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Nous sommes des icebergs : 10% dans la tête et 90% dans le corps et le coeur. Quand nous nous rencontrons, quelle est la partie de nous qui entre en contact la première ? Regardez la photo… BAM ! Dans nos 90% ! En plein  dans l’émotionnel ! Et si en plus, la Reine des Neiges vient souffler son vent paralysant… On est bien seul au milieu d’un océan d’émotions qu’on ne comprend pas, qu’on ne maîtrise pas et dont on ne sait quoi faire face à l’autre…

 

Nous sommes des êtres émotionnels : quand nous entrons en contact avec un autre, nos émotions sont les premiers indices de cette rencontre. Et ce sont ceux qui restent le plus dans notre mémoire.

Faisons un test : Vous souvenez-vous du premier cours de maths de cette année ? Vous souvenez-vous de la dernière réunion avec votre big boss venu des US ? Ou vous souvenez-vous de moi si vous m’avez vue en conférence ? Il y a peu de chance que vous vous souveniez de premiers mots prononcés ou des phrases d’introduction. En revanche, vous gardez en mémoire votre impression : c’était sympa, elle ne m’a pas plue, c’était drôle, je l’ai adorée tout de suite… Ce que vous avez ressenti est gravé dans votre mémoire. L’impact émotionnel de la situation et de la rencontre avec un autre est ce que nous expérimentons en premier : avant de penser, nous ressentons. Et cet impact est  tellement prégnant qu’il reste dans notre grenier à souvenirs.

Quand nous sommes en relation avec un autre, ce sont également nos émotions qui nous permettent de le comprendre, de nous ajuster à lui tout en prenant en compte ce qui nous anime. Il est question ici d’intelligence émotionnelle. Moi, je préfère le terme d’intelligence relationnelle : nos émotions naissent de contacts avec notre environnement et influencent nos relations avec cet environnement.

Je vais partager avec vous une expérience que j’ai vécue lors d’un accompagnement d’équipe pour illustrer les différentes dimensions de l’intelligence émotionnelle et l’importance de mettre en mots pour construire une relation authentique et responsable. Les prénoms ont été changé et le contexte également.

J’assiste à la scène suivante : une femme (que nous appelerons Mathilde), rentrant d’un long congé, dit à ses collègues combien il est difficile pour elle de reprendre ses marques et de se trouver sa place au sein de son équipe. Un de ses collègues (que nous nommerons Romain) lui répond qu’elle ferait bien de lever un peu le pied et qu’elle en fait vraiment trop ; et ce, avec un débit très rapide, une voix sèche et un regard froid. Un ton que l’on pourrait qualifier d’agressif. Et c’est bien de cette manière que Mathilde a vécu les propos de Romain : elle s’est sentie agressée, a interprété ses phrases comme un reproche et ne se sent pas très bien. Elle tâche de faire bonne figure au sein de son équipe en souriant malgré le malaise qu’elle ressent et laisse échapper un « OK » de convenance.

J’observe cette scène et me concentre sur Mathilde et Romain : le malaise conjoint qu’ils semblent ressentir, une espèce de gène pudique qui les empêche de dire quelque chose sur ce qui s’est passé.

Et justement… qu’est-ce qui s’est passé ?!

Mettez vous à la place de Mathilde : vous ne pouvez qu’IMAGINER que Romain vous reproche une certaine forme de zèle. Comme un enquêteur, vous avez des indices à disposition : un débit très rapide, une voix sèche et un regard froid. Des indices qui vous font dire : « Hum… pas très sympa… voire un peu agressif… »

Etape 1 de l’intelligence relationnelle : savoir détecter ses propres émotions et comprendre ce que l’on ressent

Voyage dans le cerveau de Mathilde : « Mais au fait… Romain a entendu ce que j’ai dit avant à propos de mes difficultés de retour au travail ?… carrément pas sympa du tout ! Et quand c’est pas sympa du tout, qu’est-ce que je ressens ?! Là maintenant tout de suite ? Je suis triste et en colère. »

