Je suis le maître du monde…. dans ma salle de bain !

Si vous voulez savoir comment, en une seule nuit, on peut passer de « maître en soutenance de mémoire » à « lapin dans les phares muet et paralysé »… lisez ce qui suit et découvrez 3 indices pour rester un Super Cerveau !

Demain, je présente mon mémoire devant un jury de 10 personnes. Aujourd’hui, je répète ma présentation dans ma salle de bain. Oui, si vous me suivez, la salle de bain est un lieu particulier pour moi… 😊 Sans vouloir me vanter, je suis plutôt bonne : le plan est structuré, j’ai une introduction qui déchire, je fais même deux ou trois brins d’humour… En quelques mots, je suis le maître du monde et écarte les bras version « Leonardo di Caprio à la proue d’un bateau » et entendrais presque Céline Dion hurler que mon coeur continue de battre.

Demain, c’est aujourd’hui.

Et aujourd’hui, dans cette salle que je ne connais pas, face à ces gens que je n’ai jamais vus, sans note sous les yeux parce que c’est la consigne, je ne me souviens plus de rien et ne trouve plus mon souffle. Mon coeur s’est tellement emballé que j’entends ses battements forts. J’ai l’impression d’être un lapin dans les phares de ces 20 yeux qui sont braqués sur moi. Je sors de la salle : je suis déçue, triste et en colère. Et d’autant plus qu’hier, dans ma salle de bain, j’étais le maître du monde et présentais mon mémoire avec prestance, brio et panache. WTF !!!! Que s’est-t-il passé ??

2 EXPLICATIONS et 3 INDICES pour conserver notre costume de Suuuuper Cerveau !!

EXPLICATION N°1
Jouez au jeu des différences

Quelle est la différence flagrante entre ma salle de bain (ou mon salon ou ma chambre) et une salle d’examen (ou un bureau de maître de conférences ou une salle de réunion)… tic… tac… tic… tac… La réponse est : le nombre de coeurs qui battent dans la salle ! Quand je répète mes cours ou ma présentation, je suis seul(e). Et quand je soutiens un mémoire ou passe un examen, je le fais devant un autre être humain !!! Voire plusieurs !!!

Je vous ai déjà parlé de moi ? A part le post sur Pokemon Go et ma double vie de Maîtresse K ?

Ma conviction est celle de l’inscription indissociable d’un individu dans son environnement qu’il soit social, professionnel, amical ou familial. Nous sommes des êtres de rapports, de liens, de relations. Une manière de m’intéresser aux rapports entre les hommes a été de me pencher sur des règles qui gouvernent ces rapports : j’ai suivi une formation en droit. Puis, j’ai voulu comprendre le fonctionnement psychique et les comportements en étudiant la psychologie. Au carrefour de ces deux disciplines est la criminologie : l’étude du phénomène criminel. Je suis devenue profiler psychologique. Ou plutôt profiler relationnel. Parce qu’il est toujours question de relation à l’autre et à son environnement. Prenez un criminel et placez le dans une grotte, sans aucun contact avec d’autres hommes…. il n’y a pas de crime, pas de victime et il n’y a pas de criminel.

Et c’est là, le secret : nous sommes des êtres de relation, des êtres de lien, des êtres de contact. Et nous oublions parfois cette dimension relationnelle dans nos activités d’étudiants ou de professionnels. Ça se confirme parfois : « L’enfer, c’est les autres » ! 😱 C’est vrai en constatant que c’est face à cet autre/ces autres que nous perdons nos moyens, ressentons les effets du stress et sommes clairement moins bons qu’à « l’abri de notre chambre verte »

L’indice N°1 : tirer parti de cet apparent désavantage en faisant un avantage de la présence de l’autre. C’est en nous mettant en lien avec un examinateur, en contact avec le jury ou en relation avec un public que nous allons gagner en confort.

