et de stimuli physiques en compagnie d’autres rats, les autres sont enfermés dans une cage dépourvue de matériel et en pauvre compagnie. Les premiers rats occupés à courir, à escalader et à sauter partout voient leur cortex épaissir significativement. Contrairement à celui de leurs compagnons infortunés. Cette expérience et les résultats qui en sont tirés mettent en avant l’influence du paramètre « activité physique » et c’est sans compter, selon moi, sur le caractère stimulant de l’environnement (au sens large et pas seulement physiquement : les différents éléments présents dans la cage offrent une stimulation visuelle, sensitive, auditive…) et la dimension inter-relationnellle des échanges avec les autres rats présents. Il n’en reste pas moins qu’un des paramètres présents et différentiels est celui de l’activité physique et c’est ce qui intéressa Wendy au regard de l’expérience personnelle qu’elle vivait.

Et Christophe André de préciser à l’antenne de France Inter : « Dans la vie, il y a des choses qu’on sait. On a un savoir. Puis tout à coup, on les comprend parce qu’on fait une expérience personnelle. Avec les émotions. Le corps… tout… et tout bascule Et on se met à appliquer des théories qu’on connaissait mais que l’on regardait de loin. » Wendy Suzuki a fait cette expérience et nous parle de changement de paradigmes : après un changement de vie personnelle vient un bouleversement méthodologique dans son univers d’enseignant. Elle souhaite faire pratiquer du sport à ses étudiants avant chaque cours académique. Elle propose alors un cours qui s’intitule : « Can exercice change your brain ? » (L’exercice physique peut-il transformer votre cerveau ?).

Wendy souhaite proposer un cours de gym à ses étudiants avant de dispenser un cours académique et demande à l’université de lui détacher un professeur de sport. Fin de non recevoir pour Wendy qui décide alors de devenir instructrice et suit une formation de 6 mois. Pendant un semestre, les étudiants de ses cours pratiquent l’IntenSati avant de suivre un cours classique sur les neurosciences. Wendy analyse leurs progrès en performances mnésiques et attentionnelles grâce à des tests réalisés « avant » et « après » ce semestre hors du commun. Elle compare les résultats à ceux d’un groupe de contrôle qui a suivi seulement les cours d’enseignement classique. Les tests de mémoire révèlent des scores meilleurs et des temps de réponse plus rapides pour le groupe test. 

Wendy met à jour une amélioration significative de l’encodage des informations à stocker dans la mémoire à long terme. Si de nombreuses études ont été faites sur les personnes âgées, cette observation est l’une des premières réalisée sur des sujets jeunes. Un autre changement de paradigme s’opère : le sujet d’études du laboratoire de recherche de Wendy Suzuki sera désormais l’influence de la pratique de l’exercice physique sur le cerveau.

Les personnes âgées qui ont pratiqué une activité physique régulière tout au long de leur vie ont une perte du tissu cérébral moins importante que les personnes sédentaires et ont de meilleures performances cognitives. » (Etude de l’Inserm publiée en mars 2008). L’exercice en aérobie améliore les performances cognitives des personnes âgées.

Aéro-what ??!!
Une activité en aérobie est une activité d’intensité modérée sur une période longue : marche, jogging à allure modérée, natation, cyclisme…, une activité au cours de laquelle nous pouvons parler (mais pas chanter !) ). Si une activité en aérobie est une activité d’endurance,  une activité en anaérobie est un effort en résistance de courte durée (un sprint par exemple).

Et Christophe André de préciser que le sport fait partie « des comportements de santé », c’est-à-dire des comportements qui favorisent la santé au même titre que l’exercice physique, la méditation, l’alimentation et les liens sociaux agréables. Il est important, selon moi, de garder en mémoire que ces habitudes de vie dépendent de nous ! Certes, notre santé est impactée par notre environnement (pollution, épidémie…) et par notre patrimoine génétique. Mais il convient d’utiliser la marge de manoeuvre qui est la nôtre pour la préserver et l’améliorer. En l’espèce, notre marge de manoeuvre est : nos habitudes de vie 🙂

Se bouger ??? Ca veut dire quoi concrètement ? 
Respirez par le nez ! Il n’est pas question de courir 40 km par semaine !

