La petite fille qui était plus intelligente que l’école

J’ai rencontré une maman. La maman d’une petite fille extraordinaire. Une petite fille qui avait très vite compris à quoi servait l’école. Et qui avait aussi compris que l’école ne lui disait pas toute la vérité et n’était pas toujours logique. La petite fille était plus intelligente que l’école et ses problèmes ne faisaient que commencer.

L’histoire de cette petite fille commence à l’école maternelle. Elle est un peu différente des autres. Elle ne veut pas dessiner ni écrire. Mais elle sait déjà lire !Affolement général : la maîtresse, le directeur de l’école puis les parents par contagion. A l’école, on s’inquiète à juste titre de tout dysfonctionnement. C’est rassurant. A l’école, on n’aime pas les enfants différents. C’est inquiétant.

Psy, spécialiste, pédo-spécialiste, psycho-spécialiste… tout va bien dans le cerveau de cette petite fille. Et tout va bien pour les fonctions motrices de cette petite fille. Elle n’a juste pas envie d’écrire. Personne ne lui demande pourquoi.

La petite fille entre à l’école primaire. Bon… c’est pas l’tout, comme on dit à Lyon, mais va falloir faire un effort, petite ! A l’école primaire, on apprend à lire et on valide qu’on sait lire en écrivant. On donne du sens à des traits, des courbes et des points : ce sont des lettres qui, assemblées, forment des mots. Des mots qui, assemblés, forment des phrases, des récits, des livres entiers.

Cette petite fille est intelligente. Intelligente au sens de Piaget (qui est ma définition préférée !) : elle sait s’adapter. Et elle s’adapte à son environnement avec facilité et finesse. Elle se saisit de son stylo-bille et commence à tracer des lettres. Puis des mots au son de la dictée. Puis des phrases dans une très courte rédaction qui lui est demandée à propos des vacances de Noël.

Son tracé n’est pas très assuré. Ses mots ne sont toujours très lisibles. Mais « ça fait le job », comme on dit chez les commerciaux. La maîtresse est contente. Les parents sont contents. La petite fille est contente. Enfin… presque !

Parce qu’elle observe ce qui l’entoure. Et remarque avec justesse et pertinence que plus personne autour d’elle n’écrit avec un stylo. Tout le monde tape sur un clavier. Et elle, elle adore le bruit et le contact des touches. Si l’écriture lui est difficile (certes, elle n’a pas de problèmes moteurs, mais elle n’a pas la dextérité attendue pour une enfant de son âge) et déplaisante (elle n’aime pas écrire avec un stylo), elle a plaisir à écrire sur un clavier. un clavier d’ordinateur, de tablette, de téléphone.

Elle SAIT qu’elle a le moyen de répondre aux exigences de son CP : elle peut tout écrire sur une tablette ou un ordinateur. Elle elle ne comprend pas pourquoi elle ne peut pas le faire.

Moi, j’ai deux mots fétiches dans la vie. Deux mots que je pourrais me faire tatouer tellement ils sont puissants dans ma vie et m’ont toujours guidée. Un de ces mots est :  OBJECTIF.

Parce que c’est bien ça dont il s’agit : QUEL EST L’OBJECTIF ???
QUEL EST L’OBJECTIF D’ÉCRIRE UNE DICTÉE ? Selon moi, il s’agit de valider la connaissance de l’orthographe et la maîtrise de la grammaire.
QUEL EST L’OBJECTIF D’ÉCRIRE UNE RÉDACTION ? Selon moi, il s’agit de valider la capacité à construire une histoire, l’habilité de la syntaxe, la connaissance de l’orthographe et la maîtrise de la grammaire.
NON ??!! Dans ces deux situations, il ne me semble pas que l’OBJECTIF PRINCIPAL soit de valider que l’on sait tenir un crayon pour former des lettres. Je me trompe… ou bien  ?!

 

Ne vous méprenez pas… je ne dis pas qu’il est inutile d’apprendre à écrire avec nos petits doigts. Ce n’est pas ce que je défends. Ce que je défends, c’est le point de vue de cette petite fille qui est plus pertinente que moi. Elle écrit sans faute, elle est même plutôt douée en rédaction et elle aime la lecture. Elle a compris l’objectif de l’école : apprendre à lire et à écrire. Elle ne comprend pas les modalités de validation de cet apprentissage. Elle a une logique implacable ! « Je sais lire. Je sais écrire. » Elle a atteint l’objectif.

Pour cette année de CP, elle a l’intelligence de s’adapter à son environnement et se force à écrire « avec les doigts ».