Détecter ce qui nous anime suppose que l’on accepte ce que l’on est en train de vivre : « Oui… c’est vrai… ce que vient de me dire Romain m’a blessée… ça me rend triste de ne pas avoir été entendue quand je demande de l’aide à mes collègues… je me suis ouverte à eux et me suis dévoilée et voilà ce que je récolte en retour ! Une attaque en bonne et due forme… Ca me met en colère… Rrrrggghhhhhh ! »

Parfois la Reine des Neiges souffle son vent paralysant et nous ne savons même pas ce que nous ressentons… Nous sommes dans un brouillard émotionnel : à peine sommes-nous capables de savoir si ce que nous ressentons est agréable ou désagréable. Et oui, parfois, c’est déjà beaucoup de savoir si c’est HUM…. ou YEURK… ! La Reine de Neiges tétanise notre radar à émotions. Et quelquefois, elle nous lance un sort qui aiguille toutes les émotions ressenties vers une seule expression : le rire ou les larmes (La Reine des Neiges est assez binaire somme toute). Et là… Holala ! Ca devient carrément compliqué de comprendre que nous avons un aiguillage émotionnel qui a été envouté : nous avons l’impression d’être triste en pleurant à chaudes larmes alors que nous sommes profondément en colère.

Prenons l’exemple de Mathilde qui sent et sait : elle est en colère et triste de l’intervention de Romain. Pas de Reine de Neiges en vue ! Une vision claire et dégagée du ressenti de Mathilde (elle « sent ») et de la compréhension de ce ressenti (elle « sait » nommer ce qu’elle ressent _colère et tristesse_ et « sait » le relier à un évènement).

Etape 2 de l’intelligence relationnelle : maîtriser ses émotions et contrôler ses impulsions

Face à cette colère et à cette tristesse que nous ressentons, nous pouvons nous mettre dans tous nos états !!!! Encore une intervention de la Reine des Neiges qui nous pousse à réagir : céder directement à nos impulsions !!!!!! Version censurée par Disney, ça donne : je me roule par terre en pleurant et en hurlant puis je me jette sur Romain pour lui arracher les yeux. Version plus soft : je me mets à pleurer et envoie à Romain une phrase agressive en mode « revers- jeu-set-et-match ».

Comment maîtriser ce flot émotionnel qui monte ? Comment passer de la réaction à la réponse ? Je vous confie un secret qui est le plus précieux de l’intelligence émotionnelle… Le secret pour ne pas se laisser envahir par ses émotions est… de les accueillir.

 

Quoi ?! Dis donc, Boîte Crânienne, tu ne raconterais pas un peu n’importe quoi ??!!
Je peux maîtriser une émotion parce qu’elle est accueillie ?? Heu… tu m’expliques ??
Parce que, pour moi, c’est justement en la mettant de côté que j’aurais une chance de la maîtriser.

 

Ce mouvement peut paraître paradoxal : accueillir une émotion est le secret pour qu’elle ne nous envahisse pas. Et pourtant… c’est parce qu’on accepte quelque chose, qu’on peut agir sur cette chose. C’est parce que nous acceptons et accueillons nos émotions que nous pouvons en réguler l’expression et maîtriser les impulsions qu’elles engendrent.

Ce n’est pas (que) le doute qui nous permet de maîtriser nos émotions : le doute de savoir si Romain voulait vraiment nous blesser ou pas. C’est notre intelligence émotionnelle qui nous permet de maîtriser nos émotions. Maîtriser la colère et la tristesse que l’on ressent. Ne pas fondre en larmes ou déverser un flot d’insultes sur Romain.

Maîtriser ses émotions ne veut pas dire les garder pour soi non plus et les museler bien fermement. L’écueil de cette situation est de rester dans le silence et de ne rien faire de ce que l’on ressent : ne pas adresser la tristesse et la colère que l’on ressent.