En nous souvenant que nous sommes des icebergs qui se rencontrent sous la surface de l’eau, nous pouvons nous mettre en lien avec l’autre sur un terrain universel : l’émotion ! Quand on sait se servir de ses émotions pour rendre son discours le plus personnel possible, on touche l’autre directement au coeur. Avec deux conséquences positives : on gagne en confort (on est moins stressé) et on embarque nos profs ou nos auditeurs dans notre présentation.

EXPLICATION N°2
Comment le lieu de répétition peut être un trou… de mémoire !

Quand on révise un cours, on a tendance à le réviser dans sa chambre, dans le salon ou dans sa salle de bain (oui… vous commencez à me connaître). Réviser un cours, préparer  une soutenance de mémoire ou d’une proposition commerciale, peaufiner la présentation d’un rapport de stage ou du rapport financier de l’année : même combat !!! Nous faisons travailler nos neurones : nous faisons appel à notre mémoire de travail pour organiser les informations, organiser des stratégies, nous rappeler de détails et tâchons de stocker des données dans notre mémoire à long terme. Pour mémoriser, nous répétons. Et très souvent dans un seul et même lieu.

Ce lieu devient alors un point de référence pour les mécanismes mnésiques à l’oeuvre : sans nous en apercevoir, la fenêtre est un repère qui appelle le premier chapitre ou le premier slide, la poignée de la porte ouvre la conclusion… Notre cerveau va construire de petites ancres invisibles dans notre environnement pour « accrocher » une idée, un concept, un titre. Un peu à la manière d’un palais mnésique, notre processus d’apprentissage et de mémorisation va s’attacher à des points fixes de l’environnement. Sortis de cet environnement, nous sommes dépourvus de ces repères et perdent le fil de notre restitution. Dans une salle d’examen ou dans un bureau autre que le nôtre, notre cerveau ne retrouve plus les ancres plantées précédemment dans le décor.

Et là, vous pourriez me dire… Dis donc, Boîte Crânienne, j’ai suivi un atelier avec toi sur la mémoire et tu nous as vanté les mérites du palais mnésique. D’ailleurs, j’ai testé et ça marche carrément bien ! Alors… pourquoi ça devient un problème dans le cas présent ? Hein ? Pourquoi ??

Parce que la technique de mémorisation n’est justement pas celle du palais mnésique. Le stockage des données a été réalisé sans avoir conscience des liens faits entre la fenêtre et le premier chapitre, la poignée de la porte et la conclusion. Nous avons appris sans avoir conscience que notre cerveau s’appuyait/s’ancrait sur des éléments physiques pour mémoriser. Et ça… c’est une des causes de notre perte !

L’indice N°2 : avoir un lieu de prédilection et des tas de lieux d’expérimentations (c’est-à-dire ne pas avoir de lieu particulier pour répéter une présentation ou réviser un cours)

Notre lieu de répétition a une autre dimension d’ancrage : un ancrage mental et émotionnel. Dans notre salon ou notre salle de bain, nous sommes détendus-détendus-détendus (comme dirait Gridou, une de mes étudiantes) !

En tous cas, nous devrions l’être parce que ICI et MAINTENANT, dans notre salle de bain ou notre salon, il n’y a aucun enjeu. Allez, hop ! Une petite piqure de rappel qu’un cerveau stressé est un cerveau qui vit dans le passé (« J’ai assez travaillé le sujet ? »… « Si j’avais su, j’aurais validé le plan plus tôt »… « Si c’était à refaire, je réviserais avec mon binôme…. ») ou se projette dans le futur (« Je vais mourir de peur devant les 10 jurés »…. « Et si je perds tous mes moyens »… « Et si je rate ma prestation ? »…) : bref, un cerveau stressé est un cerveau qui souffre de jetlag !

Donc… normalement, nous sommes détendus dans ce lieu de répétition et notre cerveau peut alors déployer ses ailes de Super Cerveau : créatif, pertinent, connaissant plein de choses, se souvenant de plein d’autres choses et faisant de liens entre elles. L’endroit où nous révisons ou répétons devient un cocon rassurant et apaisant. Sortis de cet environnement, nous perdons la sensation associée et bien souvent nos moyens ! Bref, nous prenons de plein fouet la situation présente comme un facteur de stress important :  et ici, l’enjeu est important. On ne joue pas sa vie mais tout de même : il s’agit d’une soutenance de mémoire, d’un examen de fin d’année ou d’une présentation de dossier. On doit bien l’avouer, on est un peu stressé. Et être enfermé dans un endroit moins agréable que notre-chez-nous, voire dans un lieu totalement inconnu, nous rend les choses encore plus compliquées !

