Le burn-out toucherait 2 salariés sur 10 selon une étude Think réalisée en 2015. Mais le burn-out (ou épuisement professionnel) n’est pas seulement un fléau salarié. Le burn-out touche les étudiants, les jeunes mamans et… les entrepreneurs/euses. La preuve : ça m’est arrivé. Récit de Ka. di F., 48 ans, entrepreneuse, burnoutée. PARTIE 1 : POURQUOI ?

 

Quoi ??? Quand on monte sa boîte, on y fait bien ce que l’on veut !!! Comment peut-on être sujet/te au burn-out quand on est entrepreneur/se ? C’est une question ô combien pertinente ! A laquelle je n’ai pas la réponse. Je peux seulement et simplement témoigner de ma propre expérience. Comment j’ai fermé ma première boîte après 2 ans et demi d’existence au moment même où arrivaient ce que j’attendais depuis la création de Mikado & Co : les appels entrants (Vous avez trouvé mon offre de team building sur internet ?? Comme ça ? Sans me connaître ? Whaaaaa !!!!!!), les propositions de partenariats (J’attendais ça depuis des mois : co-créer des offres d’accompagnement avec d’autres cabinets) et des demandes de clients pour de nouvelles missions (Hum… Ça vous a plu ? Vous en demandez encore ??). J’ai fermé Mikado & Co en septembre 2013. Raison : burn-out.

 

 POURQUOI ??  C’EST PARTI POUR LES 7 FACTEURS qui m’ont fait exploser en vol !

 

FACTEUR 1 : I CAN DO IT!

Passer de salariée dans le monde de la direction de projets informatiques à indépendante dans le secteur du conseil et de la formation revient à monter 2 marches à la fois. Et 2 marches à gravir en même temps… c’est trop haut ! J’ai créé Mikado & Co dans un secteur où personne ne me connaissait ! Si je disposais de solides bagages pour me lancer dans ce métier (en termes de formations, de pratiques d’accompagnement et de connaissance du monde de l’entreprise), qui le savait à part moi ? Personne !

J’ai observé mes pairs (formateurs/trices, coachs, consultants/tes) et la manière dont ils s’y étaient pris pour monter leur petite-entreprise : ils/elles avaient tous/toutes débuté en étant que prestataires dans un cabinet/boîte de formation. Pour deux raisons : celle de se faire connaître dans le milieu et de gagner leurs galons ET celle de se faire connaître par les participants et leur entrentreprise.  J’ai bien commencé à travailler pour des cabinets qui me « prestaient » chez leurs propres clients pour animer des formations clé-en-mains mais j’ai surtout développé très rapidement mes programmes-à-moi ! Et comme j’ai une éthique, moi, Môssieur, je n’en ai surtout pas parlé aux participants et clients des formations que j’animais (normal… je le faisais pour le compte des cabinets qui m’employaient… et même si je n’étais pas une de leurs employées, c’était tout comme pour moi : je ne vends pas ma came dans le dos de mes clients !).

Je m’étais ainsi défini une barre à franchir bien haute : en 2 ans, je devais avoir réalisé ce que mes pairs avaient mis 5 ans à faire. Pourquoi ? Parce que I CAN DO IT ! Pas parce que je suis plus douée que les autres ! Parce que les allocations de retour à l’emploi (le chômage, hein !) couvraient cette période et que si je travaillais beaucoup et bien, ça devait le faire ! Quoi ?? Qui a parlé de petite voix intérieure ?? Quoi ?? Sois parfaite ?? Fais des efforts ?? Désolée… je ne vois pas de quoi vous parlez…

Et petite cerise financière sur le gâteau : à cette époque, la création d’une entreprise permettait de recevoir 15 mois MAXIMUM d’allocations. Alors… sans être docteur en mathématiques, une personne normalement constituée et dotée d’un solide bon sens paysan aurait créé son entreprise à quel moment ? Attention pour les non-matheux, on s’accroche sur la démonstration suivante : 24 – 15 = 9 mois. Il est pertinent de créer son entreprise au 9ème mois de sa période de chômage. Pourquoi ? (Oui, j’en rajoute pour ceux et celles que j’ai perdus en route…) 9 mois comme auto-entrepreneur par exemple PUIS 15 mois à la tête de son entreprise = 24 mois avec l’assurance d’avoir une rentrée d’argent mensuelle. Trop simple. Trop facile. Moi, j’ai monté une SASU dès le début. 15 mois de couverture et BASTA ! Et une SASU, ÇA-SUce en termes de charges et autres cotisations…

 

FACTEUR 2 : JE VEUX QUE CE SOIT PARFAIT !