Un peu plus loin dans son parcours d’école primaire, l’intelligence de cette petite fille se révèle encore plus puissante. Et les problèmes qu’elle cause à son maître et à ses parents sont aussi plus importants. Elle refuse de réciter ses leçons en classe.

Nouvelle convocation des parents. Nouvelles investigations entreprises pour comprendre son comportement. Psy, spécialiste, pédo-spécialiste, psycho-spécialiste… tout va bien dans le cerveau de cette petite fille. Elle a une explication implacable et rationnelle. Personne ne la lui demande.

Et moi, je souris de bonheur en écoutant l’explication de cette petite fille que me rapporte sa maman : « Mais je sais la leçon, Maman. J’ai pas besoin de le montrer ».

L’intelligence de tout comprendre prend parfois le pas sur celle de s’adapter en se fondant dans le décor. Ce n’est plus possible de faire semblant pour cette petite fille. ELLE A COMPRIS. Elle a compris quel était l’objectif de l’école. L’absurde de la situation prend le pas sur la capacité d’adaptation : la pensée logique et rationnelle de cette petite fille l’empêche de jouer un jeu qui n’a pas de sens pour elle. Et pour toute intelligence rationnelle et logique (si nous, adultes, étions parfaitement honnêtes, logiques et rationnels).

QUEL EST L’OBJECTIF DE L’ÉCOLE ? Selon moi, il s’agit d’apprendre des choses. Non ?!

 

Quand on prend le temps d’interroger cette petite fille, on se rend compte qu’elle sait tout. A quoi sert l’école, ses leçons de maths, sa poésie, le cours d’histoire… Elle a travaillé et a tout appris. Elle sait aussi que son travail d’élève est de SAVOIR. Pas de régurgiter ce qu’elle a appris.

Alors là… vous allez me dire… Boîte Crânienne, tu pousses le bouchon un peu loin ! Et vous aurez certainement raison. Comment voulez-vous valider les connaissances d’un élève sans l’interroger ? Pas faux… Et vous pourriez même ajouter qu’un des rôles de l’école est la socialisation et l’apprentissage des règles sociales. Pas faux non plus…

Pas faux… mais pas tout à fait !
– Soyons purement logiques. Froidement logiques. Quel est l’objectif ? Apprendre des choses. Si je les ai apprises, j’ai rempli ma mission d’élève. Basta !
– Je pense que la fonction première de l’école est de transmettre des connaissances et si je suis consciente de sa dimension socialisante, je pense qu’elle se trouve dans d’autres sphères telles que les activités extra-scolaires par exemple. Selon moi, l’objectif principal de l’école est de donner de la connaissance à ses élèves.

Je garde en mémoire la réaction de cette maman quand je lui dis « Elle a tout compris, votre fille, en fait : elle a compris que l’objectif de l’école est d’apprendre. C’est ce qu’elle fait. Pas de recracher les connaissances. Elle est puissamment logique. » Elle me regarde avec un demi-sourire espiègle : « Je sais bien… Mais ce n’est pas ce qu’on lui demande à l’école ! ». Je crois déceler une pointe de fierté et d’amusement cocasse.

Alors… moi qui n’ai pas d’enfants, j’aurais adoré avoir un enfant comme cette petite fille. Parce qu’elle est intelligente, pertinente et puissamment brillante. Elle a tout compris. Tout saisi d’un clignement de cil. Bien-sûr, c’est difficile d’être la maman de cette petite fille : elle ne rentre pas dans le moule, elle se met en marge à l’école et elle rencontre des difficultés d’intégration dans notre système scolaire. Bien-sûr que ça doit être compliqué…

Mais je serais pétrie d’admiration pour cette enfant plus intelligente que l’école. Cette enfant plus intelligente que moi. Cette enfant qui me forcerait à réfléchir au sens des choses et à interroger ce qui me semble défini et immuable. Une enfant… philosophe ?!

Le flipper de l’apprentissage

Quand nous apprenons quelque chose de nouveau, et spécialement quelque chose compliqué et difficile, notre cerveau doit pouvoir faire des allers-retours entre le mode diffus et le mode focus. Et utiliser deux sortes de flipper de l’apprentissage, comme nous l’explique le Docteur Barbara Oakley.

 

Le Docteur Barbara Oakley est une professeure américaine en ingénierie, passionnée de sciences, de mathématiques et de méthodes d’apprentissage. C’est à elle que l’on doit le cours « Learning how to learn : Powerful mental tools to help you master tough subjects ». C’est également à elle que l’on doit l’image du flipper cognitif.

