Quand une collègue, devenue depuis amie, me fait prendre conscience que les choses que je trouve insignifiantes, voire sans intérêt, sont précieuses et à chérir. Un kif absolu qui aurait pu passer inaperçu. À côté duquel je serais passer sans même m’en rendre compte…

J’ai habité et travaillé pendant un peu moins de 2 ans à Amsterdam. Échange d’un lundi matin avec Marianne, ma binôme hollandaise avec qui je travaille. Un échange apparemment anodin entre collègues au lendemain d’un week-end qui se demandent poliment ce qu’ils ont fait les deux derniers jours passés et si ledit week-end était bon.

Marianne me demande donc ce que j’ai fait la veille : un dimanche particulièrement doux et ensoleillé pour la saison (et je bénis le ciel de ne pas avoir à supporter le traditionnel couplet des « au-dessus des normales saisonnières » puisque je ne pipe rien au batave…). Mon compagnon et moi avons l’habitude d’occuper nos week-ends à sillonner le pays ou à découvrir des nouveaux endroits dans Amsterdam. Nous avions décidé d’un week-end tranquille et nous n’avions rien fait de particulier. Telle a donc été ma réponse : « Nothing special. »

Et Marianne de me répondre : « Moi, j’ai pris un café en terrasse. Au Café de Jaren. Au soleil. Maurice (son amoureux) m’a rejointe et on a passé un long moment à discuter. Il faisait beau. C’était un super moment ».

Heu… A ce moment précis, j’ai pris conscience que je passais à côté de mon bonheur. Moi aussi, j’avais pris un café au soleil en terrasse. En compagnie de celui qui partageait ma vie. On avait discuté de nos prochaines vacances : un échange enthousiaste et aux perspectives réjouissantes. Moi, j’avais vécu le MÊME MOMENT. Et pour moi, c’était RIEN DE SPÉCIAL.

Cet échange date de plus de 15 ans. Et je m’en souviens chaque jour. Parce qu’il a résolument transformé MA MANIÈRE DE VOIR LES CHOSES et DE LES VIVRE.

Avant, je passais à côté de mon bonheur. Non pas parce que je ne vivais pas de moments heureux. Moi aussi, j’avais vécu un moment identique et en avais éprouvé beaucoup de plaisir. C’est peut-être cette dimension qui me frappe le plus : j’avais éprouvé du plaisir et de la joie en ce dimanche après-midi. Ne serait-ce que pour cette dimension émotionnelle agréable, il aurait été juste de donner un peu plus d’égard à ce moment. Seulement voilà, ce moment ne méritait pas pour autant  l’étiquette « SPÉCIAL ». Il était classé dans la catégorie des choses sympas et anodines.

Et c’est à ce moment précis, un lundi matin, sur une esplanade de Sloterdijk, un gobelet de café à la main et une cigarette dans l’autre, que j’ai décidé de changer mon regard sur le cours de ma vie. Le cours quotidien, le cours régulier, le cours de tous les jours.

Cette prise de conscience de mon peu de considération pour les moments simples mais importants a modifié :
– ma manière de CONSIDÉRER les moments de mon quotidien qui m’apportent plaisir, bien-être ou joie
– ma manière de VIVRE ces moments-là : un peu comme si la considération que je leur accordais maintenant leur conférait plus de valeur
– ma manière de les ANTICIPER et de les PRÉPARER : comme on se prépare pour une fête, je m’habillais le coeur (comme pourrait dire la Rose du Petit Prince)

Depuis cette discussion d’un lundi matin, je chéris les moments tels que : prendre un café au soleil, déjeuner avec une amie, regarder ma série préférée (du moment) avec un repas thaï tout juste livré à domicile, marcher longuement dans les rues au petit matin quand il fait froid et sec, m’offrir un verre de vin en lisant un magazine…

Il ne s’agit pas de porter un regard nombriliste sur chaque moment vécu. Il ne s’agit de s’observer de manière égotique. Il s’agit de prendre conscience de chaque moment qui nous permet d’éprouver une émotion agréable. Il s’agit de donner une importance à chaque moment qui nous rend heureux, sereins ou joyeux. Il s’agit d’honorer chaque petit bonheur. Chaque petit kif qui pourrait passer inaperçu dans la quête souvent romanesque et grandiose du Bonheur.

Cette discussion apparemment légère d’un lundi matin m’a permis de comprendre que le Bonheur avec un grand « B » n’existait pas. Il n’est pas de sentiment d’extase constant ou d’état persistant de gaie plénitude.

C’est la somme de chaque petit kif qui fait que nous sommes heureux.
C’est la somme de chaque petit kif qui fait que nous sommes heureux.
C’est la somme de chaque kif qui fait que nous sommes heureux. 

Il n’y a pas de petit kif. Il y a des moments simples de kif absolu. Il y a des moments éphémères de pur bonheur. C’est en prenant conscience et en donnant valeur à chacune de ces expériences que nous nous construisons une vie heureuse. Quelle que soit le contenu de notre existence et la réalité de notre quotidien. Parce qu’un café au soleil, un magazine attendu et enfin feuilleté, une discussion avec une amie, un repas partagé avec un proche, un rayon de soleil qui nous effleure la joue au travers de la vitre d’un train… font notre quotidien.

Quel que soit notre vie, aussi difficile ou douloureuse soit-elle, il est (au moins) un de ces instants dans notre quotidien. Ne laissons pas passer inaperçu ce kif total. Accordons toute sa valeur à chacun de ces moments de bonheur absolu.

 

 

Crédit Photo Boîte Cranienne 

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