Voici les 3 niveaux du « Bouge ton corps » :
– suivre un entrainement sportif ou la recherche de performance dans le but d’atteindre un objectif (marathon, compétition…..)
– pratiquer un exercice physique : trottiner avec des amis lors d’un jogging en forêt, faire du vélo en papotant….
– se servir de son corps : marcher, jardiner, monter les escaliers…

Petit padawan, de ton corps se servir, pour les bienfaits va suffire ! 

Descendre une station de métro ou de bus avant la sienne pour marcher un peu (et peut-être chasser des Pokemon…. :-)), prendre les escaliers plutôt que l’ascenseur, jardiner, jouer au foot avec votre petit neveu ou danser avec votre grande tante…. TOUT EST BON ! 

Nous avons de la chance !!! Une étude récente sur les effets de la marche vient appuyer les conseils de Maître Yoda. Il semblerait que l’augmentation de l’humeur soit plus importante dans le cadre d’une pratique de la marche régulière que dans celui de la course à pieds. Héhé ! Plus aucune excuse pour bouger son corps !!!! Si ce geste des plus simples, le premier des actions coordonnées, cette action que l’on guette chez les petits enfants comme marqueur de leur développement, est une pratique physique idéale : LET’S WALK !!!!!

Bien-sûr, l’idéal de l’idéal est une pratique de la marche durant une ou deux heures dans un environnement naturel… Oui… Bien -sûr… Mais vous n’allez pas vous en sortir comme ça, les brainies !!!! Je vous rappelle qu’il est important de nous remettre aux commandes et de nous emparer de nos marges de manoeuvre ! Alors… Y a-t-il un pilote dans l’avion ??!!   … Marcher dans une ville, même polluée, même bruyante… est BON pour notre santé. « Il est toujours toujours bon de marcher », nous rappelle Christophe André lors de cette émission de radio.

Que se passe-t-il dans notre cerveau ?
L’exercice physique en aérobie entraine des modifications anatomiques, physiologiques, neurochimiques et comportementaux. Rappelons que la pratique de cet exercice physique est : un facteur de croissance des neurotransmetteurs, d’épaisseur du cortex (notamment pré-frontal) et de genèse des neurones.

Pendant l’exercice physique, le corps produit une protéine dite neurotrophique : le BDNF (brain-derived neurotrophic factor) qui favorise la mémorisation et renforce l’acuité mentale. Cette protéine est active dans le prosencéphale basal, le cortex et l’hippocampe : aires essentielles pour l’apprentissage et la mémoire (entre autres fonctions cognitives).

Mais… j’y pense… Il me semble bien que le sport augmente le niveau de cortisol (l’hormone du stress)…. Et c’est bon pour notre corps et notre cerveau ??!! Avec une pratique régulière d’un sport en aérobie, nous allons augmenter votre seuil de tolérance au cortisol et devenir Stress Proof (ou de véritables Stress Fighters comme dirait mon amie SanBo de EfferveScience !) Une hypothèse concernant l’augmentation de notre seuil de tolérance au stress  s’appuie sur la croissance des récepteurs au cortisol qui vont « l’emprisonner » en le fixant, conduisant à une diminution de la réponse physiologique au stress. Cortisol ou pas cortisol… le sport est un excellent anti-stress :  on en parle en détails dans un prochain post 🙂

Le sport permet de retarder la perte de mémoire liée à l’âge. En vieillissant, l’hippocampe se rétrécit, ce qui provoque des pertes de mémoire. Comme cette zone génère aussi la production de neurones tout au long de notre vie, l’exercice physique va favoriser cette production.

