Si vous voulez savoir comment, en une seule nuit, on peut passer de « maître en soutenance de mémoire » à « lapin dans les phares muet et paralysé »… lisez ce qui suit et découvrez 3 indices pour rester un Super Cerveau !

Demain, je présente mon mémoire devant un jury de 10 personnes. Aujourd’hui, je répète ma présentation dans ma salle de bain. Oui, si vous me suivez, la salle de bain est un lieu particulier pour moi… 😊 Sans vouloir me vanter, je suis plutôt bonne : le plan est structuré, j’ai une introduction qui déchire, je fais même deux ou trois brins d’humour… En quelques mots, je suis le maître du monde et écarte les bras version « Leonardo di Caprio à la proue d’un bateau » et entendrais presque Céline Dion hurler que mon coeur continue de battre.

Demain, c’est aujourd’hui.

Et aujourd’hui, dans cette salle que je ne connais pas, face à ces gens que je n’ai jamais vus, sans note sous les yeux parce que c’est la consigne, je ne me souviens plus de rien et ne trouve plus mon souffle. Mon coeur s’est tellement emballé que j’entends ses battements forts. J’ai l’impression d’être un lapin dans les phares de ces 20 yeux qui sont braqués sur moi. Je sors de la salle : je suis déçue, triste et en colère. Et d’autant plus qu’hier, dans ma salle de bain, j’étais le maître du monde et présentais mon mémoire avec prestance, brio et panache. WTF !!!! Que s’est-t-il passé ??

2 EXPLICATIONS et 3 INDICES pour conserver notre costume de Suuuuper Cerveau !!

EXPLICATION N°1
Jouez au jeu des différences

Quelle est la différence flagrante entre ma salle de bain (ou mon salon ou ma chambre) et une salle d’examen (ou un bureau de maître de conférences ou une salle de réunion)… tic… tac… tic… tac… La réponse est : le nombre de coeurs qui battent dans la salle ! Quand je répète mes cours ou ma présentation, je suis seul(e). Et quand je soutiens un mémoire ou passe un examen, je le fais devant un autre être humain !!! Voire plusieurs !!!

Je vous ai déjà parlé de moi ? A part le post sur Pokemon Go et ma double vie de Maîtresse K ?

Ma conviction est celle de l’inscription indissociable d’un individu dans son environnement qu’il soit social, professionnel, amical ou familial. Nous sommes des êtres de rapports, de liens, de relations. Une manière de m’intéresser aux rapports entre les hommes a été de me pencher sur des règles qui gouvernent ces rapports : j’ai suivi une formation en droit. Puis, j’ai voulu comprendre le fonctionnement psychique et les comportements en étudiant la psychologie. Au carrefour de ces deux disciplines est la criminologie : l’étude du phénomène criminel. Je suis devenue profiler psychologique. Ou plutôt profiler relationnel. Parce qu’il est toujours question de relation à l’autre et à son environnement. Prenez un criminel et placez le dans une grotte, sans aucun contact avec d’autres hommes…. il n’y a pas de crime, pas de victime et il n’y a pas de criminel.

Et c’est là, le secret : nous sommes des êtres de relation, des êtres de lien, des êtres de contact. Et nous oublions parfois cette dimension relationnelle dans nos activités d’étudiants ou de professionnels. Ça se confirme parfois : « L’enfer, c’est les autres » ! 😱 C’est vrai en constatant que c’est face à cet autre/ces autres que nous perdons nos moyens, ressentons les effets du stress et sommes clairement moins bons qu’à « l’abri de notre chambre verte »

L’indice N°1 : tirer parti de cet apparent désavantage en faisant un avantage de la présence de l’autre. C’est en nous mettant en lien avec un examinateur, en contact avec le jury ou en relation avec un public que nous allons gagner en confort.

En nous souvenant que nous sommes des icebergs qui se rencontrent sous la surface de l’eau, nous pouvons nous mettre en lien avec l’autre sur un terrain universel : l’émotion ! Quand on sait se servir de ses émotions pour rendre son discours le plus personnel possible, on touche l’autre directement au coeur. Avec deux conséquences positives : on gagne en confort (on est moins stressé) et on embarque nos profs ou nos auditeurs dans notre présentation.

EXPLICATION N°2
Comment le lieu de répétition peut être un trou… de mémoire !

Quand on révise un cours, on a tendance à le réviser dans sa chambre, dans le salon ou dans sa salle de bain (oui… vous commencez à me connaître). Réviser un cours, préparer  une soutenance de mémoire ou d’une proposition commerciale, peaufiner la présentation d’un rapport de stage ou du rapport financier de l’année : même combat !!! Nous faisons travailler nos neurones : nous faisons appel à notre mémoire de travail pour organiser les informations, organiser des stratégies, nous rappeler de détails et tâchons de stocker des données dans notre mémoire à long terme. Pour mémoriser, nous répétons. Et très souvent dans un seul et même lieu.

