Quand nous apprenons quelque chose de nouveau, et spécialement quelque chose compliqué et difficile, notre cerveau doit pouvoir faire des allers-retours entre le mode diffus et le mode focus. Et utiliser deux sortes de flipper de l’apprentissage, comme nous l’explique le Docteur Barbara Oakley.

 

Le Docteur Barbara Oakley est une professeure américaine en ingénierie, passionnée de sciences, de mathématiques et de méthodes d’apprentissage. C’est à elle que l’on doit le cours « Learning how to learn : Powerful mental tools to help you master tough subjects ». C’est également à elle que l’on doit l’image du flipper cognitif.

 

♠ Barbara Oalkley ? Ca me dit quelque chose, Boîte Crânienne…
 ♠ Bonne mémoire, Happy Brainy ! Je vous ai déjà parlé d’elle dans « Mettez un post-it sur votre cerveau » : je faisais référence à sa conception, somme toute très gestaltiste, de se concentrer sur le contenu d’une tâche à réaliser plutot que sur le but de cette tâche.
♠ Mais oui ! Tu nous parlais des mini-missions à réaliser en 25 minutes (les Pomodoro !) et tu écrivais : « Je ne pense pas à la mini-mission que je dois réaliser. Je ne pense pas à l’objectif à atteindre. Je ne pense pas au but que je dois atteindre en 25 minutes. Je ne pense pas à la destination de mon Pomodoro. »
♠ Meurs-moi !!!! (une expression qui n’a de sens que pour une poignée de « vieux juifs blondes » et pour « un ami mort »…)  C’est moi qui ai écrit ça ??!! Aïe… Un vol de négations ! Baisse la tête ! Hihihi ! L’idée est juste : se concentrer sur le chemin plutôt que sur le but, porter son attention sur ce que l’on est en train de faire plutôt que sur le résultat. En gros, c’est me plonger dans l’écriture de ce post en me concentrant sur chaque mot plutôt que me focaliser sur le moment où je vais pouvoir programmer sa publication et rayer la ligne « post de la semaine » sur ma To-Do-List.

 

Nous sommes familiers avec le mode focus : « Le mode focus est utilisé quand on cherche à résoudre un problème, à rédiger un rapport ou à exécuter un mouvement particulièrement complexe. Un effort conscient est fourni pour obtenir et maintenir ce niveau de concentration ». (« Neuro Learning, Les neurosciences au service de la formation », Dr Nadia Medjad, Philippe Gil et Philippe Lacroix, Ed. Eyrolles).

Boîte Crânienne vous en parle et re-parle : il est important de savoir focaliser son attention, savoir comment se concentrer et le rester ! On parle alors de « mode focus » : notre attention est focalisée sur une nouvelle notion à apprendre, sur un concept à comprendre ou sur un problème à résoudre.  La pensée focus emprunte des chemins connus : notre réflexion s’appuie sur des chemins neuronaux familiers et sur nos acquis.

 

Regardez le flipper gauche :
le flipper du « focused mode » (ou mode focus) comporte des bumpers très proches les uns des autres sur lesquels la bille de notre pensée va rebondir. Dans le flipper-focus, la bille va suivre un tracé déjà connu : une trace mnésique déjà existante d’un apprentissage ancien. C’est d’ailleurs un des leviers de l’apprentissage : rattacher une nouveauté (un concept, une idée, un mouvement) à un élément déjà connu et donc présent dans la mémoire. C’est ainsi qu’apprendre à résoudre une équation à deux inconnues s’appuie sur la maîtrise de la résolution d’une équation à une inconnue.