Déjà en 2010, une étude américaine montre que l’exercice physique permet d’augmenter la taille de l’hippocampe, même quand il a déjà été diminué par l’âge. Pour ce faire, les chercheurs ont divisé un groupe de personnes âgées en deux. La moitié a eu à faire 40 minutes de marche sur une piste, trois fois par semaine; l’autre moitié s’est contentée d’exercices de stretching. Résultat au bout d’un an : les personnes qui marchaient ont vu le volume de leur hippocampe augmenter de 2% environ. Les autres ont vu ce volume diminuer, mais la diminution était moins marquée chez les personnes qui étaient plus actives et plus en forme avant le début de l’expérience.

Alors… comme dirait Wendy Suzuki : « Who wants to go to the gym? » Ce n’est pas elle qui le dit : c’est son cerveau !!!

Je dors… donc j’apprends

Inutile de faire une nuit blanche ou de se priver d’une sieste pour réviser ses cours. Dormir est indispensable pour apprendre. Mais non… il n’est pas question d’écouter en boucle un podcast pendant la nuit ! Il est question du rôle essentiel du sommeil dans le processus d’apprentissage. Alors… dormez tranquille : votre cerveau travaille pour vous !

Nous passons un tiers de notre vie à dormir : le saviez-vous ? Le sommeil est une de nos fonctions vitales, au même titre que la respiration ou la digestion. Il y a cependant une différence essentielle entre le cerveau, les poumons et l’estomac ! Pendant le sommeil, estomac et poumons ralentissent leur activité alors que le cerveau continue de fonctionner de manière intense. Pendant le sommeil, le pouls et la respiration ralentissent, la tension artérielle diminue, le tonus musculaire est amoindri, la température corporelle baisse. Pendant le sommeil, il est un organe qui continue de travailler : notre cerveau ! Mais que fait-il donc pendant la nuit ??!!

Notre cerveau fait le ménage ! Il range un peu toutes les informations qu’il a traitées au cours de la journée. Il trie, efface, stocke dans le grenier mnésique, élimine les toxines… Bref, notre cerveau fait un grand ménage de printemps pendant que nous dormons.

Le grand ménage de printemps en 5 coups (de balai !) : 

1- Notre cerveau comprend et assimile pendant la nuit. C’est la raison pour laquelle il nous arrive parfois de nous réveiller avec une idée claire et précise d’une équation de maths qui nous avait échappée la veille ou du plan de mémoire sur lequel nous butons depuis des jours.

2- Notre cerveau stocke dans la mémoire à long terme le cours de maths ou le nouveau digicode. Allez hop ! Dans le grenier mnésique : l’endroit où il convient de conserver les choses importantes pour longtemps ! Notre cerveau comprend et assimile pendant la nuit.

3- Notre cerveau fait du tri en se débarrassant des informations inutiles : notre cerveau trie les informations traitées dans la journée : il sélectionne les informations à mémoriser et efface celles qui n’ont pas d’importance (comme la couleur du pull de la prof de maths ou l’heure à laquelle le digicode a changé).

4- Notre cerveau crée des liens entre les informations, c’est-à-dire entre les nouvelles informations à retenir et celles déjà stockées : le cours de maths d’aujourd’hui ET celui de la semaine dernière, le digicode ET la date de naissance de ma grand-mère (ce sont les mêmes nombres en retirant 1 au mois et au jour !). Notre cerveau regroupe les informations sélectionnées entre elles. C’est un peu comme si nous avions alors plusieurs chemins pour accéder à une même information ! Un processus génial impliquant les traces mnésiques dont je vous parlerai dans un autre post 🙂

5- Notre cerveau se régénère, répare ses cellules et élimine les toxines. Un nettoyage complet ! Saviez-vous que certaines cellules rétrécissent de plus de la moitié (jusqu’à 60% de leur taille) pour faciliter ce nettoyage ? « La nature récupératrice du sommeil résulterait de l’élimination des déchets produits par l’activité neuronale qui s’accumulent pendant la période d’éveil », dixit le Dr Nedergaard (Université de Rochester).

Hum… J’ai 2 questions alors…. Pas vous ?!!