 L’indice N°3 : emporter sa chambre ou sa salle de bain pour passer un examen ou soutenir un mémoire. Vous avez bien lu : emporter ce lieu sécuritaire et sécurisant avec soi. Et hop ! Bon… Peut-être pas TOUTE la chambre ou la salle de bain, mais un objet qui la symbolise. 

Envie d’en savoir plus pour rester un Super Cerveau ? Continuez à suivre Boîte Crânienne avoir d’autres indices…

 

Illustration de Greg Guillemin / “Secret life of heroes”

Donnons une chance à nos enfants…

… de devenir de meilleurs adultes que nous. Pas meilleurs en maths, en sport ou en Miles Air France. Meilleurs que nous en authenticité, en relation humaine et en bonheur. 

Je n’aime pas le terme mais il a le mérite d’être compris par tous : « développement personnel ». Sous ce terme, se cachent des trésors pour faire de nous des adultes responsables, authentiques, épanouis et heureux. Et moi, je me pose toujours cette question : pourquoi le développement personnel est-il uniquement destiné aux adultes ? Et ce, au travers de formations que notre entreprise nous paie ou que nous finançons par nous-mêmes, un peu sous le manteau, parce qu’il s’agit de ces fameuses sciences molles.

C’est comme ça que…. C’est comme ça qu’à 30 ans, nous découvrons comment développer notre confiance en nous et changeons notre manière de voir notre avenir professionnel. C’est comme ça qu’à 32 ans, nous découvrons l’écoute active et que nos relations avec les autres en sont transformées. C’est comme ça qu’à 35 ans, nous suivons une formation de Communication Non Violente et que nous révolutionnons nos rapports personnels et professionnels. C’est comme ça qu’à 39 ans, nous assistons à une conférence sur la méditation et que sa pratique fait reculer le burn-out qui nous guettait.  C’est comme ça qu’à 41 ans, nous continuons à lutter contre le stress qui nous ronge et comprenons enfin ce qui se joue pour nous et comment gagner en bien-être. C’est comme ça qu’à 43 ans, nous disons, pour la première fois, NON à une amie sans nous sentir coupable. C’est comme qu’à 45 ans, nous prenons soin de la seule personne dont nous ne nous étions jamais occupé : NOUS. C’est comme ça qu’à 46 ans, nous découvrons comment fonctionne notre attention et travaillons aujourd’hui totalement différemment. C’est comme ça qu’à 48 ans, nous posons nos limites face à l’autre tout en le prenant en compte. C’est comme ça qu’à 50 ans, nous comprenons enfin que les émotions sont des outils précieux de communication et pas des ennemis à combattre.

Et vous, les adultes ! Oui, vous !!! Ces mots évoquent-ils quelque chose pour vous ? Vous rappellent-ils un de ces moments où vous avez grandi d’un seul coup ? Un de ces moments où vous vous êtes dit « Mais oui… C’est ça… » avec un sourire presqu’étonné et en secouant la tête.

Savez-vous combien d’enfants ratent leurs études parce qu’ils ne se sentent pas à la hauteur ? Savez-vous combien d’ados sont au bord du burn-out parce qu’ils s’épuisent à travailler trop et mal ? Savez-vous combien de jeunes adultes sombrent dans une dépression lors de leur première prise de poste parce qu’ils découvrent qu’ils détestent ce métier ? Savez-vous combien d’ados sont en colère contre les autres dont ils se sentent toujours agressés ? Savez-vous combien d’enfants n’osent pas lever la main en classe alors qu’ils connaissent la réponse ? Savez-vous combien d’enfants ont appris que les émotions sont pour les faibles et qu’il faut jamais les montrer ?