Ce lieu devient alors un point de référence pour les mécanismes mnésiques à l’oeuvre : sans nous en apercevoir, la fenêtre est un repère qui appelle le premier chapitre ou le premier slide, la poignée de la porte ouvre la conclusion… Notre cerveau va construire de petites ancres invisibles dans notre environnement pour « accrocher » une idée, un concept, un titre. Un peu à la manière d’un palais mnésique, notre processus d’apprentissage et de mémorisation va s’attacher à des points fixes de l’environnement. Sortis de cet environnement, nous sommes dépourvus de ces repères et perdent le fil de notre restitution. Dans une salle d’examen ou dans un bureau autre que le nôtre, notre cerveau ne retrouve plus les ancres plantées précédemment dans le décor.

Et là, vous pourriez me dire… Dis donc, Boîte Crânienne, j’ai suivi un atelier avec toi sur la mémoire et tu nous as vanté les mérites du palais mnésique. D’ailleurs, j’ai testé et ça marche carrément bien ! Alors… pourquoi ça devient un problème dans le cas présent ? Hein ? Pourquoi ??

Parce que la technique de mémorisation n’est justement pas celle du palais mnésique. Le stockage des données a été réalisé sans avoir conscience des liens faits entre la fenêtre et le premier chapitre, la poignée de la porte et la conclusion. Nous avons appris sans avoir conscience que notre cerveau s’appuyait/s’ancrait sur des éléments physiques pour mémoriser. Et ça… c’est une des causes de notre perte !

L’indice N°2 : avoir un lieu de prédilection et des tas de lieux d’expérimentations (c’est-à-dire ne pas avoir de lieu particulier pour répéter une présentation ou réviser un cours)

Notre lieu de répétition a une autre dimension d’ancrage : un ancrage mental et émotionnel. Dans notre salon ou notre salle de bain, nous sommes détendus-détendus-détendus (comme dirait Gridou, une de mes étudiantes) !

En tous cas, nous devrions l’être parce que ICI et MAINTENANT, dans notre salle de bain ou notre salon, il n’y a aucun enjeu. Allez, hop ! Une petite piqure de rappel qu’un cerveau stressé est un cerveau qui vit dans le passé (« J’ai assez travaillé le sujet ? »… « Si j’avais su, j’aurais validé le plan plus tôt »… « Si c’était à refaire, je réviserais avec mon binôme…. ») ou se projette dans le futur (« Je vais mourir de peur devant les 10 jurés »…. « Et si je perds tous mes moyens »… « Et si je rate ma prestation ? »…) : bref, un cerveau stressé est un cerveau qui souffre de jetlag !

Donc… normalement, nous sommes détendus dans ce lieu de répétition et notre cerveau peut alors déployer ses ailes de Super Cerveau : créatif, pertinent, connaissant plein de choses, se souvenant de plein d’autres choses et faisant de liens entre elles. L’endroit où nous révisons ou répétons devient un cocon rassurant et apaisant. Sortis de cet environnement, nous perdons la sensation associée et bien souvent nos moyens ! Bref, nous prenons de plein fouet la situation présente comme un facteur de stress important :  et ici, l’enjeu est important. On ne joue pas sa vie mais tout de même : il s’agit d’une soutenance de mémoire, d’un examen de fin d’année ou d’une présentation de dossier. On doit bien l’avouer, on est un peu stressé. Et être enfermé dans un endroit moins agréable que notre-chez-nous, voire dans un lieu totalement inconnu, nous rend les choses encore plus compliquées !

 L’indice N°3 : emporter sa chambre ou sa salle de bain pour passer un examen ou soutenir un mémoire. Vous avez bien lu : emporter ce lieu sécuritaire et sécurisant avec soi. Et hop ! Bon… Peut-être pas TOUTE la chambre ou la salle de bain, mais un objet qui la symbolise. 

Envie d’en savoir plus pour rester un Super Cerveau ? Continuez à suivre Boîte Crânienne avoir d’autres indices…

 

Illustration de Greg Guillemin / “Secret life of heroes”

Join the discussion 2 Comments

  • Sandra dit :

    Moi je répète devant mon chat… j’amène mon chat ?
    Plus sérieusement : et si on répète avec un oculus rift qui simule un stade blindé ? Histoire qu’à côté le jury de 10 personnes… pfff, de la rigolade !

    • Karine dit :

      Amener son chat… Hum… Un peu compliqué parfois ! En revanche, tu peux visualiser ton chat au milieu de ton audience ou emporter son ch’ti collier avec toi pour te sentir comme à la maison

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