Question N°1 :
Maintenant que je sais tout ça… j’en fais quoi ?? Quelles conclusions en tirer ?? Un conseil pratique pour moi qui suis étudiant par exemple ?

Question N°2 :
Par simple curiosité, ça marche comment ce grand nettoyage de printemps nocturne et quotidien ? On le sait ?

Les réponses !
Différentes études mettent en évidence le lien entre le sommeil et le processus cognitif de mémorisation. Elles s’appuient sur des tests permettant de démontrer la différence de performance entre un apprentissage suivi d’une phase de sommeil et un autre avec peu, vire pas de phase de sommeil. Dormir moins de 5 heures par nuit a un impact négatif sur nos capacités de mémorisation et cause des troubles de l’apprentissage.

Concrétement : il faut dormir entre 7 et 8 heures par nuit. Disons qu’il faut dormir suffisamment (pour ne pas contrarier les mini-dormeurs qui se contentent de moins) 😉

Le lien entre sommeil et apprentissage est évident et cliniquement prouvé. Cependant les études ne sont pas formelles sur le mécanisme à l’oeuvre.

Les études montrent qu’à chaque stade de sommeil, correspondrait une forme de mémoire.
– Sommeil léger puis profond (c’est le sommeil qui fait suite à l’endormissement) = travail de consolidation de la mémoire déclarative (mémoire de nos souvenirs et de nos connaissances)
– Sommeil paradoxal = travail de consolidation de la mémoire procédurale (mémoire de nos habiletés motrices et perceptives)

Peut-être serait-il question de ne plus être soumis à des stimuli extérieurs ? Quand nous dormons, nous ne sommes pas soumis à un environnement qui sollicite notre attention. Le cerveau pourrait ainsi se « concentrer » sur les informations qu’il doit conserver et celles dont il n’a pas besoin. Il est un peu tranquille et au calme ! 😉

Il serait également question d’ « étiquettage » des informations : pendant la journée et au moment de l’aprentissage, l’hippocampe marquerait les informations importantes avec des sortes de petites étiquettes. Etiquettes qui permettraient au cerveau de s’y retrouver pendant le sommeil : « toi, tu es importante », « toi, je te jette » ! « Ces populations étiquetées seraient ensuite réactivées au cours du sommeil, mécanisme à la base du processus de consolidation » conclut Géraldine Rauchs (INSERM, Caen).

Vous savez quoi ? Même si les neurosciences ont révélé de nombreux secrets sur le cerveau, ce dernier garde encore une part de mystère. Tout comme le sommeil. Alors imaginez quand nous tentons d’en comprendre les interactions…

Retenez simplement que le sommeil joue un rôle primordial dans la mémorisation à long terme des informations considérées comme importantes : il prépare le cerveau à apprendre et à mémoriser puis consolide le stockage des ces informations. C’est une action en 2 bandes ! Un double effet KissKool : en amont, le sommeil aide le cerveau à mémoriser et ultérieurement, il renforce l’encodage de l’apprentissage.

Alors… Allez hop ! Au dodo !! Ce n’est pas moi qui le dis, c’est notre cerveau !

 

Se laver les dents permet d’avoir des idées de génie

Quoi ??!! Existe-t-il un lien direct entre nos canines et nos neurones ? Comment la solution à un problème qui m’obsédait depuis des semaines a-t-elle pris forme dans mon esprit en plein lavage de dents ? Quel rapport entre dentition et réflexion ??? Tout est une question d’attention ! En mode vagabondage cette fois-ci. Comme quoi… laisser libre cours à ses pensées est un moyen original et tellement agréable pour comprendre de nouveaux concepts et résoudre des problèmes.

Boîte Crânienne vous en parle et re-parle : il est important de savoir focaliser son attention, savoir comment se concentrer et le rester ! On parle alors de « pensée en mode concentré » : notre attention est focalisée sur une nouvelle notion à apprendre, sur un concept à comprendre ou sur un problème à résoudre.  La pensée concentrée emprunte des chemins connus : notre réflexion s’appuie sur des chemins neuronaux familiers et sur nos acquis.