Moi, je ne sais pas.

Je sais seulement que mon métier m’a permis d’accompagner des adultes qui ne se sentaient pas à la hauteur, des adultes qui ne savaient pas travailler efficacement et se tuaient en heures de labeur, des adultes qui n’avaient jamais osé dire qu’ils n’aimaient pas les études qu’ils faisaient et qui rêvaient en silence de faire un autre métier, des adultes qui ne savaient pas faire autrement qu’être agressifs avec les autres parce qu’ils avaient l’impression que les autres les attaquaient tout le temps, des adultes inventifs et fascinants que le manque de confiance en eux étouffait, des adultes « handicapés de la relation humaine » souffrant d’une profonde solitude alors qu’ils sont entourés de famille, d’amis et de collègues…

Alors moi, avec mes petits bras musclés et mon cerveau en ébullition, j’ai un rêve : donner une chance à nos enfants de devenir de meilleurs adultes que nous. Meilleurs en relations humaines, meilleurs en sérénité, meilleurs en bonheur. Et meilleurs en temps gagné !

J’ai envie de faire économiser aux enfants et aux ados du temps, de l’énergie et de la souffrance parfois.

Je ne détiens pas la vérité ou une recette miracle. J’ai envie de proposer des outils concrets pour muscler sa confiance en soi, pour penser par soi-même, pour être autonome dans sa manière de réfléchir, pour utiliser son cerveau au mieux, pour avoir des relations authentiques et saines avec les autres, pour développer sa bienveillance envers soi et envers les autres…

Comment faire que ce rêve prenne forme ? 

Certes, chez Boîte Crânienne, il y a des boîtes à outils présentés lors de conférences, d’ateliers ou d’accompagnements individuels. Les « conférences à la maison » présentent une boîte à outils aux parents et à leurs enfants, généralement des ados (collège, lycée). Les ateliers de travail en petits groupes visent les mêmes adolescents. Les accompagnements individuels sont destinés à la fois aux ados et aux jeunes adultes (études supérieures ou début de vie professionnelle). Et ma plus belle récompense est d’avoir donné envie à un de ces jeunes de tester un outil que je lui propose. Pas parce que je lui ai dit. Pas parce que c’est comme ça qu’il faut faire. Oh non !!!! Parce que sa curiosité a été aiguisée et qu’il a eu envie d’expérimenter quelque chose de nouveau.

J’ai envie d’aller un peu plus loin… To infinity and beyond !!!!!! 

Je vous parlais de mon projet secret…. Le voilà !

Un ensemble de livres pour enfants dont le but est d’expérimenter et de comprendre des concepts de l’intelligence émotionnelle au travers d’histoires dont ils sont les héros.

Je travaille sur le premier livre et vous en dévoile le contenu dans un prochain post 😊

Vous n’êtes pas convaincus ? Lisez : « Nous sommes des icebergs prisonniers de la Reine des Neiges ». La situation dont je parle dans ce post est une situation que je rencontre très souvent dans les accompagnements professionnels. Et elle me fait toujours le même effet : elle m’étonne et m’attriste. Elle m’étonne parce que j’ai toujours du mal à comprendre (et à me faire à cette idée de) la détresse relationnelle dans laquelle beaucoup de nous sommes. Elle m’attriste parce qu’elle cause tellement de malentendus, de relations biaisées et de souffrance.

Ce n’est pas moi qui le dis ! C’est l’adulte que nous sommes devenus au prix de tant de temps, tant de difficultés traversées et tant d’efforts déployés. C’est l’adulte qui dit : « Hé ! Ca ne vous dirait pas qu’on donne une chance à nos enfants d’aller un peu plus vite et un peu plus loin ? De devenir meilleurs que nous en authenticité, en relation humaine et en bonheur ? »

 