 

 

♠ Je suis nul en maths, Boîte Crânienne… Tu m’expliques autrement ?
♠ Apprendre ou comprendre quelque chose de nouveau est possible et facilité par l’existence d’une autre chose qui lui ressemble et qui est déjà stockée dans notre mémoire. Généralement quelque chose de plus simple et de plus facile : je peux me lancer dans les revers au tennis parce que je connais les coups francs, je peux lire « Moby Dick » parce que j’ai lu et compris « Le Petit Prince »…
♠ Je comprends… C’est le principe de toute pédagogie bien faite : du plus simple au plus complexe !
♠ Exactement, Happy Brainy ! Et ce principe est un des outils les plus performants pour apprendre et mémoriser : « rattacher cette chose nouvelle et inconnue à quelque chose connu et familier »

 

C’est donc un levier de l’apprentissage que celui de « passer par un chemin déjà connu » : la bille part dans notre flipper-focus…. et BAM ! Nous comprenons un concept, nous saisissons une idée, nous résolvons des problèmes.

« Mais que se passe-t-il quand la résolution de notre problème nécessite de nouvelles idées, de nouvelles approches, des concepts auxquels on n’a jamais pensé  ? », interroge Barbara Oakley.

 

Regardez à nouveau l’image du cours du Docteur Barbara Oakley : imaginons que la solution à ce problème soit symbolisé par le chemin tracé en vert.
On ne le connait pas. Il est encore inexistant.
Pour le faire naître, on a besoin d’une nouvelle idée, d’une nouvelle approche, d’un concept auquel on n’a encore jamais pensé…. Comment faire ??

 

 

Vous avez envie de crier à votre cerveau : c’est en bas à gauche !!!! Le chemin vert !!!! Barbara Oakley nous rappelle, qu’à ce stade de réflexion, nous NE SAVONS PAS où est ce chemin neuronal, ni à quoi il ressemble. Regardez bien le flipper-focus… trop de bumpers qui bloquent le passage et qui guident notre « bille de pensée » vers des chemins déjà empruntés.

Nous avons besoin de lancer notre « bille de pensée » un autre flipper : le flipper du « diffuse mode ». Notre pensée parcourt un chemin totalement nouveau et est très peu stoppée par les bumpers du flipper-diffus. Quand notre cerveau passe en mode diffus, il établit de nouvelles connexions et découvre ainsi des ressources qu’il ignorait jusqu’à lors. Penser en mode diffus revient à penser « à l’aveugle » pour découvrir une autre vision des choses : différente, plus élargie, plus globale ! Et pour trouver le nouveau chemin neuronal qui nous menera à la solution.

Nous ne connaissons pas (encore !) le chemin neuronal approprié pour résoudre ce problème ou comprendre cette idée. Alors… il est bon de laisser notre pensée se « perdre » dans les méandres de notre cerveau et emprunter des chemins de traverse ! C’est à ce moment-là que nous cessons de réfléchir. Et que nous avons des idées de génie !

Dali et Edison étaient adeptes de la pensée en mode diffus qu’ils activaient dans une sieste Eurêka : ils exportaient leurs « visions » et ses « fulgurances » du mode diffus pour les exploiter en mode focus. Les productions du mode diffus sont ainsi transférées dans le mode focus pour devenir un terreau sur lequel se concentrer et construire consciemment des idées et des solutions.

Les modes diffus et focus fonctionnent de manière alternative et sont tous deux indispensables à l’apprentissage. « Ils se complètent et se renforcent mutuellement. (…) Utiliser les deux modes de manière stratégique permet une mobilisation optimale des ressources. » On ne peut utiliser les deux modes en même temps : le Docteur Barbara Oakley donne l’image des 2 faces d’une même pièce de monnaie. Soit notre pensée se concentre en mode focus, soit elle vagabonde dans le mode diffus.

Le docteur Nadia Medjad nous rappelle que le mode focus est valorisé et enseigné dans notre système éducatif. Qu’en est-il du mode diffus ? « … si nous savons tous mobiliser le mode focus, nous n’avons pas appris à utiliser le mode diffus ». Pourtant, il est tout aussi important que le mode focus.

Lancez votre « bille de pensée » dans un flipper-diffus et étonnez-vous !  Comment faire ? Notamment avec la sieste Eureka ou… le lavage de dents !
Vous avez votre méthode-à-vous ? Partagez-la !

 

 

Photo extraite du cours du Dr Barbara Oakley « Learning How to Learn: Powerful mental tools to help you master tough subjects », University of California, San Diego

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