J’ai construit Mikado & Co comme la petite boutique parfaite de quand-on-joue-à-la-marchande-quand-on-est-petite. J’ai écrit des programmes, des formations, des solutions d’accompagnement collectif, des coachings individuels à thème (pour les managers, pour les commerciaux), des solutions de team-building. Non seulement, j’ai présenté le contenu, les objectifs, le dispositif pédagogique et les modalités de tous ces produits mais j’ai aussi écrit le contenu !!!! Oui, Môssieur !!!! Le contenu !

Et je ne voulais pas parler de mon projet avant que tout soit bien fini et joliment présenté sur les rayons de ma petite boutique « Mikado & Co ». J’attendais le moment de son inauguration. Une sorte de vernissage pour sortir du bois et dire au monde : ENTREZ, C’EST OUVERT !

Autant vous dire que ce processus est une aberration créative à 2 titres : tout d’abord, je construisais ce que je pensais être opportun (sans demander à mes clients ou à mes prospects ce que EUX voulaient) puis je définissais tout de suite un produit fini à livrer (sans penser « agile » en livrant de manière itérative un produit évolutif).

Quand je regarde le dossier « MIKADO & CO » sur mon Mac, je suis effarée (et époustouflée, j’avoue) de TOUT ce que j’ai produit. WTF !!!!! Mais où ai-je puisé toute cette énergie et cette créativité ? Aujourd’hui, je peux vous le dire : dans la fraîcheur et l’enthousiasme des 18 premiers mois. Parce que la dernière année s’est plutôt passée en mode « poubelle » !

 

FACTEUR 3 : JE BOSSE SEULE SUR LA TABLE DE MA CUISINE

Qui dit « indépendante », dit… « indépendante » ! Non ? Et bien, moi, Môssieur, je bosse SEULE sur la table de ma cuisine. Et j’en concocte des choses ! Oh que oui ! Je passe la journée seule comme un rat (de bibliothèque) et je bosse-bosse-bosse.

Quand tout va bien, c’est parfait. Et ça correspond même plutôt bien à mon caractère solitaire d’ours des montagnes (j’ai un côté très animal finalement… hum…). Mais quand le doute arrive, la fatigue se fait sentir, la pression monte… l’ours est toujours seul face à son destin (un peu comme Sisi mais sans sa tripotée fraternelle et son Papi Li). Et c’est là que ça pique un peu…

L’isolement est un facteur de stress important et un des paramètres qui peut conduire au burn-out. Être entouré(e) permet de relativiser une situation, de demander et d’obtenir de l’aide, de partager des situations similaires et à minima d’adresser son mal-être à autrui. Les neurosciences valident ce modèle vertueux de tissu social et le bénéfice presqu’immédiat de mettre en mots ses maux émotionnels.

J’ai juste oublié qu’être « autonome » et « responsable » ne veut pas dire « indépendante ». Être adulte, ça veut dire être « responsable » et « autonome ». Certainement pas « indépendant ». Parce qu’être adulte, ça veut dire « savoir demander de l’aide ».

 

FACTEUR 4 : JE CHARGE (TROP) LA MULE

Mikado &  Co a été le théâtre de beaucoup de missions et beaucoup de clients. Peut-être que vous connaissez cet adage de l’entrepreneur : « on ne sait de quoi demain sera fait ». Mais on sait bien de quoi aujourd’hui est fait : accepter cette mission qui s’offre à nous. Parce qu’on ne sait jamais…. Et puis, ne dit-on pas que les 2 premières années de création d’une boîte sont synonymes de « travailler comme un chien » ? Ben oui, parce que sinon, c’est le couperet de la 3ème année ! Oui, Môssieur, celui du retour de bâton « Trésor Public » qui fait même fermer des boîtes qui fonctionnent !!! Oui, qui fonctionnent ! Mais qui n’ont pas assez de trésorerie pour honorer ses charges et cotisations. Alors : engrange les missions ! Tout ce qui est pris n’est plus à prendre.