Crédit : superbe illustration imaginée et réalisée par Andry Rajoelina

Nous sommes des icebergs prisonniers de la Reine des Neiges

iceberg-ii

Nous sommes des icebergs : 10% dans la tête et 90% dans le corps et le coeur. Quand nous nous rencontrons, quelle est la partie de nous qui entre en contact la première ? Regardez la photo… BAM ! Dans nos 90% ! En plein  dans l’émotionnel ! Et si en plus, la Reine des Neiges vient souffler son vent paralysant… On est bien seul au milieu d’un océan d’émotions qu’on ne comprend pas, qu’on ne maîtrise pas et dont on ne sait quoi faire face à l’autre…

 

Nous sommes des êtres émotionnels : quand nous entrons en contact avec un autre, nos émotions sont les premiers indices de cette rencontre. Et ce sont ceux qui restent le plus dans notre mémoire.

Faisons un test : Vous souvenez-vous du premier cours de maths de cette année ? Vous souvenez-vous de la dernière réunion avec votre big boss venu des US ? Ou vous souvenez-vous de moi si vous m’avez vue en conférence ? Il y a peu de chance que vous vous souveniez de premiers mots prononcés ou des phrases d’introduction. En revanche, vous gardez en mémoire votre impression : c’était sympa, elle ne m’a pas plue, c’était drôle, je l’ai adorée tout de suite… Ce que vous avez ressenti est gravé dans votre mémoire. L’impact émotionnel de la situation et de la rencontre avec un autre est ce que nous expérimentons en premier : avant de penser, nous ressentons. Et cet impact est  tellement prégnant qu’il reste dans notre grenier à souvenirs.

Quand nous sommes en relation avec un autre, ce sont également nos émotions qui nous permettent de le comprendre, de nous ajuster à lui tout en prenant en compte ce qui nous anime. Il est question ici d’intelligence émotionnelle. Moi, je préfère le terme d’intelligence relationnelle : nos émotions naissent de contacts avec notre environnement et influencent nos relations avec cet environnement.

Je vais partager avec vous une expérience que j’ai vécue lors d’un accompagnement d’équipe pour illustrer les différentes dimensions de l’intelligence émotionnelle et l’importance de mettre en mots pour construire une relation authentique et responsable. Les prénoms ont été changé et le contexte également.

J’assiste à la scène suivante : une femme (que nous appelerons Mathilde), rentrant d’un long congé, dit à ses collègues combien il est difficile pour elle de reprendre ses marques et de se trouver sa place au sein de son équipe. Un de ses collègues (que nous nommerons Romain) lui répond qu’elle ferait bien de lever un peu le pied et qu’elle en fait vraiment trop ; et ce, avec un débit très rapide, une voix sèche et un regard froid. Un ton que l’on pourrait qualifier d’agressif. Et c’est bien de cette manière que Mathilde a vécu les propos de Romain : elle s’est sentie agressée, a interprété ses phrases comme un reproche et ne se sent pas très bien. Elle tâche de faire bonne figure au sein de son équipe en souriant malgré le malaise qu’elle ressent et laisse échapper un « OK » de convenance.

J’observe cette scène et me concentre sur Mathilde et Romain : le malaise conjoint qu’ils semblent ressentir, une espèce de gène pudique qui les empêche de dire quelque chose sur ce qui s’est passé.

Et justement… qu’est-ce qui s’est passé ?!

Mettez vous à la place de Mathilde : vous ne pouvez qu’IMAGINER que Romain vous reproche une certaine forme de zèle. Comme un enquêteur, vous avez des indices à disposition : un débit très rapide, une voix sèche et un regard froid. Des indices qui vous font dire : « Hum… pas très sympa… voire un peu agressif… »

Etape 1 de l’intelligence relationnelle : savoir détecter ses propres émotions et comprendre ce que l’on ressent

Voyage dans le cerveau de Mathilde : « Mais au fait… Romain a entendu ce que j’ai dit avant à propos de mes difficultés de retour au travail ?… carrément pas sympa du tout ! Et quand c’est pas sympa du tout, qu’est-ce que je ressens ?! Là maintenant tout de suite ? Je suis triste et en colère. »