 

♠ Barbara Oalkley ? Ca me dit quelque chose, Boîte Crânienne…
 ♠ Bonne mémoire, Happy Brainy ! Je vous ai déjà parlé d’elle dans « Mettez un post-it sur votre cerveau » :
je faisais référence à sa conception, somme toute très gestaltiste, de se concentrer sur le contenu d’une tâche
à réaliser plutot que sur le but de cette tâche.

♠ Mais oui ! Tu nous parlais des mini-missions à réaliser en 25 minutes (les Pomodoro !) et tu écrivais :
« Je ne pense pas à la mini-mission que je dois réaliser. Je ne pense pas à l’objectif à atteindre. Je ne pense pas
au but que je dois atteindre en 25 minutes. Je ne pense pas à la destination de mon Pomodoro. »

♠ Meurs-moi !!!! (une expression qui n’a de sens que pour une poignée de « vieux juifs blondes » et
pour »un ami mort »…)  C’est moi qui ai écrit ça ??!! Aïe… Un vol de négations ! Baisse la tête !
Hihihi ! L’idée est juste : se concentrer sur le chemin plutôt que sur le but, porter son attention sur ce que
l’on est en train de faire plutôt que sur le résultat. En gros, c’est me plonger dans l’écriture de ce post
en me concentrant sur chaque mot plutôt que me focaliser sur le moment où je vais pouvoir programmer
sa publication et rayer la ligne « post de la semaine » sur ma To-Do-List.

 

Nous sommes familiers avec le mode focus : « Le mode focus est utilisé quand on cherche à résoudre un problème, à rédiger un rapport ou à exécuter un mouvement particulièrement complexe. Un effort conscient est fourni pour obtenir et maintenir ce niveau de concentration ». (« Neuro Learning, Les neurosciences au service de la formation », Dr Nadia Medjad, Philippe Gil et Philippe Lacroix, Ed. Eyrolles).

Boîte Crânienne vous en parle et re-parle : il est important de savoir focaliser son attention, savoir comment se concentrer et le rester ! On parle alors de « mode focus » : notre attention est focalisée sur une nouvelle notion à apprendre, sur un concept à comprendre ou sur un problème à résoudre.  La pensée focus emprunte des chemins connus : notre réflexion s’appuie sur des chemins neuronaux familiers et sur nos acquis.

 

Regardez le flipper gauche :
le flipper du « focused mode » (ou mode focus) comporte des bumpers très proches les uns des autres sur lesquels la bille de notre pensée va rebondir. Dans le flipper-focus, la bille va suivre un tracé déjà connu : une trace mnésique déjà existante d’un apprentissage ancien. C’est d’ailleurs un des leviers de l’apprentissage : rattacher une nouveauté (un concept, une idée, un mouvement) à un élément déjà connu et donc présent dans la mémoire. C’est ainsi qu’apprendre à résoudre une équation à deux inconnues s’appuie sur la maîtrise de la résolution d’une équation à une inconnue.

 

♠ Je suis nul en maths, Boîte Crânienne… Tu m’expliques autrement ?
♠ Apprendre ou comprendre quelque chose de nouveau est possible et facilité par l’existence
d’une autre chose qui lui ressemble et qui est déjà stockée dans notre mémoire. Généralement quelque chose
de plus simple et de plus facile : je peux me lancer dans les revers au tennis parce que je connais les coups francs,
je peux lire « Moby Dick » parce que j’ai lu et compris « Le Petit Prince »…

♠ Je comprends… C’est le principe de toute pédagogie bien faite : du plus simple au plus complexe !
♠ Exactement, Happy Brainy ! Et ce principe est un des outils les plus performants pour apprendre et
mémoriser : « rattacher cette chose nouvelle et inconnue à quelque chose connu et familier »

 

C’est donc un levier de l’apprentissage que celui de « passer par un chemin déjà connu » : la bille part dans notre flipper-focus…. et BAM ! Nous comprenons un concept, nous saisissons une idée, nous résolvons des problèmes.

« Mais que se passe-t-il quand la résolution de notre problème nécessite de nouvelles idées, de nouvelles approches, des concepts auxquels on n’a jamais pensé  ? », interroge Barbara Oakley.

 

Regardez à nouveau l’image du cours du Docteur Barbara Oakley : imaginons que la solution à ce problème soit symbolisé par le chemin tracé en vert.
On ne le connait pas. Il est encore inexistant.
Pour le faire naître, on a besoin d’une nouvelle idée, d’une nouvelle approche, d’un concept auquel on n’a encore jamais pensé…. Comment faire ??