En avant les missions et les échéances courtes ! En 2012 et 2013, mon compagnon et moi avons beaucoup voyagé : chaque voyage en avion, chaque attente dans un aéroport, chaque respiration dans un trajet étaient rentabilisés. Une aubaine pour compléter un Powerpoint, pour écrire un déroulé de formation, pour finaliser un support, pour construire une formation from scratch. Si j’avais réussi à préserver les vacances comme des parenthèses ressourçantes et reposantes, je me réservais le droit de définir toutes les transitions entre la table de ma cuisine et les rues de San Francisco, les plages de Hawaï ou les montagnes italiennes, comme des moments dédiés au travail. Et quel travail !!!! Une somme considérable ! Que je ne rentabilisais pas forcément : dans le métier de formateur, de consultant ou de conférencier, il y a les « one-shot » (on crée, on produit et on livre une solution pour un client et basta !) et les « to-be-recycled » (pour un client, on crée, on produit et on livre une solution dont le contenu pourra être ré-utilisé pou une autre mission ou pour un autre client). A cette époque, j’ai beaucoup produit des « one-shot » : beaucoup de travail avec un rentabilité niveau zéro… Pfffff… je suis fatiguée rien qu’en l’écrivant ! Et bien en deçà de mon état de fatigue grandissant de l’époque.

 

FACTEUR 5 : J’AI ÉTÉ CAUSETTE DANS UNE VIE ANTÉRIEURE

Mikado &  Co a été le théâtre de beaucoup de missions, beaucoup de clients et… beaucoup de temps perdu ! A force d’animer des formations et d’accepter des missions, je m’éloignais de mon objectif : devenir entrepreneuse pour proposer MES OFFRES. J’étais en train de devenir formatrice et consultante.

Parenthèse pour toi, Happy Brany qui lit cet article avec intérêt et attention : dans le monde idéal, c’est bien ce que j’aurais dû définir comme objectif premier = devenir formatrice et consultante. Faire ce métier pendant 2 ou 3 ans PUIS monter ma boîte-à-moi. Je te rappelle cependant que ce N’EST PAS l’objectif que je m’étais fixé. Mon objectif : développer ma boîte-à-moi. La preuve : j’ai monté une SASU qui me coûte cher. J’ai même décroché le graal de tout formateur qui se respecte : l’agrément et le numéro de formateur !!!!!

J’ai perdu de vue mon objectif : développer un accompagnement différenciant et innovant. Celui que j’avais en tête quand j’ai créé Mikado & Co. Je l’ai OUBLIÉ ! Je prenais des missions, des missions et encore des missions qui n’avaient d’autre d’intérêt pour moi que de « faire rentrer du cash » : mon obsession ! J’ai dû être causette dans une vie antérieure : je vivais avec la peur au ventre de me retrouver sans le sou. La dimension de précarité (certes existante) dans le statut d’indépendant me hantait.

J’ai donc beaucoup travaillé en m’éparpillant et en répandant au passage : énergie, sens, direction. En n’étant pas pour autant rassurée : je gagnais peu d’argent somme toute, m’éloignais de mon objectif de développement business et étais épuisée. Well done, baby ! Heu… d’ailleurs, baby… tu n’aurais pas un peu oublié que tu avais une rentrée d’argent mensuelle ?? Assurée pour 15 mois ? Et bien, j’avais occulté cette donnée ! Causette, un jour, Causette, toujours !

 

FACTEUR 6 : JE KIFFE LE CHALLENGE

Un de mes drivers, un des trucs qui me font vibrer, un de mes kifs absolus, c’est le challenge. Ça provoque en mois ce niveau de stress suffisant et raisonnable qui me pousse au mouvement, me donne le sourire, provoque l’excitation et fait fonctionner mon cerveau de la manière la plus rapide et pertinente possible. J’A-DO-RE !

Changer de métier répond parfaitement à cette exigence ! Comme ça tombe bien , dis-donc ! J’étais donc toujours dans cette zone de turbulences que j’affectionne. Celle qui se trouve entre la zone de confort et la zone de panique totale. PAR-FAIT ! Mais la zone de turbulences est gourmande en énergie : c’est parce que nous avons la conviction d’avoir les ressources nécessaires face aux contraintes d’une situation que nous pouvons appréhender sereinement cette situation et ne pas être sujets au stress. Je puisais donc dans ces ressources précieuses pour relever tous les défis qui m’étaient proposés. Seulement voilà… à force de toujours puiser dans ses ressources et ne jamais être dans sa zone de confort, on finit par s’épuiser… et j’ai fini par me fatiguer d’être toujours sur le pont de la performance et l’exigence.