Détecter ce qui nous anime suppose que l’on accepte ce que l’on est en train de vivre : « Oui… c’est vrai… ce que vient de me dire Romain m’a blessée… ça me rend triste de ne pas avoir été entendue quand je demande de l’aide à mes collègues… je me suis ouverte à eux et me suis dévoilée et voilà ce que je récolte en retour ! Une attaque en bonne et due forme… Ca me met en colère… Rrrrggghhhhhh ! »

Parfois la Reine des Neiges souffle son vent paralysant et nous ne savons même pas ce que nous ressentons… Nous sommes dans un brouillard émotionnel : à peine sommes-nous capables de savoir si ce que nous ressentons est agréable ou désagréable. Et oui, parfois, c’est déjà beaucoup de savoir si c’est HUM…. ou YEURK… ! La Reine de Neiges tétanise notre radar à émotions. Et quelquefois, elle nous lance un sort qui aiguille toutes les émotions ressenties vers une seule expression : le rire ou les larmes (La Reine des Neiges est assez binaire somme toute). Et là… Holala ! Ca devient carrément compliqué de comprendre que nous avons un aiguillage émotionnel qui a été envouté : nous avons l’impression d’être triste en pleurant à chaudes larmes alors que nous sommes profondément en colère.

Prenons l’exemple de Mathilde qui sent et sait : elle est en colère et triste de l’intervention de Romain. Pas de Reine de Neiges en vue ! Une vision claire et dégagée du ressenti de Mathilde (elle « sent ») et de la compréhension de ce ressenti (elle « sait » nommer ce qu’elle ressent _colère et tristesse_ et « sait » le relier à un évènement).

Etape 2 de l’intelligence relationnelle : maîtriser ses émotions et contrôler ses impulsions

Face à cette colère et à cette tristesse que nous ressentons, nous pouvons nous mettre dans tous nos états !!!! Encore une intervention de la Reine des Neiges qui nous pousse à réagir : céder directement à nos impulsions !!!!!! Version censurée par Disney, ça donne : je me roule par terre en pleurant et en hurlant puis je me jette sur Romain pour lui arracher les yeux. Version plus soft : je me mets à pleurer et envoie à Romain une phrase agressive en mode « revers- jeu-set-et-match ».

Comment maîtriser ce flot émotionnel qui monte ? Comment passer de la réaction à la réponse ? Je vous confie un secret qui est le plus précieux de l’intelligence émotionnelle… Le secret pour ne pas se laisser envahir par ses émotions est… de les accueillir.

 

Quoi ?! Dis donc, Boîte Crânienne, tu ne raconterais pas un peu n’importe quoi ??!!
Je peux maîtriser une émotion parce qu’elle est accueillie ?? Heu… tu m’expliques ??
Parce que, pour moi, c’est justement en la mettant de côté que j’aurais une chance de la maîtriser.

 

Ce mouvement peut paraître paradoxal : accueillir une émotion est le secret pour qu’elle ne nous envahisse pas. Et pourtant… c’est parce qu’on accepte quelque chose, qu’on peut agir sur cette chose. C’est parce que nous acceptons et accueillons nos émotions que nous pouvons en réguler l’expression et maîtriser les impulsions qu’elles engendrent.

Ce n’est pas (que) le doute qui nous permet de maîtriser nos émotions : le doute de savoir si Romain voulait vraiment nous blesser ou pas. C’est notre intelligence émotionnelle qui nous permet de maîtriser nos émotions. Maîtriser la colère et la tristesse que l’on ressent. Ne pas fondre en larmes ou déverser un flot d’insultes sur Romain.

Maîtriser ses émotions ne veut pas dire les garder pour soi non plus et les museler bien fermement. L’écueil de cette situation est de rester dans le silence et de ne rien faire de ce que l’on ressent : ne pas adresser la tristesse et la colère que l’on ressent.