 

Vous avez envie de crier à votre cerveau : c’est en bas à gauche !!!! Le chemin vert !!!! Barbara Oakley nous rappelle, qu’à ce stade de réflexion, nous NE SAVONS PAS où est ce chemin neuronal, ni à quoi il ressemble. Regardez bien le flipper-focus… trop de bumpers qui bloquent le passage et qui guident notre « bille de pensée » vers des chemins déjà empruntés.

Nous avons besoin de lancer notre « bille de pensée » un autre flipper : le flipper du « diffuse mode ». Notre pensée parcourt un chemin totalement nouveau et est très peu stoppée par les bumpers du flipper-diffus. Quand notre cerveau passe en mode diffus, il établit de nouvelles connexions et découvre ainsi des ressources qu’il ignorait jusqu’à lors. Penser en mode diffus revient à penser « à l’aveugle » pour découvrir une autre vision des choses : différente, plus élargie, plus globale ! Et pour trouver le nouveau chemin neuronal qui nous menera à la solution.

Nous ne connaissons pas (encore !) le chemin neuronal approprié pour résoudre ce problème ou comprendre cette idée. Alors… il est bon de laisser notre pensée se « perdre » dans les méandres de notre cerveau et emprunter des chemins de traverse ! C’est à ce moment-là que nous cessons de réfléchir. Et que nous avons des idées de génie !

Dali et Edison étaient adeptes de la pensée en mode diffus qu’ils activaient dans une sieste Eurêka : ils exportaient leurs « visions » et ses « fulgurances » du mode diffus pour les exploiter en mode focus. Les productions du mode diffus sont ainsi transférées dans le mode focus pour devenir un terreau sur lequel se concentrer et construire consciemment des idées et des solutions.

Les modes diffus et focus fonctionnent de manière alternative et sont tous deux indispensables à l’apprentissage. « Ils se complètent et se renforcent mutuellement. (…) Utiliser les deux modes de manière stratégique permet une mobilisation optimale des ressources. » On ne peut utiliser les deux modes en même temps : le Docteur Barbara Oakley donne l’image des 2 faces d’une même pièce de monnaie. Soit notre pensée se concentre en mode focus, soit elle vagabonde dans le mode diffus.

Le docteur Nadia Medjad nous rappelle que le mode focus est valorisé et enseigné dans notre système éducatif. Qu’en est-il du mode diffus ? « … si nous savons tous mobiliser le mode focus, nous n’avons pas appris à utiliser le mode diffus ». Pourtant, il est tout aussi important que le mode focus.

Lancez votre « bille de pensée » dans un flipper-diffus et étonnez-vous !  Comment faire ? Notamment avec la sieste Eureka ou… le lavage de dents !
Vous avez votre méthode-à-vous ? Partagez-la !

 

 

Photo extraite du cours du Dr Barbara Oakley « Learning How to Learn: Powerful mental tools to help you master tough subjects », University of California, San Diego

Dali, Edison et moi : La Sieste Eureka

Quel lien existe-il entre un peintre surréaliste, un inventeur de génie et moi ?  La sieste ! Mais pas n’importe quelle sieste : « La Sieste Eureka ». Pour comprendre de nouveaux concepts, pour inventer de nouvelles idées et pour résoudre des problèmes.

 

Comment Salvador Dali inventait ses peintures incroyablement créatives ? Il est un des premiers à avoir « conceptualisé » le mode de pensée qui s’active quand nous fermons les yeux pour « un mini dodo ». Dali était intrigué par les images qui nous apparaissent lorsque nous nous endormons ou lorsque nous sommes sur le point de nous réveiller.

 

Mais de quoi tu parles, Boîte Crânienne ? Des images qui apparaissent
quand on s’endort ou quand on se réveille ? Tu sais que la privation de sommeil a des effets néfastes
sur l’équilibre psychique… Tu es surmenée en ce moment ou bien ?!

Je comprends que cette anecdote peut paraître étrange. Moi, quand je m’endors, je vois
des images super bizarres : des frigos qui 
marchent, des têtes de monstres, des équations mathématiques
qui résument ma journée… Oui, je sais… « Rain Man, sors de ce corps ! »
pour le coup des équations mathématiques. 

