Changer, c’est toujours difficile. Même quand le changement nous ouvre de meilleures perspectives. Une condition préalable pour changer : avoir conscience de ses limites, de ses lacunes ou de ses difficultés. C’est là que le syndrome du médecin apparait ! Quand constater son ignorance devient insupportable…

Le syndrome du médecin nous empêche de voir nos limites, il dissimule nos lacunes et efface nos difficultés. Et nous restons campés sur nos acquis sans bouger d’un pouce… et sans grandir d’un iota !

Je vais te raconter une anecdote parmi tant d’autres…

 

Toi qui es médecin… ne lis pas la suite de cet article. Tu ne vas pas aimer. Et pourtant…
le respect que j’ai pour t
on savoir n’en serait que décuplé.
Ce ne serait plus seulement l’expert que je respecterai. Ce serait toi. Tout simplement. 

 

Un de mes proches qui est tombé malade il y a 2 ans. Un truc qui aurait dû se régler en quelques jours à coup d’antibiotiques (parce que oui, c’était bien une bactérie ! #lesantibiotiquescestpasautomatique). Seulement voilà, le traitement avait un effet passager et son arrêt entrainait une rechute.
Qu’à cela ne tienne, voilà une batterie de tests qui détermine que cet antibiotique n’était pas le plus adapté (#antibiogramme). Nouvel essai de traitement soldé par un même échec et une même rechute. Nouvelle batterie de tests en ce deuxième mois de souffrance et nouvel antibiotique testé.
Je te passe les essais successifs et la montée en puissance (prise orale, injection intradermique, injection intra-musculaire). Je ne suis pas médecin mais je comprends ce processus de recherche de diagnostic et cette démarche scientifique d’ajustement de traitement. Et je te suis reconnaissante de cette persévérance et de ta ténacité.

Seulement voilà… après 9 mois de tests inopérants et d’examens de plus en plus invasifs, il fallait bien se rendre à l’évidence : la médecine en l’état actuel de ses connaissances ne savait NADA-QUE-DE-CHIE-PEAU-DE-ZOB sur ce qui se passait et n’avait AUCUNE FUCKING IDÉE de la manière de traiter cette « chose ».

Et là… j’ai pensé aux managers que j’ai accompagné(e)s ou formé(e)s au cours de ces 7 dernières années. J’ai pensé à cette question posée sur LinkedIn par Gaël Chatelain : « si vous deviez choisir le pire défaut d’un manager ». Ma réponse : IGNORANT.
1- Ignorant du métier de manager (qui est un vrai métier et qui s’apprend comme tout métier)
2- Ignorant de la dimension relationnelle de ce métier (si, si, ce sont des vrais gens qu’on manage)
3- Ignorant de son ignorance (quand on ne sait qu’on est un mauvais manager, voire un manager tout court).

IGNORANCE… de nos limites, de nos lacunes et de nos difficultés. Nous devons savoir et accepter que nous sommes incompétents ou défaillants sur une tâche donnée à ce moment précis. C’est seulement à ce moment-là que nous pouvons nous remettre en question. Il faut parfois du courage pour accepter notre impuissance. Et ça pique un peu parfois…

Et ça a dû piquer velu pour le médecin de mon anecdote ! A tel point qu’il lui a été impossible de faire le constat de ses limites : aujourd’hui, en l’état actuel de ses connaissances (et celles de la médecine du XXIème siècle), il ne comprenait pas et ne pouvait pas répondre aux attentes de son patient (un diagnostic et un traitement afférent).

Alors… quelles réactions possibles quand il nous est impossible de reconnaître nos limites, nos lacunes ou nos difficultés ? Persister dans la toute puissance et sauver la face du sachant.

Il a été proposé à ce patient de subir d’ultimes tests : invasifs et douloureux. Je ne suis pas médecin et mon ami non plus. Mais… en se penchant sur cette ultime proposition, nous nous sommes posés la même question : QUEL EST LE RAPPORT AVEC LA CHOUCROUTE ??? WTF !!!! Quel rapport entre ces examens, la spécialité de ce médecin et les symptômes ?? C’est la réponse qui me fait écrire cet article.

 

Chers Happy Brainies, que les choses soient bien claires entre nous : cet article ne dénonce pas
le processus de recherche d’une maladie ou d’un dysfonctionnement qui doit,
parfois, passer par des procédés douloureux et invasifs.
Cet article ne dénonce aucunement les limites du savoir : c’est la raison pour laquelle les recherches
se poursuivent en permanence pour comprendre et guérir.
Cet article n’est pas non plus un procès à charge du corps médical :
j’ai la chance de vivre dans un pays où bon nombre de maladies sont éradiquées et
où je peux bénéficier d’une consultation d’un médecin compétent en plein milieu
de la nuit si c’est nécessaire.
(Par pitié, mon cher Happy Brainy, évite les commentaires sur le secteur hospitalier
en France,le système de soins, le manque de personnel… par pitié…
ce n’est pas l’objectif de cet article)

 

La réponse de ce médecin ne présentait pas ces ultimes recherches comme un élargissement du domaine d’investigation (un peu comme dans Dr House ;-)) ou une appréhension holistique de ces foutus symptômes. NON. La réponse disait combien il était IMPENSABLE de lâcher l’affaire et de reconnaître ses limites.

Ô toi, médecin, si tu savais comme je t’aurais respecté, estimé, admiré si tu avais constaté humblement ton impuissance et tes limites.

Je pense à nouveau aux managers de ces 7 dernières années : bien-sûr qu’il est difficile de reconnaître sa propre incompétence. Fusse-t-elle « pour cette tâche donnée, à ce moment donné ». Je pense à ces grands managers que j’ai croisé(e)s. Quelque soit leur niveau hiérarchique. A ces managers LUCIDES et COURAGEUX. Qui constatent les limites, reconnaissent des lacunes et prennent conscience de leurs difficultés. C’est ceux et celles qui ont pu progresser, s’améliorer, apprendre, changer et grandir. Et que j’admire.

La vie est parfois étrange… j’ai consulté un spécialiste il y a quelques mois. Qui a recueilli tout mon respect, mon admiration et mon estime. Il ne pouvait rien de plus pour moi et on arrêtait là. Parce que l’état actuel de la médecine ne connaissait pas la réponse à ma question. Je me suis interrogée sur ce qui avait permis un tel constat de sa part et surtout un partage avec moi. Au delà de son courage, de sa lucidité et la confiance suffisante qu’il a certainement en ui et en ses compétences pour en reconnaître les limites.
Peut-être que nous aussi, patients, nous avons notre part de responsabilité dans le regard que nous portons sur le personnel soignant et sachant. Peut-être que nous ne permettons pas cette liberté et ce juste bilan. Peut-être que, malgré nous, nous mettons dans la situation notre attente enfantine d’omnipotence.Comme nous pouvons le faire partout en tant que collaborateur face à un manager, en tant qu’apprenant face à un formateur, en tant qu’étudiant face à un prof. Peut-être…

Sans constat de là où on est : aucune chance d’aller plus loin. Sans constat des limites qu’on a atteintes, aucune chance de devenir un meilleur manager, un meilleur formateur, un meilleur enseignant, une meilleure version de soi.  Ce que je sais… c’est que je ne sais rien parfois… 

 

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