Etape 3 de l’intelligence relationnelle : adresser ce que l’on ressent à l’autre pour qu’il prenne conscience des conséquences de son comportement / ses propos

Troisième intervention possible de la Reine des Neiges qui nous enferme dans une grotte de solitude, façon Yeti. Nous ressentons clairement une émotion que nous pouvons identifier. Mais… C’est là que ça coince : les mots restent coincés dans notre tête ou dans notre gorge. Nous ne pouvons pas ou nous ne voulons pas dire quelque chose de ce que nous ressentons à la personne qui est en face de nous et dont le comportement ou le propos ont provoqué notre état émotionnel. Volontairement… ou pas… hum….sciemment ou non… et ça, nous l’oublions parfois tellement nous sommes prisonniers de ce que nous ressentons. Dans notre grotte émotionnelle, nous entendons une voix siffler : « Il l’a fait exprès… il voulait te faire mal… comment pourrait-il en être autrement ?… il n’est pas stupide ! » Si nous sortions un peu la tête de notre grotte, on pourrait entendre une autre voix qui nous dirait : « Tu en es sûre, Mathilde ? Tu en es vraiment sûre ? Ça voudrait peut-être le coup de vérifier, non ?! »

Faire part de ses émotions a pour objectif de faire prendre conscience à l’autre des conséquences de ses mots ou de son comportement. Et accessoirement valider nos hypothèses (« Il voulait me faire de la peine » par exemple). Faire part de ses émotions suppose d’être conscient de ce que l’on ressent et d’être en mesure d’identifier ce ressenti. Faire part de ses émotions a UN OBJECTIF ! L’objectif = faire prendre conscience à l’autre de l’impact de son action et pouvoir échanger sur cette situation. Il n’est pas question de dire pour dire… On n’est pas chez le psy !

J’invite donc Mathilde à faire de sa colère et de sa tristesse à Romain. Sans l’accuser de quoique que soit, sans poser de jugement sur ses paroles, sans lui prêter des intentions que l’on ne peut qu’imaginer (« Il n’est vraiment pas sympa, ce Romain… il est même méchant et il profite de ma situation de faiblesse pour m’envoyer un reproche dans la figure… PAF ! Merci bien… »).

Nous travaillons sur une manière de dire : la Communication Non Violente. Un prochain post sera consacré à la Communication Non Violente, à Marshall Rosenberg et à Thomas d’Assembourg. Un peu de patience, les happy brainies !

Mathilde répète à Romain ce qu’il lui a dit (« Tu en fais trop et tu ferais bien de lever le pied »), lui fait part de ce qu’elle a observé (un débit très rapide, une voix sèche et un regard froid), lui dit ce qu’elle a ressenti à ce moment-là (« je me suis sentie agressée, dévalorisée et ça m’a rendu triste. Et en colère aussi ».

Grand silence dans l’équipe. Chut… Un ange passe… Celui de l’intelligence émotionnelle….

Etape 4 de l’intelligence relationnelle : être attentif à ce que l’on observe et comprendre les émotions de l’autre

Romain a les yeux écarquillés et secoue la tête. Il commence à respirer fortement. On peut faire l’hypothèse que c’est lui maintenant qui est en colère !

Invitons Mathilde à observer ce qui se passe pour qu’elle ne soit pas aveuglée par les mains glacées de la Reine des Neiges. Un des dangers de la banquise est que la Reine des Neiges nous rende aveugle à ce qui est train de se jouer : nous ne pouvons pas observer ce que nos propres mots ont pu générer chez l’autre, nous sommes à nouveau dans notre grotte émotionnelle en mode « J’ai dit ce que j’avais à dire. Et si il ne comprend pas, c’est son problème ! Moi, je n’y suis pour rien ! »

Mathilde a échappé aux mains glacées de la Reine des neiges et observe… elle perçoit aussi des signes extérieurs qui semblent être ceux de la colère : visage fermé, respiration rapide, mâchoires serrées et silence total.

C’est difficile pour Romain de partager ce qu’il ressent. Il est en effet très en colère. Pourquoi ??!! Parce que Mathilde a tout compris de travers !!!!!! Il s’inquiète pour elle : elle en fait trop. Il a envie de lui donner un conseil : « Lève le pied » ! Il veut faire profiter de son expérience à Mathilde : lui-même est passé par là et a frôlé le burn-out. Il est doublement en colère : 1- contre Mathilde parce qu’elle n’a rien compris 2-un peu contre lui-même aussi : s’il est honnête avec lui-même, il se rend compte que sa manière de dire les choses pouvait prêter à confusion et être mal interprétée.