Parfois, nous « sentons » que la nouveauté (un concept, un problème…) nous résiste et que nous aurions besoin d’ajouter des barrettes à notre CPU, d’ajouter des cordes à notre arc mental, d’ajouter de l’eau neuve à notre moulin ! C’est un peu comme si nous nous sentions prisonniers de ce que nous savions déjà et que nous nous sentions enfermés dans  notre manière familière de réfléchir. Nous avons besoin de nous « décaler », de prendre de la hauteur ou de respirer par le nez pour appréhender ce qui nous est inconnu.

Cette sensation vous dit quelque chose ? Cette impression de bloquer sur un cours, de ne pas trouver le plan de votre présentation, de rester figé face à une équation ?

C’est le moment de sortir l’arme fatale Spécial Nouveauté ! Nouveauté à comprendre ou nouveauté à élaborer. Si la compréhension de nouveaux concepts ou la résolution d’un nouveau problème nécessite de saisir les choses autrement, il convient donc à notre cerveau de penser autrement.

Penser autrement qu’en mode concentré…. Hum, hum…. Penser en mode dilué ??!! Presque ! Il s’agit de la pensée diffuse.

Penser en mode diffus revient à penser « à l’aveugle » pour trouver le nouveau chemin neuronal qui nous menera à la solution ! Nous ne connaissons pas (encore !) le chemin neuronal approprié pour résoudre ce problème ou comprendre cette idée. Alors… laissons notre cerveau se « perdre » dans ses méandres et emprunter des chemins de traverse ! 

Ok… Et concrètement… on fait comment ??!!

On se lave les dents !!!! Enfin…. Il s’agit de mon expérience personnelle ! Je travaille sur un mémoire depuis des mois et rassemble du contenu pour l’écrire. J’ai établi le fil conducteur de mon propos : un fil rouge sacrément coton que j’ai du mal à transcrire sous forme de plan logique et simple. J’écris mon idée de manière séquentielle, sous forme de carte heuristique, je l’énonce à voix haute, je la raconte à un tiers… Rien ne me satisfait. Je ne trouve pas ce %§@# plan !!!! Et un matin…. Ô miracle ! Le plan du mémoire jaillit de mes neurones alors que je me lave les dents ! Un plan clair, structuré, logique et compréhensible. Colgate, je t’aime !

LET’S REWIND !
Que se passe-t-il quand je me lave les dents ? Je ne pense plus au plan de mon mémoire et je cesse de me heurter à un mur cognitif d’infertilité totale. Je pense à autre chose. Ou plutôt je ne pense à rien en particulier. Je rêvasse en effectuant des mouvements alternatifs « du rouge vers le blanc ». Je laisse mes pensées vagabonder et mon attention flotter de manière diffuse.

Vous connaissez maintenant mon arme fatale Spécial Nouveauté ! A vous de créer votre manière de penser en mode diffus : vous pouvez vous promener, flâner dans les couloirs, aller boire un café, vous allonger dans l’herbe…. Dans un prochain post, je vous parlerai de la technique employée par Dali pour laisser émerger l’idée de ses fantastiques peintures surréalistes. Et celle de Thomas Edison pour inventer des objets révolutionnaires.

Alors… laissez votre pensée vagabonder… prenez le temps de rêvasser… inventez votre arme fatale « Spécial Nouveauté » et une idée de génie pourrait bien apparaître au détour d’un neurone. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est mon cerveau !

 

Crédit Photo : Boîte Crânienne

Travaillez votre concentration 10 minutes par jour

Une méthode révolutionnaire ? Un nouvel exercice venant des States ? Un outil innovant encore peu connu ? Non. Il s’agit d’une pratique ancestrale aux multiples bienfaits. En oubliant de compter parmi eux celui qui concerne l’attention.

Nous entendons parler et lisons dans tous les magazines combien la méditation est bénéfique pour lutter contre le stress, pour lâcher-prise, pour gagner en sérénité, pour augmenter son bien-être, pour se relaxer, pour perdre du poids… pour… pour… La méditation est devenue une espèce de remède spirituel à tout et surtout la solution à n’importe quoi !