Etape 3 de l’intelligence relationnelle : adresser ce que l’on ressent à l’autre pour qu’il prenne conscience des conséquences de son comportement / ses propos

Troisième intervention possible de la Reine des Neiges qui nous enferme dans une grotte de solitude, façon Yeti. Nous ressentons clairement une émotion que nous pouvons identifier. Mais… C’est là que ça coince : les mots restent coincés dans notre tête ou dans notre gorge. Nous ne pouvons pas ou nous ne voulons pas dire quelque chose de ce que nous ressentons à la personne qui est en face de nous et dont le comportement ou le propos ont provoqué notre état émotionnel. Volontairement… ou pas… hum….sciemment ou non… et ça, nous l’oublions parfois tellement nous sommes prisonniers de ce que nous ressentons. Dans notre grotte émotionnelle, nous entendons une voix siffler : « Il l’a fait exprès… il voulait te faire mal… comment pourrait-il en être autrement ?… il n’est pas stupide ! » Si nous sortions un peu la tête de notre grotte, on pourrait entendre une autre voix qui nous dirait : « Tu en es sûre, Mathilde ? Tu en es vraiment sûre ? Ça voudrait peut-être le coup de vérifier, non ?! »

Faire part de ses émotions a pour objectif de faire prendre conscience à l’autre des conséquences de ses mots ou de son comportement. Et accessoirement valider nos hypothèses (« Il voulait me faire de la peine » par exemple). Faire part de ses émotions suppose d’être conscient de ce que l’on ressent et d’être en mesure d’identifier ce ressenti. Faire part de ses émotions a UN OBJECTIF ! L’objectif = faire prendre conscience à l’autre de l’impact de son action et pouvoir échanger sur cette situation. Il n’est pas question de dire pour dire… On n’est pas chez le psy !

J’invite donc Mathilde à faire de sa colère et de sa tristesse à Romain. Sans l’accuser de quoique que soit, sans poser de jugement sur ses paroles, sans lui prêter des intentions que l’on ne peut qu’imaginer (« Il n’est vraiment pas sympa, ce Romain… il est même méchant et il profite de ma situation de faiblesse pour m’envoyer un reproche dans la figure… PAF ! Merci bien… »).

Nous travaillons sur une manière de dire : la Communication Non Violente. Un prochain post sera consacré à la Communication Non Violente, à Marshall Rosenberg et à Thomas d’Assembourg. Un peu de patience, les happy brainies !

Mathilde répète à Romain ce qu’il lui a dit (« Tu en fais trop et tu ferais bien de lever le pied »), lui fait part de ce qu’elle a observé (un débit très rapide, une voix sèche et un regard froid), lui dit ce qu’elle a ressenti à ce moment-là (« je me suis sentie agressée, dévalorisée et ça m’a rendu triste. Et en colère aussi ».

Grand silence dans l’équipe. Chut… Un ange passe… Celui de l’intelligence émotionnelle….

Etape 4 de l’intelligence relationnelle : être attentif à ce que l’on observe et comprendre les émotions de l’autre

Romain a les yeux écarquillés et secoue la tête. Il commence à respirer fortement. On peut faire l’hypothèse que c’est lui maintenant qui est en colère !

Invitons Mathilde à observer ce qui se passe pour qu’elle ne soit pas aveuglée par les mains glacées de la Reine des Neiges. Un des dangers de la banquise est que la Reine des Neiges nous rende aveugle à ce qui est train de se jouer : nous ne pouvons pas observer ce que nos propres mots ont pu générer chez l’autre, nous sommes à nouveau dans notre grotte émotionnelle en mode « J’ai dit ce que j’avais à dire. Et si il ne comprend pas, c’est son problème ! Moi, je n’y suis pour rien ! »

Mathilde a échappé aux mains glacées de la Reine des neiges et observe… elle perçoit aussi des signes extérieurs qui semblent être ceux de la colère : visage fermé, respiration rapide, mâchoires serrées et silence total.

C’est difficile pour Romain de partager ce qu’il ressent. Il est en effet très en colère. Pourquoi ??!! Parce que Mathilde a tout compris de travers !!!!!! Il s’inquiète pour elle : elle en fait trop. Il a envie de lui donner un conseil : « Lève le pied » ! Il veut faire profiter de son expérience à Mathilde : lui-même est passé par là et a frôlé le burn-out. Il est doublement en colère : 1- contre Mathilde parce qu’elle n’a rien compris 2-un peu contre lui-même aussi : s’il est honnête avec lui-même, il se rend compte que sa manière de dire les choses pouvait prêter à confusion et être mal interprétée.