Oh malheur… Tu me fais un peu peur…

Fais l’expérience ! Au moment de sombrer dans les bras de Morphée, observe l’écran mental
qui occupe ta salle de 
cinema intérieure. Ferme les yeux maintenant en essayant de regarder « le noir
qui est devant tes yeux ». Avant de s’endormir, c’est à cet endroit que des images apparaissent pour
la plupart des gens. Il est important de ne pas forcer le processus : des images sont présentes ou pas.
Si c’est le cas, il convient de « seulement regarder », « simplement observer » sans tenter de modifier ou de
créer quoique ce soit.

♥ C’est un peu le principe de la méditation, ça ? Observer ce qui est présent sans chercher à l’influencer
ou à le changer ?

♥ Wahooo ! Je suis super fière de toi ! C’est exactement ça ! Parenthèse : tu sais comment ça s’appelle,
ce que tu viens de faire ? Des liens entre une connaissance stockée dans ta mémoire et une nouvelle donnée.
Et ça me donne une idée : je ferai un article sur ce procédé cognitif qui nous permet d’apprendre !

 

Dali était fasciné par ce processus créatif qui ne demandait aucun effort et qui avait une dimension surréaliste puissante (surréaliste, je confirme : les frigos qui marchent, les têtes de monstres…)  : des images intenses, colorées et étranges. Il s’est alors lancé dans une série d’expériences pour re-créer les conditions propices à cette fertilité créative et capturer ainsi ces images fantastiques.

On raconte que sa technique favorite était la suivante : il posait une petite assiette sur le sol, s’asseyait sur une chaise à proximité, tenait une cuillère dans la main qu’il plaçait à la verticale de l’assiette. Il détendait alors les muscles de son corps et se détendait comme s’il voulait dormir. Il fermait les yeux et s’enfonçait dans le pays des rêves peu à peu… jusqu’au moment où il lâchait la cuillère qui tombait alors bruyamment dans l’assiette !

 

Cette stratégie permettait à Dali de ne pas sombrer dans le sommeil tout en profitant des ces prémices. Il pouvait alors donner vie aux images qu’il avait pu capturer en les représentant sur des toiles. Cette technique a pour vocation de penser en mode diffus.

 

Dis, Boîte Crânienne, ça me dit quelque chose… « penser en mode diffus »…

♥ Il y en a au moins un qui suit… tous les posts ! Tu as raison : j’en ai déjà parlé
dans Se laver les dents permet d’avoir des idées de génie.

 ♥ Ha ! Je savais bien ! Et si je me souviens bien, tu disais que le mode diffus est idéal quand
un problème nous résiste ou quand on a du mal à comprendre quelque chose.

♥ Je suis épatée… C’est tout à fait ça : quand nous « sentons » que la nouveauté (un concept, un problème…)
nous résiste et que nous aurions besoin d’ajouter des barrettes à notre CPU, d’ajouter des cordes à
notre arc mental, d’ajouter de l’eau neuve à notre moulin ! C’est un peu comme si nous nous sentions
prisonniers de ce que nous savions déjà et que nous nous sentions enfermés dans notre manière familière
de réfléchir. Nous avons besoin de nous « décaler », de prendre de la hauteur ou de respirer par le nez
pour appréhender ce qui nous est inconnu.

 

Si vous avez lu Se laver les dents permet d’avoir des idées de génie, vous savez déjà que le mode diffus ne fonctionne pas seulement pour les artistes ! Et oui… si vous découvrez Boîte Crânienne et que vous êtes en train de lire ces lignes, vous vous interrogez peut-être sur la pertinence de cette stratégie pour trouver le fil rouge d’une soutenance de thèse, pour comprendre un mouvement complexe, pour résoudre une équation de mathématique ou pour trouver la solution à un problème relationnel avec votre client préféré. Non ?

 

Je laisse l’histoire de Thomas Edison répondre à cette interrogation : le mode diffus est-il approprié pour des raisonnements plus scientifiques, plus cartésiens, plus académiques ? Edison est un des inventeurs les plus brillants de l’Histoire. Edison s’installait confortablement dans un fauteuil en tenant des roulements à billes dans une de ses mains. Il se relaxait ainsi : laissant son esprit vagabonder et sombrer peu à peu « vers » le sommeil. Quand il s’endormait, les roulements à billes heurtaient le sol bruyamment et le sortaient de sa torpeur endormie. Tout comme le faisait Dali, Edison avait trouvé un moyen pour aller aux frontières du sommeil sans pour autant entrer dans le pays des songes.  Et tout comme Dali, Edison revenait du mode diffus avec de nouvelles idées et d’innovantes solutions.