Bien-sûr, la pratique de la méditation peut apporter un mieux-être, une détente, une paix intérieure…. Beaucoup pratiquent la méditation en pensant aux bénéfices.

Je vous propose d’envisager cette pratique dans son unique dimension expérientielle en citant Jean-Philippe Lachaux :

« La méditation décrit les mécanismes et stratégies attentionnels »

La méditation nous permet d’expérimenter comment engager la totalité de nos forces mentales dans un instant donné. La méditation est un entrainement efficace à l’attention et de l’attention.

Avec toute la difficulté que l’on peut rencontrer de rester (con-)centré. Notamment quand on découvre la méditation ou qu’on débute.

Méditer revient à travailler sa concentration et à focaliser son attention sur le moment présent.

C’est exactement ce que nous tentons de faire quand nous voulons travailler sur un rapport de stage ou sur un cours à réviser : nous tachons de rester (con-)centrés sur cette tâche malgré les sirènes attentionnelles extérieures (téléphone qui sonne, alertes mails, …) et endogènes (repenser à une discussion que nous avons eue quelques heures plus tôt, penser à la fête d’anniversaire que l’on doit organiser, entendre nos petites voix intérieures qui nous intiment d’être parfait, d’aller plus vite…).

C’est ce que nous expérimentons quand nous méditons : nous observons nos pensées, notre expérience et nos émotions en restant (con-)centrés sur le moment présent. Et ce, malgré les sirènes attentionnées extérieures (le bruit de la rue, les discussions….) et endogènes (repenser à une discussion que nous avons eue quelques heures plus tôt, penser à la fête d’anniversaire que l’on doit organiser, entendre nos petites voix intérieures qui nous intiment d’être parfait, de réussir cette médiation !).

Méditer, c’est entraîner son attention et s’entrainer à l’attention.

Méditer, ok…. Mais, méditer comment ?

Avant de pratiquer, j’imaginais une posture de lotus, face à un mur, dans un environnement dédié… C’est en effet une manière de méditer. On peut aussi méditer dans un bus, à une terrasse de bar, assis dans son bureau…

Quand on débute, il est plus facile de découvrir la méditation par une méditation guidée : une voix vous accompagne et vous guide sur ce qu’il convient de faire. Une méditation guidée permet de concentrer son attention sur une voix et sur les « instructions » qu’on nous propose. Souvenez-vous : il est facile de centrer notre attention sur quelque chose qui existe (une voix) que sur quelque chose qu’on veut éviter (ressasser une discussion, faire une liste de courses….). Un autre avantage consiste à échapper à une injonction intérieure très fréquente : « Ne pense pas… ne pense pas… Il ne faut pas que tu penses… » Autant vous dire que le syndrome de l’éléphant rose (« Ne pensez pas à un éléphant rose….. Ne pensez pas à un éléphant rose…. « ) va prendre tout son sens !

Une méditation guidée, ok…. Mais guidée par qui ??

Moi, j’utilise l’application « HeadSpace » : un petit bijou imaginé par Andy Puddicombe, moine bouddhiste et circassien. Cette application n’est disponible qu’en anglais pour le moment.
Pour les applications en français, voici mes chouchous : « Mindfulness », « Détente », « Zenfie » et surtout « Mind ». Toutes celles-ci sont gratuites (pour une dizaine de séances pour HeadSpace et Mind).

Il y a d’autres applications disponibles sur l’Apple Store ou Google Play : je ne les connais pas ou ne les apprécie pas. Il est toujours intéressant télécharger une application et de la tester.

J’ai mon application de Méditation guidée… Je la pratique  quand ?

Quand vous voulez et quand vous pouvez ! Chez vous, au bureau, dans un bus, un train… 10 minutes par jour suffisent. Vous n’avez pas 10 minutes ?? Vous les trouverez en faisant de ces 10 petites minutes une de vos priorités. 10 minutes…. c’est rien dans votre journée. Planifiez ces 10 minutes dans votre agenda si nécessaire : c’est votre moment à vous pour déconnecter et vous reconnecter à vous !