 

FACTEUR 7 : JE « SUIS » MA BOÎTE 

On est dans les deux premières années de vie de la boîte, oui ou non ? On doit bouffer-dormir-respirer sa boîte, oui ou non ?? Heu… surtout quand on travaille sur la table de sa cuisine en fait… Il est d’autant plus difficile de séparer le temps professionnel du temps privé quand les espaces dédiés à ces temps sont LES MÊMES ! Ce mélange des genres accentue les situations du genre : « On regarde une série… mais si je finissais mon compte-rendu en même temps ? », « Mon mec ne rentre pas dîner : youppi !!!! Toi, la table de la cuisine, tu vas garder ton statut prestigieux de bureau pour quelques heures encore ! ».

Tout était mélangé ! Les espaces, les temps et moi. Une espèce de gloubiboulga Mikado-esque ! Et si je gardais précieusement les vacances (sur-place ! Pas les moments pour m’y « emporter » !) comme des trésors OFF à protéger, j’avais lâché l’affaire sur les soirées et les week-ends. Quoi ??? Mais non, ce n’était même pas une corvée : j’aimais bien chercher des photos pour illustrer une présentation en regardant d’un oeil un épisode de ma série préférée, j’adorais passer le dimanche après-midi à faire ma compta en écoutant de la musique (oui, je sais… ça étonne tout le monde… je kiffe la compta… ça me détend). J’adorais ! Et c’est bien ça le problème : quand on aime, on ne compte pas. Et petit à petit, mon cerveau a fonctionné en mode exclusif Mikado & Co : en flux tendu. Et quand on se nourrit trop d’une seule chose, on finit par être écoeuré(e) et à éclater d’en avoir trop mangé !

 

NOTE POUR VOUS, MES CHERS HAPPY BRAINIES

Je ne suis pas friande de ce genre d’exercice #moi #memyselfandi #moije #maviemonoeuvre
Cet article reprend une conférence-témoignage que j’ai animée sur l’invitation de Marina Bourgeois et Caroline Averty de Oser Rêver Sa Carrière le 12 février 2018. Invitation que j’avais déjà acceptée en juillet 2017 pour les Samedi du Burn-Out (un évènement organisé par Marina et Catherine Borie). Invitations acceptées pour une seule raison : si mon témoignage peut éviter un burn-out à un(e) entrepreneur/se, donner des clés pour identifier les prémices, informer, sensibiliser, donner des outils pour prévenir… alors ça vaut le coup de mettre de côté ma pudeur et ma réserve. Merci, Mesdames ! 

Vous voulez en savoir plus sur le burn-out ? Mon histoire résonne chez vous ? Vous reconnaissez certains signes ? Elles le font bien mieux que moi parce que c’est leur expertise et leur domaine de compétences : Sandra Boré de EfferveScience et Catherine Borie.
Un article précieux de Sandra pour détecter les signes d’alerte… « Burn-out is coming » :  À LIRE 

À LIRE :
PARTIE 2 : LES 7 CONSÉQUENCES
PARTIE 3 : LES 7 APPRENTISSAGES

Join the discussion 4 Comments

  • Mireille Eyermann dit :

    Sans doute un épisode douloureux mais qui a permis de monter Happy Brainies 🙂
    Il ne faut pas forcément enfanter dans la douleur mais quand c’est le cas, la valeur de l’expérience n’a pas d’égale.
    Merci Karine pour ce partage fort et tout en humour.

    • Ka dit :

      Merci, Mireille ! Tu as raison : c’est grâce à cet épisode que Boîte Crânienne est née. A lire très bientôt l’article sur « ET APRÈS : LES 7 APPRENTISSAGES ». Merci de me lire et de toujours m’encourager 🙂
      K.

  • Tricard dit :

    Merci pour ce témoignage. Je suis en train de sortir du salariat pour être indépendante suite à un burn out. Mais en vous lisant je sais qu’il faut que je sois très vigilante (ma table de cuisine et moi sommes souvent en mode buchage…)
    Il faudrait aussi créer une communauté pour ne pas nous laisser seuls nous les freelanceurs, entrepreneurs-ses.

    • Ka dit :

      Sabrina, je suis ravie que ce témoignage mette une petite alarme dans votre cerveau. Puisse ce témoignage prévenir et sensibiliser. Je me permets de vous inviter à vous inscrire à un groupe privé Facebook animé par Catherine Borie : « Assurer après un burn-out ». Ce groupe permet de garder cette petite alarme bienveillante active et de partager le « APRÈS ». Notamment quand on passe du salariat à l’entreprenariat.
      Un grand merci pour votre commentaire !
      K.

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