Quand notre cerveau passe en mode diffus, il établit de nouvelles connexions et découvre ainsi des ressources qu’il ignorait jusqu’à lors. Penser en mode diffus revient à penser « à l’aveugle » pour trouver le nouveau chemin neuronal qui nous menera à la solution.  Nous ne connaissons pas (encore !) le chemin neuronal approprié pour résoudre ce problème ou comprendre cette idée. Alors… il est bon de laisser notre cerveau se « perdre » dans ses méandres et emprunter des chemins de traverse ! C’est à ce moment-là que nous cessons de réfléchir. Et que nous avons des idées de génie !

 

Si la compréhension de nouveaux concepts ou la résolution d’un nouveau problème nécessite de saisir les choses autrement, il convient donc à notre cerveau de penser autrement. Et donc de faire une petite sieste « Eureka » ! 

 

♥ J’aime pas les siestes ! Ca me déprime… Ca me fait penser aux siestes obligatoires en
classe de maternelle avec Madame Céline…

♥ Rassure-toi, Happy Brainy ! Moi, par exemple, je me lave les dents ! Si, Si !

♥ Mais oui… C’est ce que tu racontes dans Se laver les dents permet d’avoir des idées de génie !
Et comment tu as sauvé ton DEA grâce à Colgate (Note du modérateur d’antiquités digitales :
un DEA est l’ancêtre du MASTER 2)

♥ C’est ça ! Le principe reste le même : cesser de réfléchir. Oublier. Ne plus chercher à résoudre un problème.
Ne plus chercher à comprendre. Ne plus chercher tout court. Laisser son esprit s’échapper…
En plus du lavage de dents, je suis devenue adepte de La Sieste Eureka !

 

Alors…

Profitez des moments de rêverie, des piquages de nez après déjeuner ou des sieste-éclair la tête posée sur votre bureau ! Profitez du mode diffus qui vous ouvre les portes d’un monde créatif et inventif. Profitez !!! Puis ouvrez les yeux : « Eureka! I got it! »

 

Stop au travail ! Oui au plaisir !

Stop au travail ! TRAVAIL : rien que le mot me donne déjà envie de faire autre chose. En 2017, je propose d’arrêter de travailler. Et d’inventer un nouveau mot pour réviser ses cours, rédiger une thèse, travailler sur un dossier ou rédiger une présentation. Un mot qui rime avec « plaisir ».

 

« Il faut que je mette au travail », « J’ai du boulot à faire », « Allez,  je vais bosser »… Ça pique un peu, non ? Pourquoi le mot « travail » me tend immédiatement ?

Peut-être parce que qu’étymologiquement, « travail » veut dire : « appareil formé de trois pieux, utilisé pour ferrer ou soigner les animaux ou comme instrument de torture pour punir les esclaves ».
Aïe… je comprends mieux pourquoi ça pique un peu tout de même ! « Tripalium »… Un mot dont les sonorités évoquent très facilement la torture et la souffrance.
Le travail désigne l’effort physique ou intellectuel qui doit être accompli pour faire quelque chose ou obtenir un résultat recherché. Effort… encore une notion judéo-chrétienne qui nous incite à trimer, à suer à grosses gouttes, à besogner et à peiner pour avoir « la satisfaction du travail accompli ». Ainsi, le travail se définit comme étant toute activité dont le produit a été obtenu par un effort ou sous la contrainte. STOP !

Pourquoi STOP ?! Parce que notre cerveau aime les émotions positives, la dopamine, le plaisir… le kiff, quoi ! « Un certain niveau d’émotions négatives perturbe, voire empêche, l’apprentissage » (OCDE, « Comprendre le cerveau, naissance d’une science de l’apprentissage », 2007). « Contrairement aux émotions désagréables dont l’effet est de réduire le champ d’action en focalisant l’individu sur la source de ses émotions, les émotions agréables semblent au contraire avoir un effet d’élargissement de la pensée et du comportement. Leur influence apparaît favorable, tant ur le bien-être que sur la performance » (« Neuro Learning, Les neurosciences au service de la formation », Dr Nadia Medjad, Philippe Gil et Philippe Lacroix, Eyrolles).

Pensons plaisir !!!! Et penser plaisir a un effet inattendu sur la procrastination : si vous avez suivi les articles sur le sujet (ICIICI, ICI , ICI et ICI !), vous aurez compris l’importance des émotions négatives dans le fait de procrastiner, émotions négatives engendrées par une tâche à réaliser (ou par la seule pensée de la réalisation de cette tâche).  

