« Il y a eu un petit problème », « On va faire une petite modification », « On va faire un petit point sur ton travail »… Derrière ce « petit » mot-airbag, se cache souvent un problème dramatique, une énorme modification ou un important recadrage. Ce qui est petit n’est pas toujours mignon mais part toujours d’une bonne intention pour annoncer une mauvaise nouvelle !

Quand nous voulons protéger autrui (et/ou nous-mêmes), nous avons tendance à mettre des mots-airbags dans notre discours : « petit » est le roi des airbag ! Mais… nos bonnes intentions ont parfois un effet délétère. Un véritable tsunami de stress et de tension ! Complètement à l’opposé de ce que nous voulions.

♥ Dis donc, Boîte Crânienne… Tu ne serais pas un peu schizo ?!
Dans « L’éloge de la petitesse« , tu nous as dit que tu aimais les mots : «PETIT», «MINI», «SMALL», «CH’TI» !!!

♥ Vrai ! Exceptionnellement, j’aime ces mots. Pourquoi ? Parce que « petit à petit »,
de petit pas en petit pas, de mini-mission en mini-mission, de ch’ti objectif  en ch’ti objectif ….
nous nous approchons du but que nous nous sommes fixé !  Tu veux en savoir plus ?
Lis (ou relis) « L’éloge de la petitesse : cultivons le Stupide Small » pour comprendre en quoi ce
qui « petit » est « puissant » pour atteindre son 
étoile.

« Petit »… est le roi des mots-airbags ! Vous avez remarqué que nous l’utilisons pour minimiser quelque chose d’important ou de grave. Et cette utilisation part TOUJOURS d’une bonne intention : amoindrir l’importance de la situation pour ménager notre interlocuteur (et/ou nous ménager nous-mêmes !).

« Il y a eu un petit problème » : nous préparons notre interlocuteur à l’annonce d’une mauvaise nouvelle mais tendons à amoindrir la gravité du problème en le qualifiant de « petit ». Nous visons un double mouvement en faisant ça : préparer notre interlocuteur à une mauvaise nouvelle en annonçant le contenu de notre discours (« Je vais te parler d’un problème ») ET le préserver le plus possible de cette mauvaise nouvelle (« Rassure-toi ! Il est petit, ce problème »).

Effet escompté : protéger notre interlocuteur et le préserver du stress d’une mauvaise nouvelle

Effet produit : notre interlocuteur se met immédiatement sur ses gardes et un pic de stress se fait ressentir

Pourquoi ??

1- Parce que, par expérience, notre interlocuteur SAIT que l’emploi de « petit » annonce une dimension tout autre voire complètement antinomique : le problème est loin d’être « petit » et cette mention même est la preuve que l’heure est grave. Notre interlocuteur, tout comme nous, a déjà utilisé ce mot-airbag et SAIT combien sa mention est signe de DANGER ! Il sait aussi pourquoi ce mot-airbag est mentionné : le protéger !

2- Dans le cerveau de notre interlocuteur, s’allume donc le signal DANGER et le niveau de stress augmente instantanément. Les réactions physiques apparaissent rapidement : bouche sèche, accélération du rythme cardiaque, mains moites… Notre interlocuteur a l’impression d’être cerné par des requins : chaque requin a un écriteau « PETIT » planté sur son museau effilé et tournoie autour de lui en arborant son plus beau sourire (de requin !). Le cerveau de notre interlocuteur est mis en situation d’alerte à la seule écoute de ce « petit » mot. Comme un trigger, ce « petit » mot déclenche la réaction immédiate : je me renferme sur moi-même et ne veux rien entendre de plus, je deviens agressif/ve pour me protéger ou je ne comprends rien à ce qui m’est dit et suis tétanisé(e).

RÉSULTAT : STRESS 1 – PROTECTION 0

Nous avons tous expérimenté cette situation et pourtant nous continuons à employer ces mots-airbags. Il y a le fameux « PETIT ». Il y a aussi le tout aussi couru : « JUSTE » comme dans « Il y a juste quelques modifications à faire ». Et le combo gagnant : « Il y a JUSTE quelques PETITES modifications à faire ». Quand vous entendez cette phrase prononcée par votre maître de recherche ou par votre boss, il y a fort à parier que votre mémoire ou votre présentation doit être TOUT ou en GRANDE PARTIE revu/e et modifié/e.

Faites le test ! Soyez attentif/ve… Quand vous entendez un mot-airbag dans une phrase qui vous est adressée, il est rare que la réalité soit telle qu’énoncée. C’est possible (Oui, parfois, il y a effectivement juste quelques modifications à faire) mais c’est rare.