QUOI ????? WTF !!!! Mais dis donc, Boîte Crânienne… je suis en train de me rendre compte qu’un malentendu peut vite dégénérer !!!! Et que Mathilde et Romain auraient pu être vraiment fâchés l’un contre l’autre. Que la situation aurait pu s’envenimer et perdurer. Tout ça pour un malentendu !!! A à cette vilaine Reine des Neiges !!! 

Etape 5 de l’intelligence relationnelle : s’ajuster à l’autre 

Mathilde déploie ses antennes émotionnelles et ses ailes d’empathie pour capter la situation et apprécier ce qui est en train d’animer Romain. Elle lui demande, avec une voix douce, s’il a compris ce qu’elle lui a dit. Romain secoue la tête pour dire OUI. Elle dit à Romain que son silence l’inquiète et qu’elle a peur de l’avoir froissé et de ne pas avoir été comprise. Elle se penche vers lui en le fixant d’un regard doux pour l’inviter à parler.

Faire part de ses émotions a aussi pour objectif de transformer une situation figée en un lien fluide et fertile entre deux personnes, de créer un échange et de construire une relation authentique et responsable. 

La Reine des Neiges est tapie dans un coin de la pièce et gèle le dialogue qui pourrait s’instaurer entre Mathilde et Romain. Un dialogue qui leur permettrait de se comprendre. Se comprendre ne veut pas dire être d’accord ! Se comprendre veut dire comprendre le point de vue de l’autre et lui donner tous les moyens de lui faire comprendre le nôtre.

Cet échange a eu lieu dans la cadre d’un travail en équipe et ma présence a permis de « détricoter » ce qui était en train de se jouer. De mettre des mots sur les intentions de Romain et sur le ressenti de Mathilde, de nouer un dialogue entre eux deux, de leur permettre d’expérimenter une autre manière de communiquer.

Etre en relation avec notre environnement revient à communiquer.  

Communiquer par les mots que nous choisissons, par notre manière de les dire, par notre posture… Travailler notre intelligence émotionnelle revient à mettre des mots sur ce que l’on ressent, mettre en mots cette émotion, choisir des mots pour adresser un message à autrui, entendre ses mots, savoir comprendre ces mots qui me sont étrangers… Mettre en mots la relation qui m’unit à l’autre. Mettre en mots comme on met en musique : choisir ses mots, choisir la manière de les dire, choisir le moment de les dire et choisir à qui les dire.

J’ai beaucoup travaillé avec des adultes sur le sujet : pour manager, pour travailler avec les membres de son équipe, pour s’adresser à un client, pour parler à sa hiérarchie…   Au delà des relations professionnelles, l’intelligence émotionnelle est un sésame pour les relations personnelles. L’intelligence relationnelle est un sésame précieux pour les relations humaines, quel qu’en soit le cadre.

Pourquoi attendre d’avoir 30 ou 40 ans pour travailler son intelligence relationnelle en suivant une formation sur le sujet ? Pourquoi attendre ??? Pourquoi ne pas développer cette intelligence chez les enfants et les ados ? Pourquoi ne pas les doter le plus tôt possible de ces outils relationnels pour qu’ils excellent dans l’art du contact humain et qu’ils soient épanouis dans des relations saines et authentiques ? Ce sujet me tient très à coeur et je vous en parlerai avant la fin de l’année. Une occasion de vous dévoiler mon projet secret 🙊

Mais pour l’heure… Pensez à Mathilde et à Romain… Ça vous rappelle une situation que vous avez pu vivre ? Ou que vous vivez de manière répétée ? La Reine des Neiges se mêle-t-elle de la situation parfois ?

Alors…. Libéréééés !!!! Délivrééééééés !!!!!!!! En activant l’intelligence relationnelle : le secret le moins connu mais le plus partagé dans le monde !