 

Rappel de la dimension anxiogène  : quand on procrastine et qu’on se réfugie dans
une activité plaisante plutôt que de travailler sur notre mémoire ou un cours à réviser, cela signifie
que la rédaction du mémoire ou le cours à réviser est un facteur de stress pour nous.
Pour 2 raisons possibles : soit l’activité nous stresse (on n’aime pas écrire, on se dit qu’on est nul en maths…),
soit l’enjeu est important (le mémoire va conditionner le passage dans la classe supérieure,
le prochain partiel est décisif dans la note globale).
Pour en savoir plus, lisez : « La procrastination est une drogue »

Dans les deux cas, la tâche devient un facteur de stress qui provoque une sensation physique désagréable.
Ou plutôt la seule pensée de cette tâche engendre le mal-être psychologique et physiologique afférent au stress.
Notre cerveau a alors tendance à vouloir « évacuer » cette source de stress et l’inconfort ressenti en
se concentrant sur une activité plaisante et agréable : surfer sur le net, faire une petite partie,
trier sa boîte mails, consulter son mur Facebook…. cette autre activité va immédiatement faire
« taire » le ressenti désagréable et nous nourrir de sensations de plaisir et de satisfaction.

 

Certes, l’effet positif est de courte durée et le plaisir ressenti est à court terme. Mais… notre cerveau est ainsi fait…

Alors ne donnons pas à notre cerveau de raison de procrastiner  ! Trouvons ou créons du plaisir dans chaque tâche à réaliser ! 

3 SOLUTIONS :

  • « Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie« , dixit Confucius. Il est vrai que c’est l’idéal vers lequel nous tendons quand nous changeons de travail ou montons notre propre projet. Il est des personnes autour de moi pour qui cette citation est une réalité : ils vivent leur rêve professionnel dans l’entreprise qu’il ont créée. Et les tâches qui sont moins plaisantes, voire rébarbatives, deviennent si acceptables qu’elles se font oublier. Si vous n’êtes pas dans cette situation, je pense qu’il est important de conserver cette citation à l’esprit. Comme un guide vers de nouveaux projets, vers un nouveau poste, vers une nouvelle mission. C’est une citation que j’aime rappeler aux étudiants en recherche de la filière qu’ils vont suivre : il est essentiel de s’orienter vers une formation qui soit source de motivation et qui donne envie. Comment passer des heures à étudier dans d’autres circonstances ? Possible, me diriez-vous… Peut-être même parce que vous-même l’avez expérimenté. Certes… mais à quel prix ?! Une ré-orientation tardive et une nouvelle vie professionnelle décidée dans le meilleur des cas. Un B-O dans les pires…

 

Heu… Boîte Crânienne… Un B-O, c’est quoi ?
♥ C’est une trilogie de B-O en fait : Burn-Out (syndrome d’épuisement professionnel),
Bore-Out (syndrome lié à l’ennui et au manque de travail) ou
Brown-Out (syndrome lié à la perte de sens au travail)
Et en parlant de trilogie et si ce sujet t’intéresse,
va faire un tour du côté de EfferveScience où Sandra Boré infuse une mine d’informations pour
les diffuser sur ce site.

 

  • Trouvez un aspect plaisant de la tâche à réaliser ou inventez-le !!!! Quel que soit votre métier ou quelles que soient les études que vous fassiez, il est toujours une tâche que vous n’aimez pas ou que vous aimez moins que les autres : une partie de votre job, une matière à étudier…. Trouvons du plaisir dans cette tâche : trouvons quelque chose qui nous plait et qui nous donne envie. Un exemple ? Ne serait-ce que la mise en page d’un document : centrons-nous sur le plaisir d’agencer les mots, de donner une identité graphique à  l’ensemble, de choisir des icônes ou des photos pour l’illustrer… Faisons-nous plaisir dans la réalisation de cette tâche. Demandons-nous avant de commencer : qu’est-ce qui me plait le plus ?

 

Quoi ?! Mais Boîte Crânienne, il n’y a absolument RIEN qui me plaise dans la rédaction
de ce mémoire ou dans la préparation du support de la prochaine réunion. R-I-E-N !

♥ OK ! Opération Rescue et utilisation de l’outil secret de tout bon coach ou psy qui se respecte…
le conditionnel ! Vous n’y croyez pas ?
Essayez… « S’il devait exister une partie de cette tâche synonyme de plaisir, ce serait quoi ? »

♥ Oh my godness… ça marche !