QUOI ????? WTF !!!! Mais dis donc, Boîte Crânienne… je suis en train de me rendre compte qu’un malentendu peut vite dégénérer !!!! Et que Mathilde et Romain auraient pu être vraiment fâchés l’un contre l’autre. Que la situation aurait pu s’envenimer et perdurer. Tout ça pour un malentendu !!! A à cette vilaine Reine des Neiges !!! 

Etape 5 de l’intelligence relationnelle : s’ajuster à l’autre 

Mathilde déploie ses antennes émotionnelles et ses ailes d’empathie pour capter la situation et apprécier ce qui est en train d’animer Romain. Elle lui demande, avec une voix douce, s’il a compris ce qu’elle lui a dit. Romain secoue la tête pour dire OUI. Elle dit à Romain que son silence l’inquiète et qu’elle a peur de l’avoir froissé et de ne pas avoir été comprise. Elle se penche vers lui en le fixant d’un regard doux pour l’inviter à parler.

Faire part de ses émotions a aussi pour objectif de transformer une situation figée en un lien fluide et fertile entre deux personnes, de créer un échange et de construire une relation authentique et responsable. 

La Reine des Neiges est tapie dans un coin de la pièce et gèle le dialogue qui pourrait s’instaurer entre Mathilde et Romain. Un dialogue qui leur permettrait de se comprendre. Se comprendre ne veut pas dire être d’accord ! Se comprendre veut dire comprendre le point de vue de l’autre et lui donner tous les moyens de lui faire comprendre le nôtre.

Cet échange a eu lieu dans la cadre d’un travail en équipe et ma présence a permis de « détricoter » ce qui était en train de se jouer. De mettre des mots sur les intentions de Romain et sur le ressenti de Mathilde, de nouer un dialogue entre eux deux, de leur permettre d’expérimenter une autre manière de communiquer.

Etre en relation avec notre environnement revient à communiquer.  

Communiquer par les mots que nous choisissons, par notre manière de les dire, par notre posture… Travailler notre intelligence émotionnelle revient à mettre des mots sur ce que l’on ressent, mettre en mots cette émotion, choisir des mots pour adresser un message à autrui, entendre ses mots, savoir comprendre ces mots qui me sont étrangers… Mettre en mots la relation qui m’unit à l’autre. Mettre en mots comme on met en musique : choisir ses mots, choisir la manière de les dire, choisir le moment de les dire et choisir à qui les dire.

J’ai beaucoup travaillé avec des adultes sur le sujet : pour manager, pour travailler avec les membres de son équipe, pour s’adresser à un client, pour parler à sa hiérarchie…   Au delà des relations professionnelles, l’intelligence émotionnelle est un sésame pour les relations personnelles. L’intelligence relationnelle est un sésame précieux pour les relations humaines, quel qu’en soit le cadre.

Pourquoi attendre d’avoir 30 ou 40 ans pour travailler son intelligence relationnelle en suivant une formation sur le sujet ? Pourquoi attendre ??? Pourquoi ne pas développer cette intelligence chez les enfants et les ados ? Pourquoi ne pas les doter le plus tôt possible de ces outils relationnels pour qu’ils excellent dans l’art du contact humain et qu’ils soient épanouis dans des relations saines et authentiques ? Ce sujet me tient très à coeur et je vous en parlerai avant la fin de l’année. Une occasion de vous dévoiler mon projet secret 🙊

Mais pour l’heure… Pensez à Mathilde et à Romain… Ça vous rappelle une situation que vous avez pu vivre ? Ou que vous vivez de manière répétée ? La Reine des Neiges se mêle-t-elle de la situation parfois ?

Alors…. Libéréééés !!!! Délivrééééééés !!!!!!!! En activant l’intelligence relationnelle : le secret le moins connu mais le plus partagé dans le monde ! 

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