UN INDICE POUR FAIRE LA DIFFÉRENCE ? LA DIFFÉRENCE entre un énoncé correct de la réalité (il y a effectivement juste quelques modifications à faire) et un énoncé tronqué de la réalité (heu… il va falloir presque tout revoir en fait…) ? Au delà de l’usage des mots-airbags, faites attention à deux choses :
1- le langage para-verbal utilisé : une voix douce, le ton rassurant, le rythme de voix changeant (soit plus rapide avec l’intention de minimiser l’importance des propos, soit plus lent pour signifier le soutien apporté)
2- le langage non verbal : le regard appuyé, le sourire rassurant, la tête un peu penchée sur le côté…
Bref… des indices visuels pour notre interlocuteur qui lui disent : DANGER ! DANGER !

♥ Dites à voix haute : « Il y a juste quelques petites modifications à faire ».
Dites le 2 fois.
1 fois en pensant que le message effectif est : il y a uniquement quelques modifications minimes à réaliser
1 autre fois en pensant que presque tout est à revoir et que vous craignez de froisser ou
de démoraliser votre interlocuteur qui a dépensé beaucoup de temps et d’énergie
dans la réalisation de ce projet.
Vous entendez la différence dans votre manière de dire ces mêmes mots
« Il y a juste quelques petites modifications à faire » ? Vous sentez la différence ?
Vous pouvez faire l’hypothèse que votre interlocuteur la ressent aussi…

Alors pourquoi continuons-nous à utiliser ces mots-airbags en prenant un air compatissant et un ton bienveillant ?

Parce que nous voulons prendre soin de l’autre en le protégeant. Nous avons envie de lui dire « Ca va aller. Ce n’est pas si grave. », voire « Je suis là, tu sais. ». Nous faisons tout pour minimiser l’impact d’une mauvaise nouvelle pour protéger autrui et bien souvent nous protéger nous-mêmes. Nous-mêmes ? Mais quel est le rapport avec nous ? La mauvaise nouvelle concerne l’autre pourtant, non ?

Nous cherchons à nous protéger de 2 sortes de conséquences possibles :
– Comment notre interlocuteur va-t-il réagir ? Notre interlocuteur va-t-il se mettre en colère ? « Quoi ? Encore des modifications ? Je commence à en avoir plus que  marre de tes modifs… Quoi encore ? «  Notre interlocuteur va-t-il fondre en larmes ? « Il y a eu un petit problème pendant la course ? Oh mon Dieu… mais comment ça, elle est gravement blessée ? Oh non…. » Nous imaginons ces réactions possibles et ne pouvons envisager d’y faire face. Nous nous sentons dépourvus (à tort ou à raison) de ressources pour accueillir ces manifestations émotionnelles.
– Notre relation va-t-elle résister à cette mauvaise nouvelle ? Très souvent, c’est le lien qui nous unit à notre interlocuteur que nous cherchons à préserver et à protéger. Nous craignons que l’annonce d’une mauvaise nouvelle ait raison de la relation qui nous unit à cet autre. Et nous nous appuyons sur la croyance erronée que le « droit au but » est la pire des solutions à choisir pour l’annoncer.

Nous touchons le coeur de nos bonnes intentions : la croyance selon laquelle « annoncer une mauvaise nouvelle de manière directe, c’est être méchant ou sadique ». Annoncer une mauvaise nouvelle de manière directe et « droit au but » serait LA CHOSE À ÉVITER À TOUT PRIX si on veut protéger l’autre, prendre soin de lui et lui signifier que l’on est compatissant et présent pour lui.
WRONG IDEA !!!!! C’EST TOUT LE CONTRAIRE !
C’est en annonçant directement une mauvaise nouvelle, en employant des mots justes et reflétant la réalité, en allant « doit au but » que nous atteignons notre objectif qui est : prendre soin de l’autre.

♥ Heu… Facile à dire, Boîte Crânienne ! Parce que c’est difficile d’annoncer
une mauvaise nouvelle directement, genre « PAF ! Voilà, ça, c’est dit ! ». En tous les cas,
je n’ai jamais réussi à le faire. Et je suis pas à l’aise en y pensant 
d’ailleurs…

Tu as raison : c’est difficile. C’est simple mais difficile. En tous les cas, la première fois.
C’est plus facile quand tu as une méthode toute simple pour structurer ton discours « droit au but »,
tu comprends pourquoi il est juste d’annoncer une mauvaise nouvelle de cette manière,
et surtout que tu expérimentes cette manière de faire et en mesures les avantages
(pour ton interlocuteur et pour toi). Au fait, ça marche pareil pour dire non à une demande.
C’est aussi difficile pour toi de dire NON ?

Pfff… Tu es dans ma tête ou quoi ?! 

Alors… arrêtons de tourner autour du pot et de ménager notre discours en mettant des mots-airbags partout ! Parce que « petit » n’est pas toujours mignon et a un effet délétère. Faisons honneur à la devise de l’OM : DROIT AU BUT !!! (ok, je sors…)

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