Inutile de concentrer l’heure hebdomadaire de méditation en une seule longue séance le dimanche matin ! Pourquoi ? Parce qu’un entrainement séquencé et régulier est plus efficace et performant qu’une séance plus longue. Chaque jour, vous entrainez votre cerveau et vous gagnez ainsi en pouvoir de concentration et en puissance attentionnelle. Et puis… vous savez comme moi qu’il est très difficile de trouver une heure entière de temps libre ! Alors que…. 10 petites minutes !

Nous faisons l’expérience de méditer sans le savoir : quand nous nous concentrons sur notre respiration par exemple.

Chaque activité peut se décliner comme une sorte de méditation : faire un gâteau, regarder le paysage qui défile derrière la vitre d’un train…. Nous ne travaillons pas une concentration volontaire : nous aiguisons notre sensibilité aux signes d’une attention qui pourrait s’échapper. Nous sommes dans un « ici et maintenant » dédié à un objet attentionnel bien précis : faire un gâteau, regarder le paysage…

C’est ainsi que, jour après jour, nous aiguisons son faisceau attentionnel, nous entrainons notre alerte à sirènes attentionnelles et apprenons une stratégie pour rester concentrés.

Alors ? Prêts à méditer pendant 10 petites minutes par jour ? Les bénéfices sur l’attention sont évidents : la méditation est l’expérimentation des mécanismes et stratégies attentionnels. Ce n’est pas moi qui le dis ! Ce sont les études et observations scientifiques menées sur l’attention !

Trompez le GPS de votre cerveau pour vaincre la procrastination

Vous avez décidé d’expérimenter la technique Pomodoro pour réviser une année entière de cours ou rédiger votre rapport de stage. Mais… Mais… même avec un mini-objectif fixé sur 25 minutes, vous n’arrivez pas à ouvrir votre ordinateur et à vous mettre au travail. Pourquoi ? Peut-être parce que ce n’est pas le but qui est important, c’est le chemin….

Résumé des épisodes précédents : Vous souvenez-vous ce qui se passe dans notre cerveau lorsque nous remettons une tâche à faire au lendemain ? Une tâche comme… écrire un rapport de stage ou réviser la totalité des cours de droit social de cette année.

Notre cerveau, face à ce facteur anxiogène qu’est la tâche, va court-circuiter la douleur ainsi provoquée et se «réfugier» dans une tâche source de plaisir telle que… Candy Crush ou Call of Duty, Facebook, Youtube, Snapchat, Instagram… Une source de plaisir instantanée mais cependant fugace. Après une ou plusieurs heures de délices numériques, le devoir se rappelle douloureusement à nous : non seulement nous sommes en proie à l’angoisse grandissante d’une échéance qui se rapproche (l’examen de droit social ou la date d’envoi du rapport de stage), mais nous nous sentons en plus coupables de ne toujours pas avoir commencé à travailler.

Souvenez-vous également que nous sommes à la merci de sirènes attentionnelles  omniprésentes : Facebook, Youtube, Snapchat, Instagram, la sonnerie du téléphone, les alertes sonores des sms, les pop-up des mails entrants… Notre attention est captée par le stimulus le plus saillant dans l’environnement. Notre cerveau est ainsi (bien) fait et porte son héritage primitif : une opportunité (des baies comestibles) ou un danger (un animal féroce) sont les maîtres de notre attention. Si ce système sélectif servait notre survie et notre bien-être il y a des millénaires, il en est autrement aujourd’hui. La notification Facebook qui vient d’apparaître sur mon téléphone ne sert plus mon intérêt : au contraire, elle est nuisible à mon objectif «Réviser les cours de droit social» ou «Ecrire un rapport de stage». Mais cette notification Facebook reste le signal le plus prégnant de mon environnement… Alors… Nous organisons la résistance en nous réduisant au silence les sirènes du numérique. Pendant 25 minutes (commençons petit !), coupons les alertes, les notifications, les fenêtres, les téléphones et les tablettes.