 

En cas de situation désespérée, j’utilise une solution Brain Hacking dont je vous avais déjà parlé comme solution anti-procrastination : « Changez de décor pour arrêter de procrastiner« . Pour mes pairs entrepreneurs, la comptabilité est une vraie plaie ! Parlez-leur de tâches administratives, de tableaux Excel à remplir ou de factures à rassembler et… c’est le drame !!! C’est tout ce qu’ils détestent. Leur argument est pertinent : ce n’est pas leur coeur de métier et ils n’ont aucune plus-value à exécuter ce genre de missions. Vrai ! Seulement voilà… Quand je serai grande, j’aurai un assistant pour s’occuper de tout ça. Aujourd’hui, moi et mes pairs, nous devons « nous y coller ». Et moi… j’adore !

 

♥ Quoi ?! Mais Boîte Crânienne, tu tapes dans les boîtes !
(Note pour toi, lecteur : « Tu tapes dans les boîtes » = Magnifique 
expression du pays des gônes pour désigner une perte totale de ses capacités mentales ou un comportement totalement aberrant)
♥ Absolument pas, mon Happy Brainy préféré ! Je kiffe le dernier vendredi après-midi de
chaque mois consacré à la comptabilité et aux tâches administratives… Pourquoi ?
Parce que je trompe mon cerveau en m’installant sur mon canapé pour le faire avec une série sur un iPad.
C’est mon après-midi « off » ou « sweet landing » pour atterrir en douceur vers le week-end.
Je coche deux cases en procédant de cette manière : je fais et finis ma compta ET je prends du plaisir
à suivre une série du coin de l’oeil ou de l’oreille.

♥ Pffff…. alors là… je dois dire que c’est du grand n’importe quoi ! Toi qui nous parles de concentration
et d’attention portées à l’instant présent… on ne peut pas dire que cette méthode soit l’exemple même
d’un engagement total de toutes tes capacités mentales dans une tâche. Donc tu perds du temps parce que
tu n’es totalement concentrée et tu ne profites pas vraiment de cet après-midi en mode « Jean-Michel OFF à moitié »
♥ Tu sais que j’t’aime, toi ? Comme ça me fait plaisir de voir que tu suis tout ce que je dis….
Et tu as entièrement raison. L’idéal serait de faire ma compta vendredi matin (qui serait terminée
en moins de temps qu’un après-midi entier) et de profiter pleinement et totalement d’une demi-journée
de repos. Ça, c’est l’idéal ! Dans ma vie-à-moi, je suis souvent très prise la dernière semaine de chaque mois
et ne peux dégager une demi-journée de détente. Alors, j’ai recours à cette technique de changement de décor
(Pour te rafraîchir la mémoire : C’EST ICI !) pour m’atteler enfin à ma compta.
Parce que je suis comme tout le monde, moi : je préfère écrire des posts, suivre un MOOC, monter une vidéo
plutôt que faire mon compte de caisse !

 

  • Il n’y a pas d’espoir pour remplir le point N°1 et le point N°2 ?? … Pensez « récompense » et « célébration » pour avoir accompli cette tâche ! Quand nous nous devons de réaliser une mission qui ne nous fait aucunement envie et dont la seule évocation nous fait soupirer, une seule solution : se récompenser de l’avoir accomplie ! Ca tombe bien : notre cerveau carbure au circuit de la récompense ! Et il y a un effet inattendu dans cette fabrique de dopamine : « Les travaux neuro scientifiques ont montré que les récompenses espérées et les récompenses obtenues engagent les mêmes circuits cérébraux. Autrement dit, s’attendre à un plaisir (ce qu’on peut rapprocher de la notion de désir) procure du plaisir avant même de l’expérimenter. Dans les deux cas, le système de la récompense s’active et libère de la dopamine. »

 

♥ Je t’arrête tout de suite, Happy Brainy ! Avant même que tu y penses…
NON ! N’y pense même pas ! Il est HORS DE QUESTION de rouler ton cerveau dans la farine !
Lui faire croire que, s’il engage toutes ses facultés cognitives dans l’apprentissage d’un cours que
tu détestes ou dans la rédaction d’un rapport financier que tu hais, tu le récompenseras…
pour ne pas le récompenser « dans la vraie vie »… C’EST NON !  Notre cerveau apprend et apprend vite…
Si cette stratégie de « mistifrisage de cerveau » peut fonctionner une fois,
elle ne fonctionnera pas deux fois !

 

Les Happy Brainies, à la semaine prochaine ! J’ai du trav… j’ai des choses à faire et du plaisir qui m’attend ! C’est d’ailleurs mon unique résolution pour 2017 : avoir du plaisir dans tout ce que je fais et que j’entreprends  !