Comprenant le fonctionnement de votre cerveau et les enjeux d’une stratégie à mettre en place, vous avez donc décidé de :

  • réduire le facteur de stress qu’est la rédaction du rapport de stage ou la révision d’une année de cours en découpant cette tâche en de mini-missions. La première mini-mission sera : réviser un seul cours d’une heure ou écrire le plan d’introduction du rapport de stage. Et vous vous dites : « Avec cette mini-mission, je me sens plus à l’aise parce que c’est possible. C’est plus digeste et plus accessible »
  • museler les sirènes numériques en désactivant les alertes, les notifications, en mettant votre téléphone et votre tablette en mode « avion ». Et vous vous dites « Ha, ha, j’organise la résistance ! Facebook, Candy Crush, Snapchat et autres sirènes… je vous cloue le bec ! Et c’est possible parce que c’est pour seulement 25 minutes. » Et oui ! Plus serait contre-productif : stressant, angoissant, paniquant ! 25 minutes, c’est possible et acceptable. 
  • avoir un mini-objectif en tête : réviser un seul cours d’une heure ou écrire le plan d’introduction du rapport de stage. Souvenez-vous : il est pertinent et efficace de se concentrer sur une chose à faire plutôt que sur une chose à NE PAS faire.

Quand j’accompagne des étudiants, des adultes qui ont repris leurs études ou qui ont des tâches à réaliser dans le cadre de leur métier, je suis parfois confrontée à cette réalité : « Je n’y arrive pas…  Je mets mon minuteur sur 25 minutes, je déconnecte tout, je me concentre sur ma mini-mission, je pense à mon objectif… et je me retrouve à cliquer sur mes mails ou à regarder une vidéo… POURQUOI ????»

Pourquoi… Une hypothèse serait que l’objectif à atteindre reste une source de pression et d’obligation de résultat : à la fin des 25 minutes, je DOIS avoir réviser une heure de cours ou écrit le plan de mon intro.

JE DOIS… IL FAUT…. Autant d’injonctions qui sont de nouveaux facteurs de stress. Stress et inconfort que nous voulons éviter en regardant ailleurs si nous y sommes ! En jouant, en nous détendant, en écoutant de la musique, en regardant une vidéo… bref, en faisant tout sauf ce que l’on DOIT faire, ce qu’il FAUT faire.

ALORS ??? Je suis un cas désespéré ??? 

Barbara Oakley fait référence à la technique Pomodoro et nous propose une alternative intéressante. Alternative très gestaltiste pour les initiés ! Barbara Oakley est une professeure américaine en ingénierie, passionnée de sciences, de mathématiques et de méthodes d’apprentissage. C’est à elle que l’on doit le cours « Learning how to learn » ou « Apprendre à apprendre ».

Sa proposition pourrait se résumer ainsi : Ce n’est pas le but qui est important, c’est le chemin.   

Concrètement, que propose Barbara ? Elle nous invite à nous concentrer sur la mini-mission plutôt que sur le mini-objectif que vous avons en tête : nous concentrer sur ce que nous sommes en train de faire sans nous préoccuper du but que nous nous sommes fixés, passer d’une obligation de résultat à une obligation de moyens.

En termes de Pomodoro, notre discours intérieur se traduit ainsi : « Pendant 25 minutes, je vais travailler, réfléchir, avancer… ». Avancer sur le chemin sans penser au but.

Cette nuance n’a l’air de rien, mais elle peut faire toute la différence pour vous. Elle permet de mettre en place des conditions maximales « anti-stress ». Ce que vous avez à faire est simple : vous concentrer pendant 25 minutes sur un sujet (cours à réviser ou rapport de stage à écrire). Juste vous concentrer sur ce sujet pendant 25 petites minutes.

Alors ??? C’est possible ou pas ? C’est efficace pour vous ? A vous de tester… Et vous verrez bien ce que vous dit votre cerveau !